Mon souhait est le retour de mes concitoyens au pays

Le 28 janvier 2011, Diana Railean, de Radio Europa Libera, a interviewé Mme Olga Bitca qui est la première personne à bénéficier du programme de l’Organisation Internationale de Migration pour le retour au pays des diplômés ayant fait leurs études à l’étranger.

« J’ai deux amours ! La Moldavie et ma Patrie adoptive, la France. »

Elle a étudié et travaillé dix ans en France, mais elle est retournée en Moldavie il y a quelques jours afin de mettre au service de son pays la formation suivie en France. Olga Bitca est la première moldave qui a osé revenir en Moldavie grâce au Programme de l’Organisation Internationale de Migration, soutenu par le gouvernement moldave. Son objectif est de convaincre 30 jeunes diplômés à revenir et travailler en Moldavie dans la sphère privée, voire publique.

Olga Bitca
Olga Bitca

En automne 2000, Olga, étudiante en 3e année en Droit a décidé de partir pour Paris par le biais du programme au pair. La suite, on l’apprend d’elle directement…

Olga Bitca  : J’ai commencé à étudier le Droit en Moldavie et je m’y suis tenue. En France, j’ai été acceptée dans plusieurs Universités. Comme beaucoup de mes compatriotes et collègues à la Fac de Droit, j’ai travaillé manuellement et cela n’est pas honteux car c’est ainsi que j’ai appris le français.

L’étape suivante a consisté à choisir une Faculté de Droit assez prestigieuse pour mon Master. C’est parce que la spécialité m’a beaucoup plu et que je l’ai choisie librement que j’ai pu avoir mon Master avec de bonnes notes.

Europa Libera  : Vous avez réussi à trouver du travail ?

Olga Bitca  : Par exemple, j’ai travaillé à Paris au siège d’un grand groupe industriel et c’était moins une expérience juridique qu’une expérience humaine et du point de vue du management de la gestion de crise. Auparavant, j’ai eu d’autres stages en Moldavie et en Ukraine pendant mes vacances d’été. Les stages sont une nécessité et il ne faut pas attendre qu’ils viennent d’eux même, il faut les conquérir. « Frappez et l’on vous ouvrira ! » J’ai demandé de l’aide et c’est ainsi que j’ai été recommandée pour un stage en Ukraine.

Europa Libera  : Ainsi, dix ans se sont écoulés. Quand avez vous décidé de rentrer à la maison ?

Olga Bitca  : Je voulais tout de même rester en France puisque j’aime beaucoup ce pays, peut être même plus que certains Français. Il y a deux pays dans mon cœur, la Moldavie et ma Patrie adoptive, la France. En surfant sur le net, j’ai vu l’annonce de l’Organisation Internationale de Migration sur le site www.moldavie.fr et sur Facebook et cela m’a donné l’idée de me préparer concrètement pour un éventuel retour au pays. Cette préparation a été psychologique mais aussi administrative entre autres. Je m’étais dit qu’il fallait trouver du travail bien avant de revenir, mais bien que connaissant parfaitement le marché français je ne connaissais rien au marché du travail moldave. C’est ainsi que j’ai eu des pistes bien avant mon retour au pays. L’Organisation a été un fil conducteur important pour rechercher du travail avant le retour et je la conseille vivement, car finalement j’ai été bien guidée et motivée pour revenir en Moldavie.

Europa Libera  : Comment et combien du temps a duré votre atterrissage en Moldavie ?

Olga Bitca  : J’étais encore en France quand je suis rentrée en contact avec l’OIM et on m’a annoncé que mon dossier avait été accepté. J’ai été retenue car j’avais fini mes études, j’ai par ailleurs complété mes compétences juridiques avec des études d’économie, ce qui me donne un profil assez rare et recherché sur le marché de travail. L’OIM m’avait dit accepter ma candidature, mais en me prévenant : « Même si le programme prévoit l’aide à la recherche d’un poste, vous devez absolument chercher votre employeur par vous même. Sans cela, il est impossible de comprendre le marché du travail moldave. »

Europa Libera  : Il me semble que vous avez eu plusieurs propositions de travail ?

Olga Bitca  : J’ai trois opportunités en ce moment : une dans une grande entreprise, une autre dans une petite entreprise et une troisième dans le domaine public.

Europa Libera  : Laquelle est la mieux disante pour vous ?

Olga Bitca  : Plutôt celle de la grande entreprise dans le privé, car elle a une activité internationale, mais je me sentirai mieux dans la fonction publique, alors ça sera la fonction publique !

Europa Libera  : Le modique salaire de la sphère publique ne vous effraye pas ?

