Vasile Vasilache - l’ « Esope » moldave

Vasile Vasilache
Vasile Vasilache

On le considérait comme un phénomène dans la littérature moldave et on le surnommait l’Esope moldave. Il s’agit de l’écrivain Vasile Vasilache.

Vasile Vasilache est né le 4 juillet 1926 dans le village de Untesti, district de Ungheni. En 1937, il est admis au Lycée Nationale de Iaşi, mais, à cause de la taxe d’études exagérée, son père le fit transférer au Lycée d’application, connu aussi comme le Séminaire Pédagogique de l’Université de Iaşi. Quand la Bessarabie devint une partie composante de l’Union Soviétique, Vasile se vit contraint à interrompre ses études pour revenir dans le village natal.

En 1940, il est inscrit à l’école de Ungheni qu’il quitte aussitôt vu le fait que l’enseignement était dispensé en russe. Lors de la période 1941-1944, il poursuit ses études au Lycée d’application de Iaşi. Revenu en Bessarabie, Vasile Vasilache est désigné comme maître d’école dans son village natal. En même temps, il fait ses études par correspondance à la faculté de lettres de l’Institut Pédagogique de Chişinău. Au terme de ses études supérieures, en 1958 il est désigné comme responsable de la section Ecoles de l’hebdomadaire “Cultura Moldovei” (“La culture de la Moldavie”). Ainsi, il commence à exercer le journalisme qu’il combine ultérieurement avec la création littéraire. Ensuite il a été rédacteur à la revue littéraire „Nistru”, rédacteur au Studio ,,Moldova-film”, rédacteur-en-chef de la revue „Columna”.

Vasile Vasilache a fait ses débuts dans la littérature en 1961 quand il a publié le recueil de récits pour enfants intitulé « Trisca ». Ensuite, il a fait publier de nombreux autres écrits de valeur : « Rasarise un soare in vie” (1961), “Doua mere tigance” (1964), “Povestea cu cocosul rosu” (1966), “Tacerile casei aceleia” (1971), „ „Elegie pentru Ana-Maria” (1983), „Mama-mare, profesoară de istorie” (1988), „Navetista şi pădurea” (1989), „Surâsul lui Vişnu” (1993).

“Povestea cu cocosul rosu” (« Le conte du coq rouge ») constitue le point culminant de son œuvre épique. Selon les critiques d’arts, ce roman-parabole est un des plus intéressants romans de notre littérature et fut le premier roman post-moderniste paru en Moldavie. Le prosateur Vladimir Besleaga, ami d’âme de Vasile Vasilache, considère que « Le conte du coq rouge » est un livre unique qui exprime d’une manière absolument profonde et originale l’essence du destin national des Moldaves dans l’histoire. « Vasile Vasilache n’a pas été tout simplement un homme de lettres, il était aussi un inégalable maître de la parole. Il possédait le charme de conquérir dès qu’on commençait à discuter avec lui. Son talent d’écrire vient de la sagesse populaire accumulée le long des siècles par les Moldave et matérialisée dans son livre. On a l’impression qu’il est le dernier auteur à avoir exprimé dans une version littéraire la sagesse populaire millénaire du peuple. On aura peut-être d’autres auteurs doués, modernes, sophistiqués, mais il leur manquera cette profondeur de la sagesse », considère Vladimir Besleaga.

Très apprécié par le public et les spécialistes, ce livre a constitué la cible des autorités, ce qui a contraint l’écrivain à se retirer dans le domaine des traductions. On lui doit la version en roumain des écrits de Tchéchoff, Pouchkine, Hachek, Choukchine, Rasputine, etc.

Vasile Vasilache a été détenteur de « L’insigne d’honneur » (1986), Chevalier de l’,,Ordre de la République” (1996), lauréat du Prix National pour la littérature (1994) et du prix ,,Opera Omnia” de l’Union des Ecrivains de Moldavie. Il s’est éteint le 7 juillet 2008.

