Un docteur bessarabien fait partie de l’élite d’Iasi

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Grigore Tinica
Grigore Tinica

Cet article présente une étonnante histoire de réussite d’un Moldave parti à l’étranger. Il s’agit du directeur de l’hôpital « Constantin Ion Parhon » d’Iasi, Grigore Tinică, docteur moldave qui fait aujourd’hui partie de l’élite d’Iasi, en Roumanie.

Le nom de Grigore Tinică est associé à la ville d’Iasi, ainsi qu’à des milliers d’opérations à cœur ouvert et à d’autres interventions chirurgicales cardiovasculaires majeures. Son nom est connu dans toute la Roumanie. Pour des milliers de malades, il reste leur dernier espoir de survie. Il fait des merveilles dans la médecine, car c’est un professionnel chevronné. Pour venir en aide au plus grand nombre, le docteur Tinică a proposé, cette année, au Ministère de la Santé de Roumanie un projet en valeur de 100 millions d’euros pour l’ouverture d’un nouvel Institut des maladies cardiovasculaires à Iasi.

Grigore Tinică est originaire du district moldave de Şoldăneşti. En 1984, il a terminé ses études supérieures à la Faculté de Médecine Générale de l’Université « Nicolae Testimițeanu » de Chisinau. Après ses études, il a exercé comme médecin dans des hôpitaux de Chisinau et s’est spécialisé à Moscou.

La chance lui a souri en 1992, lorsque l’État roumain lui a offert une bourse à la Clinique de Chirurgie Cardiovasculaire Fundeni, Université de Médecine et Pharmacie « Carol Davila » de Bucarest. Son directeur scientifique a été le Prof. Dr. Doc. Ioan Pop de Popa. Après avoir reçu cette bourse, il s’est installé à Iasi, mais où qu’il soit, il déclare avec fierté être Roumain bessarabien.

Ses parents, sujets de Sa Majesté le Roi de la Roumanie

Sa mère l’attend toujours dans le village de Cuşmirca, district d’Ungheni. Elle ne souhaite pas rejoindre son fils en Roumanie pour ne pas laisser les tombeaux de famille en ruines.

Mon père est mort en 2001. Dans son acte de naissance, il était écrit « sujet de Sa Majesté le Roi de Roumanie ». Dans l’acte de naissance de ma mère, la même chose est écrite. Mon père a aussi participé à la deuxième guerre mondiale. Le 9 mai - aujourd’hui, nous fêtons le Jour de l’Europe, mais à l’époque de l’URSS, on fêtait le Jour de la Victoire sur l’Allemagne fasciste - il était invité chercher son cadeau, en tant que vétéran de guerre. Il n’est jamais allé, on le lui ramenait donc à la maison. Mon père disait : « Mon voisin, père Anton, a lutté dans l’Armée Roumaine et il ne reçoit rien ». Après son service dans l’Armée Roumaine, père Anton a été déporté en Turkménistan. Il y est resté de longues années, puis il est rentré chez lui. Papa disait : « Personne n’offre rien à père Anton, mais lui, il a aussi combattu. Je ne suis pas allé de mon plein gré à la guerre pour tuer quelqu’un. Anton, non plus. Le hasard a fait que l’on se soient retrouvés dans des camps opposés pendant la guerre et comme par hasard, aujourd’hui, on m’offre un prix à l’occasion de 9 mai et pas à Anton ». Si le prix était en argent comptant, ils achetaient quelque chose à boire et se prenaient tous les deux une bonne cuite. Mon père n’avait rien demandé aux autorités de cette époque-là. « J’ai la citoyenneté roumaine de naissance et il faudrait que ceux qui nous en ont privés nous la rendent, considère Grigore Tinică.

Être Bessarabien est un énorme problème

Bien qu’il ait voulu rentrer en Moldavie, le docteur Grigore Tinica est resté à Iasi. « Je vais souvent en Moldavie parce que j’ai mes parents, mes frères et mes amis là-bas. Ici et là-bas, je me sens chez moi. Bon, il est difficile de franchir la frontière. En effet, il faut attendre, ce qui est un peu gênant. Mais, je ne considère pas avoir quitté mon pays. J’entretiens toujours de très bonnes relations scientifiques avec mes collègues de Chisinau et de Balti. Cela nous permet de nous voir les uns les autres et de renforcer nos liens. En revanche, pour eux, la situation est plus compliquée. Ces derniers temps, ils ont beaucoup de mal à se rendre en Roumanie à nos colloques et symposiums. Ils doivent passer par une étape humiliante : obtenir le visa pour la Roumanie. Je crois que pour un médecin, un professeur, un ingénieur et enfin pour beaucoup d’autres qui ont des rapports avec le monde scientifique roumain, il est rabaissant d’attendre pendant des jours ou même des mois un visa pour seulement deux ou trois jours, témoigne le docteur Grigore Tinică, convaincu du fait qu’être Bessarabien est un énorme problème depuis à peu près 200 ans. « On rentrera tous chez nous, lorsque la Moldavie retournera chez elle », a-t-il ajouté.

Le docteur Grigore Tinică est aimé et respecté par tous ses patients et collègues et restera dans l’histoire de la médecine d’Iasi. En 2000, il a pratiqué sa première opération à cœur ouvert et il est aujourd’hui membre de 10 sociétés professionnelles du monde entier. Il est persuadé que l’on atteint le succès seulement en travaillant d’arrache-pied. C’est la seule façon de réussir. « Il est aussi important d’être la personne qu’il faut au moment qu’il faut. En effet, toute notre vie est comme une gare à laquelle il est essentiel d’arriver à temps pour prendre le train. Pas avant, car vous risquez de vous faire écraser et pas après, car vous n’aurez plus de place dans le wagon », a-t-il rajouté.

Article publié sur
http://apropomagazin.md/2010/02/04/ne-place-un-doctor-basarabean-face-parte-din-elita-iasului/.

Traduction du roumain en français par Marina Frutuoso