Une volontaire française en Moldavie

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Mathilde PILON, étudiante en Master 1 « Coopération internationale et communication multilingue » à l’Université Stendhal de Grenoble, effectue un stage en Moldavie. Elle est engagée dans un projet du Centre « SOTIS » de Balti. Mathilde trouve que la Moldavie est un pays intéressant qui a une culture enrichissante.

- Chère Mathilde Pilon, parlez-nous un peu de vous et de vos préoccupations estudiantines.

  • Je suis étudiante en première année de Master « Coopération internationale et communication multilingue » à l’Université Stendhal de Grenoble. J’ai 24 ans et je me suis longtemps demandée vers quoi je pouvais me tourner ! Je suis passionnée par les langues étrangères, les voyages et la découverte mais les études que j’ai suivies auparavant (« LEA commerce international ») ne correspondaient pas vraiment à mes attentes et mes valeurs. J’ai une sensibilité plus aigue pour tout ce qui a trait au social et au culturel. C’est pourquoi je me suis dirigée vers le domaine de la coopération et la solidarité internationale. J’ai envie d’aider, d’être utile et de faire bouger les choses !
  • Depuis quand êtes-vous en Moldavie et qu’est-ce qui vous a déterminée à choisir notre pays pour ce stage ?
  • Je suis en Moldavie pour 2 mois et demi, c’est court mais intense. J’y réalise mon stage de Master 1, comme volontaire dans un centre d’accueil pour les femmes victimes de violences domestiques et de la traite humaine, dénommé SOTIS. L’an dernier, j’ai suivi une formation spécialisée sur les pays de l’est européen et la Russie. Deux jeunes Moldaves étaient dans ma classe avec lesquelles j’avais sympathisées : je ne me lassais pas de les écouter parler de leur pays et de leur culture. Par ailleurs, j’appends le Russe depuis de nombreuses années déjà et je souhaitais allier mon envie de découvrir « l’est », de parler « Russe » et le stage que j’étais amenée à réaliser cet été. Alors me voilà ! Je sais que la Moldavie est un pays bilingue, mais peu importe, on arrive toujours à communiquer !
  • Comment êtes-vous venue à SOTIS ? Que pensez-vous des actions de ce Centre ?
  • J’ai été mise en contact avec Cristine Oh, une Peace Corps, qui travaille aussi pour SOTIS. Cristine a parlé à la directrice du centre, Olga DOTIN, de mon souhait de venir en tant que stagiaire-volontaire, et le tour a été joué ! Notre rôle à toutes les deux, Cristine et moi, est de faire connaître le centre au niveau national et international. Cela passe par la création d’une campagne de communication, des activités de sensibilisation, la formation d’un réseau des différentes organisations locales, internationales et fondations travaillant également sur les violences familiales et la traite, deux véritables « fléaux » en Moldavie. Enfin, deux de mes missions principales est d’établir des partenariats en France pour fournir le centre en matériel thérapeutique, pédagogique, artistique et ludique ainsi que de trouver des sources de financement pour des projets que le centre aimerait monter mais, faute de ressources financières suffisantes, ne les réalise pas ou les remet à plus tard !

Le centre est tout récent, il a ouvert ses portes en février dernier. Il dispose d’une équipe de 13 personnes, toutes très motivées, mais encore beaucoup de choses restent à faire. Et comme je viens de le dire, son petit budget limite ses actions.

  • De quelle façon ce stage pourrait-il avoir une influence sur votre carrière ? Quels sont vos projets d’avenir ?
  • Ce stage m’aura donné l’occasion de travailler avec des femmes pour des femmes. Et je pense que, désormais, j’ai vraiment envie de travailler dans la protection des droits des femmes. De plus, mon éducation et mes convictions personnelles sont imprégnées de valeurs féministes. En tant que jeune femme libre et indépendante, je me rends bel et bien compte de différences qu’il peut y avoir d’une région du monde à l’autre. Quand des jeunes filles sont prises dans des réseaux mafieux et exploitées sexuellement, quand des femmes sont battues car le mari est de mauvaise humeur ou jaloux, on en peut pas rester indifférent ! Alors, dans le respect des traditions et des cultures, je pense qu’il est quand même possible d’arriver à l’égalité des sexes et au respect des différences. Mais pour cela, il faut se battre !
  • Quelles sont vos impressions sur la Moldavie et les Moldaves ?
  • Bien que le dépaysement ne soit pas total, il y a bel et bien un grand décalage culturel ! Au tout début, il a été linguistique, j’avais vraiment du mal à communiquer et à faire passer mes idées. Ensuite, vous allez rire, il a été, disons, « physique » : les femmes sont très féminines, toujours bien apprêtées, maquillées et coiffées. En arrivant, tout juste après les élections parlementaires européennes, je pensais arriver, très naïvement, dans un pays « européen » puisque de nombreux pays de l’est revendiquent leur « âme européenne ». Mais décidément, je ne me sens pas en Europe ici.

Je n’arrive pas à qualifier mes impressions sur la Moldavie car je pense que la Moldavie n’arrive pas non plus à s’identifier réellement. C’est un pays riche culturellement et historiquement, mais reste très influencé par ses voisins la Roumanie et les pays slaves (la Russie et l’Ukraine).

C’est aussi un pays partagé entre les traditions et la présence très profonde de l’orthodoxie et de l’empreinte soviétique.

Quant à mes papilles gustatives, ici, elles ne se plaignent pas ! C’est l’été, et je me régale en fruits et légumes. J’y ai aussi découvert les fameux borsh et blinis !

Les Moldaves que j’ai rencontrés pour l’instant ont tous été plein d’égard, simples, chaleureux et toujours prêts à me passer un coup de main. Certains se demandent bien ce qu’une jeune Française peut bien venir faire chez eux !

  • Comment se sent une Française en Moldavie et qu’est-ce qui lui manque ici ?
  • Au début, j’ai été un peu déphasée, comme je viens de vous le dire. Mais, j’aime apprendre à vivre différemment et je m’adapte. Je me rends surtout compte ici à quel point je suis « occidentale ». Je m’explique : en France, on vit dans un monde de vitesse. Tout tourne à 200 à l’heure, on doit travailler vite, être productif, même à l’université ! J’ai beau rejeter certaines valeurs occidentales, j’en suis tout de même imprégnée ! Alors ce séjour en Moldavie est comme une cure dépurative, où j’ai un tout autre rapport au temps.

Ce qui me manque le plus ici, et bien, pas grand-chose : aller nager pour me défouler. La piscine est fermée pour l’été.

  • Auriez-vous un message particulier à énoncer sur notre site ?
  • Et bien, quand on parle de la Moldavie en France, souvent je vois un petit sourire moqueur se creuser sur les lèvres : on ne sait pas bien où le pays se trouve sur la carte - tellement il est petit, on pense à Tintin en Syldavie, on pense au communisme …

Mais détrompez-vous ! La Moldavie est vraiment un pays digne d’intérêt et très enrichissant.