Vladimir Lortchenkov : Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Article de Gilles Ribardière

Voilà un roman paru en France il y a quelques années (2014) et dont l’écriture en langue originale, le russe, bien que remontant à 2006, colle à l’actualité.

Les habitants de ce pays aspirent en effet à une vie meilleure qu’ils pensent pouvoir trouver notamment en Italie. L’évolution actuelle de la situation – peu d’amélioration de la vie quotidienne, corruption explosive - accentue la tendance au départ vers d’autres horizons. Si l’Italie demeure un point de chute privilégié, la Russie l’est aussi, de même que la Grande Bretagne, mais aussi le Canada et les Etats Unis.

On peut se demander si la tendance actuelle des pays d’accueil à se fermer ne va pas susciter des désillusions…Il n’empêche, le départ vers d’autres horizons fera encore partie de l’imaginaire d’une portion importante de la population. C’est ce que montre avec un humour décapant le livre de Vladimir Lortchenkov.

Il n’y a pas à proprement parler une histoire se déroulant selon les canons classiques. C’est plutôt une succession de saynètes, souvent savoureuses et en même temps tragiques, car elles débouchent sur l’échec. La première saynète donne le ton et mérite de figurer dans une anthologie de l’humour noir. Lui fait écho une des dernières phrases du roman : Larga (c’est le nom du village dont les habitants souhaitent partir) entra dans l’eau comme un navire et prit le large…..Le village suivait le courant et Séraphim comprit qu’ils voguaient vers la Mer Noire et que de là, ils fileraient tout droit vers l’Italie.

On l’aura compris, les illusions seront englouties. L’Italie – comme toute autre destination – n’est qu’un mirage ; elle est dans l’imaginaire désespéré de nombreux habitants d’un pays pourtant si attachant et à l’histoire riche d’événements souvent tragiques.

On goûtera par ailleurs dans ce roman de savoureuses pages mettant en scène des personnalités politiques connues - Vladimir Voronine ou Marian Lupu, par exemple.

Traduction alerte de Raphaëlle Pache.

Le 6 juillet 2017