« On ne doit pas être comme les Allemands, mais on doit apprendre d’eux ! »

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Oleg Ciobanu est originaire d’un village du district moldave de Fălești. Pour lui, comme pour tous les Moldaves, l’Allemagne était, après la chute de l’Union Soviétique, une terre promise, un paradis. Si on y arrivait, pensait-on, tous les rêves pouvaient se réaliser - une maison, une voiture, de l’argent, ou presque toutes les attentes matérielles de la population de la Moldavie.

L’Allemagne « nazie »

« Après 1990, quand je suis allé en Allemagne pour la première fois pour en ramener une voiture à vendre, je me suis mis en route ayant dans ma tête ce que je considérais être un ascendant moral sur les Allemands. Tout au long de mon enfance, j’ai entendu de la propagande soviétique négative concernant le pays dont le nom, avant 1990, on pouvais à peine prononcer sans l’épithète « nazi », se souvient-il. Même après la chute de l’URSS, Oleg ne pouvait pas encore se détacher de la manipulation idéologique du système et pensait que, apprenant qu’il venait de l’ancien empire bolchévique, les Allemands allaient le traiter comme un « vainqueur ».

Mais il a changé d’avis avant d’arriver à sa destination, et a perdu la confiance qui l’a inspirée avant de partir. « C’était pénible de voir, tout au long du chemin jusqu’à Munich, que le peuple que nous croyons écrasé par « les nôtres » vivait dix fois mieux que nous. Ce fut, je crois, la première fois que j’ai réalisé que tout ce que je savais sur le monde au-delà du Prut était un mensonge », dit-il.

N’ayant pas d’argent à investir, Oleg cherchait des voitures avec de petits défauts mécaniques ou de carrosserie qu’il réparait sur place dans les parks où il les achetait.

Allemand par besoin

Après plusieurs voyages en Allemagne, il a reçu une proposition de la part du propriétaire d’un centre de vente de voitures roulées. Celui-ci l’a invité à travailler pour lui dans un atelier aménagé juste là, en plus il lui a donné un logement près de l’atelier, des repas payés et un pourcentage de la vente des voitures réparées par lui. « Nous avons eu beaucoup de travail, et le patron gagnait bien grâce à mon travail. Et moi, j’ai été heureux car je suis arrivé à gagner jusqu’à 5000 marks par mois, comme un médecin en Allemagne. Je ne dépensais presque rien parce que les deux premières années je connaissais seulement deux endroits - l’atelier et ma chambre. »

Oleg, qui avait appris ce métier en réparant la voiture de ses parents, se rappelle qu’avant son arrivée chaque pièce problématique était enlevée et remplacée. Il a appris aux Allemands à remettre les pièces en fonctionnement, à les réparer pour les réutiliser. « Je ris maintenant, quand je m’en souviens. On nous apporté des voitures complètement froissé boțite et mon patron me disait : « Oleg, même toi, tu ne pourrais rien faire ici. »" Cela m’ambitionnait et je ne renonçais pas avant de lui prouver qu’il avait tort. »
Ponctualité et exactitude

Oleg a passé 13 ans en Allemagne, et ya gagné plus qu’il n’aurait gagné pendant100 ans de travail honnête en Moldavie. Il est revenu dans sa patrie pour fonder une famille et transmettre ce qu’il a appris là-bas. « Le travail, la ponctualité, l’honnêteté. La valeur d’une promesse est plus sacré qu’un serment chez eux », dit-il.

A ce sujet, il se rappelle comment il a pu aider un ami d’enfance de Moldavie. Celui-là avait besoin d’outillage d’impression d’Allemagne. Oleg s’est renseigné et lui a réservé un à une imprimerie non loin de son domicile. Son ami et le patron allemand ont négocié le prix et ont établi la date de la transaction. Mais, sur la route, son ami moldave a été enchanté par la beauté du « paysage » et il est arrivé un jour plus tard. Et il fut très surpris de constater qu’à cause du manque de ponctualité on lui a claqué la porte au nez. Au début, il pensait que les Allemands avaient reçu une meilleure offre de prix. Mais la surprise a doublé quand il a appris que ce n’était pas le cas et que la seule raison du refus avait été son retard. « Les Allemands ne font pas d’affaires, même si elles sont profitables, avec des gens qui ne tiennent pas leur parole » - voici une des premières leçons apprises en Allemagne par Oleg.

Débrouillard, mais pauvre

Il ne croit pas que les Moldaves doivent être comme les Allemands : « On ne peut pas et on ne doit pas être comme les Allemands, on doit seulement apprendre d’eux autant que possible. Il ne faut pas essayer de devenir ce qu’on n’est pas, et on comprend cela très bien après que les Russes ont tenté de nous faire malgré nous des soviétiques et voilà ce qu’on a – des mutants qui ne savent quelle est leur langue, histoire et croyance. Pour être ponctuel et correct, il ne suffit pas d’avoir des papiers allemands, mais il faut changer la mentalité et aider d’autres de le faire. Il faut qu’on comprenne que c’est en travaillant, pas en volant, en trompant ou en spéculant, qu’on réussit à bâtir des choses durables. »

En racontant cet histoire, il sourit car il se souvient de son ancien employeur d’Allemagne, qui était toujours surpris de voir comment il transformait une vielle voiture dans une bonne voiture bonne à vendre. « Il me disait : « Herr Oleg, vous et votre peuple, vous allez toujours vous débrouiller, mais vous ne vivrez jamais dans un pays riche comme l’Allemagne. C’est parce que vous ne pouvez pas renoncer aux choses périmées. » Peut-être, faut-il se débarrasser de tout ce qui est vieux, surtout la mentalité, pour passer à un autre niveau, plus proche de l’Allemagne », conclut notre héros.

Article de Valentin Buda repris sur le site http://www.timpul.md/articol/noi-nu-trebuie-sa-fim-germani-dar-sa-invaam-ceva-de-la-ei-36501.html
Traduction -