Une famille d’émigrants moldaves ont adopté leur patron

En plus de divers cadeaux, à leur retour d’Espagne, les époux Natalia et Igor Botnariuc ont apporté à leurs enfants un grand-père.

Attaché à une famille d’émigrants moldaves, un Espagnol âgé de 74 ans a décidé de changer son mode de vie en Espagne et de s’installer en Moldavie. Il a laissé dans sa patrie une maison à trois étages et plus de 500 hectares de terrain qu’il a fait affermer. Il a fermé à clé les portes et, ensemble avec les Botnariuc, il est venu à Nicolaevca, un village dans le district de Floreşti, en Moldavie. Une fois arrivé, il a changé ses chaussures pour des souliers en caoutchouc et, après s’être adapté aux soirs sombres dans le village et aux routes boueuses, il a aidé ses amis à lancer une petite affaire.

Les époux Botnariuc sont partis à l’étranger à la recherche d’une vie meilleure. Il y a dix ans, ils étaient arrivés en Espagne où ils ont dû exercer plusieurs métiers, y compris le travail sur des chantiers de construction. Après avoir changé beaucoup d’emplois, Natalia a enfin trouvé un emploi dans un restaurant de la ville de Tronchon, région de Teruel. Ici venait souvent manger l’ancien juge, Teofilo Carceller Tuster, un monsieur connu et respecté dans sa localité. Voilà comment ils se sont connus, se sont rapprochés et ont commencé à se respecter réciproquement, lui étant surtout attiré par la modestie des Moldaves, eux – par le seul être humain prêt à leur donner un conseil dans un pays étranger. Ayant appris que Igor ne pouvait pas trouver d’emploi, l’Espagnol l’a embauché à sa ferme.

Ensemble, comme dans une famille

La maison à trois étages demandait des travaux de rénovation. A part cela, après 30 ans d’activité dans la justice, étant à la retraite, Teo a décidé d’ouvrir une petite ferme de vaches. „Nous avons rénové la maison ensemble et, toujours ensemble, nous travaillions à la ferme. Il est énergique, laborieux, plaisantin”, dit Igor. Un an plus tard, Teo proposé à Natalia aussi de s’installer chez lui. „Il n’a pas de famille, seulement quelques parents qui sont plus âgées que lui. Il nous a proposé d’être une famille. Il s’était attaché à nous, tandis que pour nous, il était comme un père”, affirme Natalia Botnariuc.

Le grand-père d’Espagne

C’est en octobre 2003 que Teo a pour la première fois visité la Moldavie. Il a beaucoup aimé les gens d’ici, la terre moldave et les paysages. Mais il a été choqué par l’état désastreux des routes et le manque dans les villages des systèmes d’illumination des rues pendant la nuit. „Il ne croit pas que les gens simples soient responsables du niveau faible de l’infrastructure, mais les politiciens qui ont tout à fait oublié les villages”, nous dit Igor. L’Espagnol a acheté à la famille Botnariuc un tracteur et quelques hectares de terrains agricoles. Ils ont ouvert ensemble une ferme et un magasin qui porte son nom -„Carceller”. Entre temps, un nouvel enfant est né chez les Botnariuc. Aujourd’hui, Teo est le grand-père de deux fillettes moldaves, aux côtés des autres grands-parents, les parents de Natalia et de Igor avec lesquels il a de très bonnes relations.

„Nous travaillons à trois, chez nous et à la ferme. Teo est pour nous plus qu’un père et un grand-père, il est comme un conseiller, il nous a appris beaucoup de secrets liés à l’élevage”, dit le chef de la famille.

Les galoches en caoutchouc de Moldavie

Dès son arrivée à Nicolaevca, Teo a changé ses souliers pour des galoches en caoutchouc. Une fois par an, il rentre chez soi, en Espagne et amène obligatoirement quelques paires de galoches. „Ils sont pour les fermiers”, dit-il, tout en précisant qu’en Espagne on n’en trouve pas. „Ils sont pratiques et utiles, mes amis qui travaillent à la ferme en sont enchantés”, affirme Teo.

Bien qu’il soit en Moldavie depuis presqu’une décennie, il n’a pas encore appris le roumain. Toutefois, ça ne l’a pas empêché de nouer des amitiés. „Trois de ses amis sont déjà dans l’autre monde”, nous dit Igor. Il aime beaucoup la Moldavie. Il souhaite avoir la citoyenneté moldave, mais la législation ne lui donne pas ce droit, pourvu qu’il se marie avec une Moldave. „Les femmes d’ici me font des œillades”, plaisante don Teo, „ceci parce qu’elles me croient riche ”, sourit-il, se résignant, semble-t-il, de la pensée que chaque an il doit se présenter au bureau de migration pour faire prolonger son permis de séjour dans son pays d’adoption afin de rester aux côtés de ses anciens employés.

Article par Svetlana Corobceanu, publié sur http://www.jurnal.md

Traduit pour www.moldavie.fr