Pédiatre à Roubaix et porteur d’espoir pour les enfants de Moldavie

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Article repris sur http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Tourcoing/actualite/Secteur_Tourcoing/2009/11/29/article_pediatre-a-roubaix-et-porteur-d-espoir-p.shtml

L’anonymat de la blouse du médecin sied à sa modestie. « C’est surtout l’association qu’il faut mettre en avant », insiste Éric Boez, gêné qu’on puisse voir en lui quelqu’un d’exceptionnel. Disons-le, alors, représentatif d’un engagement remarquable. Celui qui l’a conduit, trois années durant, à présider Pédiatres du monde, et à poursuivre, aujourd’hui encore, son action pour que les petits Moldaves connaissent un sort aussi enviable que les enfants de chez nous.

Éric Boez s’efface volontiers devant « la superbe équipe de néonatologie » qui l’accompagne au quotidien, à la maternité Paul-Gellé de Roubaix. On pourrait remarquer les soins qu’il prodigue à ces petits êtres si fragiles, grands prématurés parfois d’un kilo à peine. Mais Éric Boez réplique par l’engagement du personnel soignant qui l’entoure et qui a pour credo de « prendre en compte le bonheur des enfants », jusqu’à chanter pour adoucir les premiers jours des tout-petits. Une musique si douce, au regard de ce que ce pédiatre a découvert, il y a quelques années déjà, quand il s’est pour la première fois penché sur le sort des enfants de Moldavie.

Sa spécialité, qu’il a exercée pendant dix-sept ans en cabinet de ville à Wattrelos, il l’a embrassée un peu par hasard. Ce sont aussi des rencontres et des coups de foudre qui l’ont mené à s’engager, en 1998. À l’origine, il y avait un simple groupe de travail de l’Association française de pédiatrie ambulatoire, qui a décidé de s’impliquer dans la pédiatrie humanitaire. « On avait été contactés par Pharmaciens sans frontières pour travailler dans un orphelinat en Moldavie. Et c’est comme cela que cela a commencé. » Il a encore dans les yeux ces images « d’enfants dans un état épouvantable, abandonnés sur des lits ». A l’époque, les parents d’enfants handicapés étaient incités à les abandonner.

Une « culture de la séparation » qui faisait que « les enfants n’étaient pas nourris et ceux qui travaillaient dans ces structures vivaient cela comme une punition ». Dans ce petit état, voisin de la Roumanie, la médecine avait gardé quelques réflexes soviétiques assez déconcertants. Comme une tendance au « surdiagnostic », qui conduisait à engager des traitements dangereux, souvent inutiles. Dans ce pays, la mortalité infantile est encore presque quatre fois supérieure à celle que l’on connaît en France. « Mais en dix ans, j’ai vu de gros progrès dans la prise en charge des nouveau-nés », assure le Dr Boez, évoquant les différents champs d’action de l’association, comme la neurologie, la néonatologie, le handicap, l’aide aux enfants sourds ou encore l’ouverture d’une Maison de l’enfance.

« On travaille avec les professionnels, on ne les remplace pas. Nous faisons surtout de la formation et nous aidons les médecins à monter des projets et à travailler avec d’autres ONG. Il ne faut pas arriver avec la science infuse. Il y a des choses qu’ils font très bien, même mieux que chez nous, comme l’allaitement maternel. » Ce qu’il retire de cette expérience, à raison de six à huit voyages par an, il aimerait le mettre à profit ici. Les bases de roumain qu’il a apprises l’aident à entrer en relation avec les gens du voyage.

Coordinateur des actions de Pédiatres du monde pour la Moldavie, il n’occulte pas les actions de la centaine d’autres adhérents, qui apportent leur aide au Maroc ou au Cambodge. L’association était présente ailleurs, mais la guerre les en a chassés. Pourtant, relayant la devise de son association, il souligne que « l’enfant est partout, le pédiatre doit y être ». Mais « financièrement, on bricole… Les pédiatres ne savent pas « se vendre » ». Le soutien du grand public ne lui semble pas superflu.