Arcadie Barbarosie à Paris : paroles d’un expert indépendant

Compte rendu de Gilles Ribardière
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A l’occasion de la rencontre au Sénat du 30 mars dernier, organisée par Cercle Moldavie avec le soutien de madame Josette Durrieu, il avait été fait appel à l’expertise de Monsieur Arcadie Barbarosie, directeur exécutif de l’Institut des Politiques Publiques (IPP) de Chisinau. Ainsi, en compagnie de Florent Parmentier et de Sandrine Treiner à la tribune, put-il contribuer à assurer la qualité de la rencontre.

Le lendemain il accepta de nous accorder un entretien.

Ses avis s’appuient sur une observation fine de la situation en Moldavie, comme en témoigne le baromètre biannuel de l’opinion publique que diffuse son institut. Il faut souligner que l’IPP, qui bénéficie d’un financement de la Fondation Soros, est indépendant du pouvoir politique.

Pour avoir souvent circulé dans les pays autrefois sous dépendance soviétique, nous pouvons affirmer que les organismes financés par la Fondation Soros qui y sont présents agissent effectivement de façon parfaitement indépendante par rapport au pouvoir politique.

Le document de 105 pages publié en novembre 2015 qu’il nous a offert a de toute évidence la rigueur scientifique souhaitable. Sachant que les premières enquêtes ont été conduites dès 1998, et en se référant aux publications éditées depuis 2000, on peut suivre l’évolution de l’état de l’opinion dans de très nombreux domaines. A défaut d’avoir accès aux documents papier, on peut consulter le site internet : www.ipp.md.

Mais l’Institut ne limite pas son activité à la production de ce baromètre ; il s’attache à promouvoir des recommandations sur l’intégration européenne, sur le conflit transnistrien, sur l’éducation. Ainsi sur ce domaine, a pu être entreprise une étude de faisabilité quant à l’optimisation du réseau des écoles (financement de la Banque Mondiale), ainsi que sur la relation éducation/monde du travail. Les tâches de l’Institut se sont aussi focalisées sur le concept de développement local et régional.

En seconde partie de l’entretien avec Arcadie Barbarosie, il semblait pertinent d’avoir son point de vue sur la crise politique subie à l’heure actuelle par la Moldavie.

Son constat est accablant : il y avait de la part de la population à partir de 2009 un réel espoir que l’Alliance pour l’Intégration Européenne répondrait à ses aspirations. C’est une énorme désillusion.

Il illustre cette montée vertigineuse du rejet du monde politique, en rappelant que Vlad Filat a pu bénéficier à un moment donné d’un taux de confiance évalué à 43%, alors qu’aujourd’hui on flirte avec 1%. Par ailleurs, 30 à 40% de la population ne sait pas pour qui elle pourrait voter et de 60 à 80% exprime le souhait que soit changée radicalement la vie politique.

Une des explications qu’il donne réside dans le constat d’une corruption généralisée, y compris parmi les acteurs politiques qui tiennent un discours anti-corruption ! Bien évidemment, l’ombre de Vlad Plahotniuc plane dans ce paysage assez désespérant.

A demi-mot, il semble accorder quelque crédit au nouveau parti PAS (Action et Solidarité). Sa leader, Maia Sandu, semble plutôt populaire, compte tenu de son action en tant que Ministre de l’Education de 2012 à 2015.

De cet entretien se confirme qu’à l’heure actuelle le pays se trouve dans une impasse avec peu de signes pour en sortir, mais des signes tout de même, à commencer par une opinion qui s’exprime, ce que confirme le travail rigoureux d’enquêtes effectué par l’Institut des Politiques Publiques.

Le 27 avril 2016