Un livre nécessaire de Sandrine Treiner : « L’idée d’une tombe sans nom »

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Article de Gilles Ribardière

Il est des livres que l’on referme en se disant qu’il convient de leur trouver une place durable dans sa bibliothèque. Ce ne sont pas nécessairement des ouvrages épais à l’écriture serrée, ou la dernière production d’un auteur célèbre. Ce sont des textes qui avant tout s’impriment dans notre mémoire, touchent au plus profond notre sensibilité. « L’idée d’une tombe sans nom » de Sandrine Treiner est de ceux-là.

De quoi s’agit-il ? D’un long cheminement en vue de (re)donner une existence à une jeune inconnue, Juive de Chisinau, Manya Schwartzman, enfant de la Révolution de 1917, mystérieusement disparue en 1937 en Union Soviétique.
Sandrine Treiner engage cette longue marche à partir d’un point de départ improbable : les paroles d’une vieille femme aujourd’hui disparue, une petite photo, et surtout une phrase d’une force tellurique – car il faut la placer dans son contexte, à savoir l’URSS de Staline - « Ne venez pas. Nous nous sommes trompés ». Cette phrase adressée par Manya à sa famille, il faut en être conscient, est le fruit d’un courage inouï, mais qui a sans doute scellé son sort.

Ce livre ne tente pas seulement de tracer la destinée d’un être singulier ; à travers Manya dont la nature devient moins floue au fil des pages, il nous est rappelé ce que fut le sort d’innombrables militants de la cause révolutionnaire venus construire la société de leur rêve et qui furent réduits à néant : une tombe, certes sans nom, leur est enfin donnée. Mais c’est aussi un livre qui rend admirablement compte de la topographie mutante d’une ville : destructions de bâtiments, nouveaux tracés de voies, ou simplement modifications de la dénomination de ces voies au gré des changements du régime politique ou de l’installation plus ou moins durable d’envahisseurs ; nombreuses sont les cités qui ont été secouées par de telles fluctuations. Chisinau dont il est ici question en est un exemple parfait

« L’idée d’une tombe sans nom » appartient à la catégorie des ouvrages nécessaires. Souhaitons-en la traduction en roumain et en russe.