Un apiculteur moldave en Amérique

Les Moldaves, connus pour leur assiduité et ingéniosité, sont particulièrement inventifs quand il s’agit de gagner leur vie. Ayant construit dans la période soviétique la Magistrale Baïkal-Amour, défriché les terres arides au Kazakhstan et travaillé dans la taïga russe, ils sont aujourd’hui dispersés dans le monde, travaillant, surtout illégalement, en Italie, Grèce, Portugal, Angleterre, Irlande, France, Allemagne, Belgique, Russie et dans d’autres pays. Cependant, certains de nos compatriotes, les plus ingénieux, ont trouvé de meilleures solutions, comme c’est le cas de Iochim Robu, établi depuis plus d’une décennie à l’étranger.

Je l’ai rencontré à Chisinau, le Jour de l’Indépendance - il était venu en vacances pour prendre part aux fêtes nationales et voir ses parents et proches. Il est né dans une famille nombreuse avec neuf enfants (quatre frères et cinq sœurs) dans le village de Căpriana. Il était extrêmement heureux d’être rentré dans sa patrie après une longue absence.

Je suis parti en Amérique comme réfugié

Il est parti aux États-Unis avec toute sa famille. Qu’est-ce qui l’a fait quitter son pays et aller aux quatre vents ? C’était une question que je voulais lui poser naturellement, mais Iochim l’a anticipée, me disant avec tristesse : « J’ai été déçu par le fait que nous avons perdu tout ce que nous avions obtenu pendant les années de libération et renaissance nationale, car ceux qui ont cueilli les fruits de notre victoire nous ont trahis. Ce n’est pas en vain qu’on dit que les révolutions sont faites par certains et les fruits en sont cueillis par d’autres. La deuxième raison qui m’a fait quitter le pays fut le fait que le 6 mars 1996 j’ai été cruellement battu par des inconnus, probablement par ceux qui étaient intéressés à liquider les combattants les plus actifs du mouvement de libération et la renaissance nationale. J’ai réalisé que je risquais d’être liquidé et j’ai décidé de quitter le pays. »

Je me sens accompli dans le pays de toutes les opportunités

C’est grâce à l’aide de son frère Constantin Robu, un prospère homme d’affaires qui avait le droit d’émigrer aux Etats-Unis, qu’il a pu traverser l’océan. En plus, sa femme Elena, fait partie d’une famille de protestants. A cause de sa réligion, lorsqu’elle était élève à l’école de Carpineni, une professeur l’a heurtée la tête contre le tableau noir. « Les enfants n’avaient pas le droit d’accompagner leurs parents aux messes. Ils n’avaient, non plus, le droit d’exprimer ouvertement leur amour pour la Parole de Dieu, ayant peur d’être marginalisés par la société. Voilà pourquoi, quand nous avons eu la possibilité de quitter le pays, nous sommes partis. Là-bas, dans la ville de Tampa, en Floride, nous semons la parole de Dieu et nous nous sentons libres dans le pays de toutes les opportunités. Ici, nous jouissons pleinement de la grâce divine », dit notre protagoniste.

L’apiculture est un don de Dieu

Au début, il a fait divers travaux dans le port de Panta. A noter que Iochim Robu est diplômé de la Faculté d’Economie et de Commerce de l’Université d’Etat de Moldavie. Après ses études, il a travaillé comme gérant de magasin, commissaire aux comptes, professeur d’éducation physique, puis il a travaillé au sein de la Fondation de charité « L’Amour de Dieu ».

Aux États-Unis, resté sans emploi, il se souvint de l’occupation de ses ancêtres - l’apiculture. Ayant commencé par quelques essaims, il possède aujourd’hui 225 ruches. Il vend le miel aux clients de diverses nationalités : Américains, Philippins, Coréens, Allemands, Polonais, Bulgares, Russes et, bien sûr, Roumains. « Je suis ravi quand mes clients me disent que mon miel est très bon. En plus du miel, je vends du pollen, de la propolis, des mixtures de propolis, miel et pollen, de la cire, de la gelée royale. Nous avons aussi commencé à produire du savon à partir d’ingrédients naturels - huiles, cires, etc. J’ai créé, moi-même, une mixture pour les organes internes », a déclaré l’apiculteur de Capriana.

On prie toujours Dieu pour notre pays natal

Même s’il est très loin de sa patrie, il pense souvent à la terre qu’il a dû quitter. « Chaque fois que nous nous réunissons avec nos frères et sœurs dans la foi, nous prions Dieu pour notre pays. Je suis content qu’à Capriana il y a une famille à 19 enfants - celle de Mihai Ungureanu. Malheureusement, en Moldavie naissent très peu d’enfants maintenant. Beaucoup de familles sont dispersées, les hommes et les femmes travaillent séparément dans différentes parties du monde. Moi, j’ai six enfants. Ils sont intelligents et travailleurs. Qui sait, peut-être certains d’entre eux, ou tous ensemble, nous reviendrons un jour en Moldavie. A Capriana j’ai construit une maison où j’ai plusieurs ruches. Mon frère, Constantin Robu, a lui-aussi bâti une maison dans le village dont s’occupent nos parents. Pour le moment, je ne peux pas quitter les Etats-Unis, car ici j’ai la possibilité d’éduquer et de former mes enfants, d’avoir une occupation qui je pratique depuis près de 20 ans - l’apiculture. Sachez que le miel « moldave » est très délicieux en Amérique. Sinon, mon travail serait vain. Grâce à ce produit, des gens de différentes nationalités apprennent davantage sur notre pays, parce que souvent on me demande - pourquoi le miel est tellement délicieux et savoureux ? D’où vient-il ? Ces moments me font me souvenir de mes parents, de la maison où j’ai grandi, de l’endroit qui m’est le plus cher dans ce monde. Si je rentre dans mon pays, je voudrais pratiquer aussi dans l’apiculture. C’est le métier qui m’apporte de la satisfaction et me permet de nourrir ma grande famille », nous dit Jochim Robu.

Article de Nicolae Roibu repris sur le site http://www.timpul.md/articol/un-apicultor-basarabean-in-america-36909.html

Traduction – Liliana Anghel.

Le 25 septembre 2012