Vasile Vasilache a été un des plus actifs promoteurs du mouvement de renaissance nationale. Il a été un serveur fidèle de la langue roumaine et un chevalier de la vérité. Ses collègues ont toujours apprécié sa verticalité morale et sa façon ferme de prendre attitude à l’égard des problèmes de la vie publique et culturelle. Pareil au philosophe grec Socrate, Vasile Vasilache prononçait souvent ses monologues juste dans la rue, au milieu des étudiants ou marchands, tout comme au milieu des fleurs et des arbres de son jardin.

L’Esope moldave, c’est ainsi que le surnommait le poète Nicolae Dabija. « Vasile Vasilache a été plus qu’un écrivain, il a été une légende. C’était notre enseignant, notre maître. Nous avons grandi avec ses livres. C’était un Esope moldave, un homme d’une sagesse extraordinaire. Il parlait avec des métaphores et paraboles. »

Quand j’étais étudiant à la faculté de lettres, aux années 1977-1982, se souvient l’écrivain Constantin Cheianu, les écrits de Vasile Vasilache ne faisaient évidemment pas partie du curriculum scolaire. Il était impossible de trouver dans une bibliothèque “Le conte du coq rouge” et il était également impossible de voir une photo de l’écrivain, fait qui m’avait engendré à un certain moment un désir obsessif de voir cet “auteur dangereux”.

A travers le paravent mystérieux qui couvrait le nom de l’écrivain ne passaient que quelques bruits que Vasile Vasilache n’aurait pas vécu en Moldavie, ni en URSS. Conformément à une autre hypothèse, il n’aurait même pas été parmi les vivants…

Je ne l’ai vu que beaucoup de temps après, aux années de la pérestroïka, aux réunions de l’Union des Ecrivains où … j’ai eu une autre surprise.

Au lieu de voir devant moi, comme je m’attendais, une personne blessée et acharnée, qui aurait sévèrement accusé le régime et ses collègues collaborationnistes, j’ai découvert une personne qui me semblait d’une certaine façon incompatible avec l’image de “rebelle” et de héros. En vain, m’ai-je attendu à le voir “bouillir” pareil à plusieurs de ses collègues, qui étaient en fait des flagorneurs tenaces du régime communiste. Sa façon sage de prendre des attitudes fermes, même si le faisait une personne à craindre (et, pour certains, insupportable) à l’Union des Ecrivains, manquait d’ostentation, tout comme le personnage de son célèbre roman.

Les choses ont entre-temps évoluées : les « commodes » d’hier ont adopté un autre genre de conformisme, tandis que Vasile Vasilache était resté le même “non-héros” qui servait calmement, profondément, sans spectacle, la vérité."

Selon le poète Arcadie Suceveanu, « Vasile Vasilache semblait être fait pour l’éternité, il était une personne qui semblait ne pas se laisser affecter par les érosions physiques et morales, d’une volonté et d’une fraîcheur de la vie qui défiait les rigueurs de son âge biologique. Malgré son âge, il n’était pas vétuste, son esprit n’était pas archaïque. Par contre, il avait une exceptionnelle force et capacité d’adaptation aux sensibilités des nouvelles époques, à la façon d’être des nouvelles générations. »

Vasile Vasilache était original par les formules linguistiques adoptées, la structure psychologique-sociale de ses écrits, par sa vision tantôt ironique, tantôt parodique, par la combinaison de la fantaisie, de l’intuition, de la structure linguistique-stylistique de la phrase, aux côtés de nombreuses autres facettes de son talent. Il savait revenir à la mythologie qui lui permettait de créer des états spécifiques de mythe, des sentiments d’attentes de quelque chose d’inconnu, de quelque chose qui existe au-delà de notre perception, c’est à dire au-delà de l’existence terrestre. D’ici, probablement, cette capacité unique de „dompteur du temps” (comme le disait le critique littéraire Mihai Cimpoi). A travers ses écrits, le temps semble souvent être sacrifié, comme si l’action se passait au-delà des temps.

Son œuvre, complexe, avec des couches et des sous-couches idéelles intenses, constituera dorénavant l’objet de nouvelles et profondes interprétations, puisqu’un écrivain instruit à l’« école » de la sagesse humaine, de la culture universelle, des philosophies du monde entier, est toujours capable de donner naissance à des mystères pleins de sens et de significations polyvalentes. Des mystères qu’il nous invite aimablement à rechercher et à dévoiler.

Le 25 juillet 2010