Olga Bitca  : Oui bien sûr, c’est pour cela que j’ai privilégié le privé dans mes recherches. Mais dans la recherche d’un emploi il ne faut pas éliminer certaines possibilités et exclure un domaine ou un type d’entreprise, car la vie réserve beaucoup de surprises, malgré les préférences subjectives.

Europa Libera  : Comment trouvez-vous Chisinau et la Moldavie ?

Olga Bitca  : Chisinau a assez bien évolué, mais la province beaucoup moins. Si elle avait évolué de la même façon, j’aurai eu le cœur en paix et trouvé cela formidable.

Europa Libera  : Comment vous avez trouvé nos villages ?

Olga Bitca  : Ils ont l’air moins abandonnés, ils ont l’air d’aller un peu mieux. Ce qui me fait penser que ce serait bien que certains de nos concitoyens rentrent au pays, ceux qui ne trouvent pas leur place à l’étranger et ne sont pas contents. Si certains trouvent facilement un travail manuel ou intellectuel, ce n’est pas le cas d’autres personnes, alors quel que soit leur niveau de compétence et d’études, j’aimerais qu’elles reviennent en Moldavie car elles représentent une valeur pour leur pays.

Europa Libera  : Vous avez mentionné nos Moldaves en France. Quelle est leur situation actuelle ?

Olga Bitca  : Au départ, on nous évite. On nous associé aux mafias de l’Europe de l’Est, surtout que psychologiquement les Français aiment les autres cultures, mais ils ont peur des étrangers quoique les Moldaves soient plus ouverts, en raison du milieu multiculturel de l’Union Soviétique. Donc il a fallu démontrer qui on était. Et je suis fière de constater que lorsqu’une entreprise recrute un Moldave ou un Roumain alors elle est convaincue et cherche à en employer d’autres, parfois quatre ou cinq, je l’ai vu de mes propres yeux. A partir de 2005, on a commencé à être acceptés et même recherchés, surtout pour le travail manuel. On n’avait pas encore notre Eglise, ni une diaspora organisée. Les choses ont changé et à présent on a tout et le Consulat est très à l’écoute de nos demandes. Dommage qu’on n’avait pas tout ça il y a 5 ans, on aurait bénéficié de plus de choses.

Europa Libera  : Le programme OIM pour les diplômés moldaves à l’étranger prévoit le retour de seulement 30 personnes ?

Olga Bitca  : C’est une déception, pourquoi seulement 30 ? Après je me suis dit que le programme n’en est qu’à ses débuts et qu’il y aura peu de volontaires au retour puisque ce n’est pas facile de se décider et de tout abandonner après toutes les batailles qu’on mène pour s’intégrer à l’étranger, et cela même si les résultats sont modestes. Pour réussir, il faut une grande volonté de rentrer au pays et avoir conservé quelques repères de la culture moldave.

Europa Libera  : C’est ainsi que les choses pourront être changées ?

Olga Bitca  : Oui, certes. Les personnes qui ont vécu et travaillé a l’étranger ont une autre mentalité, ils ne sont plus Moldaves, mais ils ne sont pas Français ou Italiens, par exemple. J’ai trouvé la solution en disant que je suis européenne. Ces personnes ont une valeur et peuvent être utiles à leur pays. Par exemple, les personnes qui ont étudié le Droit en Roumanie sont formées différemment de ceux qui sont restés en Moldavie. C’est important de savoir qu’on sait lutter, trouver les solutions et on sait aussi comment manager les autres. Mais je ne suis pas supérieure aux Moldaves, je suis différente et j’ai tout intérêt à travailler en équipe avec ceux qui ont eu un autre parcours.

Europa Libera  : C’est votre réponse à l’éventuel argument qui vous reprocherait de prendre la place des Moldaves formés ici ?

Olga Bitca  : On a été formé d’une autre façon. Je suis différente et chacun a sa place. De tels programmes permettent cependant d’éviter la seconde fuite des cerveaux, parce qu’une fois un Moldave parti à l’étranger, il y a un grand risque qu’il parte pour le Canada ou plus loin, ce qui est dommage. Imaginez-vous une personne formée en Moldavie avec les ressources publiques et formée à l’Université ou professionnellement en France également grâce aux financements publics et qui finalement parte travailler ailleurs ! Il y a un réel besoin de tels programmes où l’on soutient les personnes également sur le plan psychologique comme dans le cas du programme de l’OIM pour le retour des diplômés. Dans mon cas, le risque de la seconde fuite des cerveaux a été évité, en tout cas pour l’instant, mais le risque persiste toujours.

Mme Bitca, je vous remercie pour cette interview.

Interview reprise sur le site http://www.europalibera.org

Traduction- Olga Bitca

Relecture - Didier Corne Demajaux