Mihai Fusu : « L’intégration dépend de l’éducation de l’individu et de sa capacité d’ouverture »

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Interview par Lucia Scripcari, élève en 12-e A au Lycée Théorique « Spiru Haret » de Chisinau

Il y a deux décennies, la Moldavie est devenue un pays indépendent. Après de dizaines d’années de dictature, le peuple a senti la lumière et la couleur. Actuellement, la République de Moldavie se maintient entre le progres et le recul. On a des chances réelles de devenir membre de l’UE.

Biensûr, il y a de nombreux avantages, comme l’application des standards européens, les investissements qui donneraient la possibilité de croissance, de stabilité des simples citoyens.

Nous avons discuté sur l’intégration de la République de Moldavie dans l’Union Européenne avec Monsieur Mihai Fusu, journaliste, acteur, professeur de théâtre et metteur en scène.

Lucia Scripcari : Nous savons que vous avez des activités dans plusieurs pays européens. Comment avez-vous construit votre carrière là-bas ?

M. Mihai Fusu : J’ai eu plusieurs activités dans les pays francophones, en France, en Suisse. J’ai enseigné, j’ai joué et j’ai mis en scène des spectacles. Ma carrière en Europe ? C’était un hasard, c’était des rencontres ; j ’ai rencontré des gens de théâtre. Nous avons discuté, partagé des idées, des opinions et ils m’ont invité, après c’était moi qui avais invité plusieurs professeurs de théâtre, des metteurs en scène.

Lucia Scripcari : Comment s’est produit votre intégration en France ? Avez-vous eu des barrières linguistiques ?

M. Mihai Fusu : Pas vraiment. J’ai fait mes études au lycée « Gheorghe Asachi », à l’époque soviétique, quand il s’appelait école nr.1 « Grigory Ivanovich Kotovsky », mais c’était une école avec une solide base francophone. J’ai beaucoup aimé la langue française. Quand j’étais étudiant, je traduisais des pièces de théâtre du français en roumain et quand je suis parti en France, je parlais déjà suffisamment bien le français et j’ai très vite réussi à m’intégrer dans la culture française.

Lucia Scripcari : Il est difficile de s’intégrer dans un autre pays, une autre culture ? On a, peut- être, besoin de qualités spéciales, de la bonne volonté ou de la diligence ?

M. Mihai Fusu : Moi, je pense que j’ai des qualités spéciales, comme vous dites. J’ai toujours aimé les langues, j’ai toujours aimé les différentes cultures. Vraiment, je peux dire que pour moi c’était pas un effort inhumain, c’était naturel, c’était agréable.

Lucia Scripcari : Selon vous, quelle est l’image des Moldaves en Europe ?

M. Mihai Fusu : Quand vous dites l’image des Moldaves en Europe, il n’y a pas d’image générale ; j’ai contacté toujours des intellectuels, notamment des gens de théâtre, des journalistes, des dramaturges. Je n’ai jamais contacté des administrations françaises, des politiciens français. Et encore, des différents politiciens ont des opinions différentes, une attitude différente. Les gens avec qui j’ai communiqué, avec qui j’ai contacté, c’était des contacts personnels.

Lucia Scripcari : De quoi dépend l’intégration ? Pourquoi les uns réussissent à s’intégrer, mais les autres non ?

M. Mihai Fusu : Si on parle de l’individu, ça dépend de l’éducation, de sa capacité de s’ouvrir.

Lucia Scripcari : La très grande majorité de citoyens moldaves voient leur avenir dans l’UE. Quelles sont les perspectives et qu’entendez vous par l’intégration de la République de Moldavie dans les structures de l’UE ?

M. Mihai Fusu : C’est un problème politique. La Moldavie se trouve dans un espace de rivalité. Donc, c’est une rivalité entre l’UE, d’un côté, et la Russie, d’ autre côté. Il y a aussi des problèmes économiques, des problèmes d’infrastructure, mais ce ne sont pas des problèmes principaux, à mon avis. Si on parle des problèmes économiques et de eux d’infrastructure, mais aussi de la mentalité de la société moldave et encore des politiciens et de la qualité de l’administration, je pense que nos gouverneurs, nos décideurs ne sont pas suffisamment honnêtes envers leurs promesses. Je pense qu’ils font très peu pour vraiment prouver l’attachement pour l’UE.

Lucia Scripcari : Alors, l’effort doit venir de la part du gouvernement ou de l’individu ?

M. Mihai Fusu : Je pense quand même que c’est la classe politique qui doit prendre une décision claire et appliquer les standards européens. Ça veut dire, en ce qui concerce la corruption, par exemple, ou l’intégrité des frontières, la relation de l’administration avec le citoyen, tout ce qui concerne l’infrastructure de la communication, absolument tous les domaines doivent être abordés d’un point de vue européen, tandis que chez nous on a un double standard : à l’exterieur - la vitrine qui est affichée par nos dirigeants – elle est européenne, mais à l’interieur du pays ils agissent comme auparavant ou presque.

Lucia Scripcari : Quels instruments doit fournir le governement pour que l’intégration se produise ?

M. Mihai Fusu : Il y a toujours deux instruments : un de l’extérieur, l’autre de l’intérieur. De l’extérieur - c’est les organisations européennes, de l’intérieur - c’est la société, c’est les individus conscients. Il y a toutes sortes d’ONG qui ont une certaine influence sur les cadres supérieurs, sur l’intellectualité pour mobiliser la société. Il y a aussi les médias, les journalistes, les artistes, ceux qui dirigent l’opinion publique en général. Il faut que les gens qui sont conscients de notre parcours européen soient plus actifs dans la société.

Lucia Scripcari : Croyez-vous que nous deviendrons plus européens si on adoptait les lois conformément aux indications de Bruxelles ?

M. Mihai Fusu : Oui et non. Biensûr, pas tout de suite parce qu’une loi, dès qu’on l’adopte, devient déjà une partie de ta société. Du point de vue juridique, legislatif, la société est dirigée par toutes ces lois, mais du point de vue humain, il faut s`habituer, il faut que ces lois deviennent une partie de la mentalité en général. Donc, c’est bien d’appliquer les lois européennes, mais en même temps on a besoin de temps pour rendre la société consciente de cette loi.

Lucia Scripcari : Nous devons être conscients que l’intégration devrait être une idée nationale. On a besoin de la volonté politique pour que tous puissent contribuer.

Monsieur Mihai Fusu, je vous remercie pour avoir partagé votre expérience et pour votre disponibilité !

M. Mihai Fusu : Merci à vous !

Article repris dans le magazine francophone Quelques mots .

Le 23 juillet 2013