Les vrais résultats du rapport de la Fondation Scelles sur les femmes moldaves et la prostitution : « Il n’y a pas de données sur la Moldavie »

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Article de Olga Bitca

Tout observateur de la réalité moldave, comme l’Association « Les Moldaviens » dont les membres connaissent bien la Moldavie, parce qu’ils s’y rendent régulièrement et qu’ils œuvrent inlassablement pour la promotion de son image, ne peut qu’exprimer son regret et son amertume face aux erreurs soit de l’auteur qui aurait mal communiqué les résultats du rapport de la Fondation Scelles, soit de l’Agence AFP qui les aurait sans doute mal repris. Ces erreurs dont la reprise surmédiatisée sans vérification préalable de la crédibilité et de la fiabilité des sources, a profondément terni l’image du pays sur la scène internationale.

Une simple et rapide vérification de la fiabilité des sources du rapport révèle qu’une telle étude au niveau mondial a été effectuée pour la première fois par la fondation Scelles et qu’en fait la Moldavie ne semble pas avoir été visitée, ni des sondages effectués sur place.

On doit rappeler que, dans la foulée de la publication des résultats du rapport, d’après lesquels 70 % des jeunes femmes moldaves âgées entre 15 et 25 ans se seraient prostituées au moins une fois dans la vie, la Fondation Scelles avait fourni deux explications complètement contradictoires sur ces données.

La première explication se caractériserait par le flou des réponses aux questions des reporters de la publication moldave « Timpul » : sur la modalité de la collecte des données, « Le Président de la Fondation, monsieur Charpenel, a déclaré que l’étude a été effectuée sur la base des données fournies par la presse internationale, les forums, le site du Département de l’Etat des Etats-Unis , l’organisation « La Strada » en République de Moldavie, ainsi que sur la base de discussions avec les citoyens moldaves habitant à l’étranger. Interrogé sur la vérification de la nationalité des personnes interrogées, Monsieur Charpenel a répondu que c’était une bonne question, car les pièces d’identité n’étaient pas vérifiées : on les croyait sur parole. »

La seconde explication serait qu’en fait il y a absence de données sur la Moldavie ! « Dans le cadre d’une réunion avec l’Ambassadeur de la Moldavie à Paris nous avons proposé, avec l’aide de l’ambassade, d’étudier également la situation de la République de Moldavie lors des prochaines éditions de notre rapport. Dans l’édition récemment sortie nous n’avons pas étudié la situation moldave. Nous nous sommes arrêtés pour l’instant au chiffre de 24 pays » avait écrit Frédéric Boisard, directeur du projet, aux reporters du « Timpul ».

C’est cette seconde version qui semble correspondre à la réalité, contrairement à ce qui apparaîtrait dans le rapport : Il n’y pas de données sur la Moldavie !

En tout état de cause il faut rappeler que cette fondation est perçue comme un mouvement abolitionniste et possède une image assez controversée. En témoignent les propos de l’Institut national de la prostitution (INP) dont nous donnons la référence en note, on peut aussi s’interroger sur la rigueur de cette fondation dont le dernier rapport d’activités accessible en ligne date de 2009 !

Or les fondations qui perçoivent plus de 153 000€ de subventions et dons ont l’obligation de déposer leurs rapports d’activité annuels et leurs comptes financiers auprès du Préfet du Département en clôture d’exercice, et une fois le rapport présenté au Préfet c’est en deux clics qu’il peut être mis en ligne à la disposition du public. La fondation Scelles n’entre-t-elle pas dans cette catégorie ?

Enfin, en ce qui concerne l’accessibilité du rapport lui-même au public, on s’interroge comment la commercialisation de leur rapport pour 18 euros se combine avec leur objectif d’intérêt général et avec leur but non lucratif, ainsi qu’avec leurs déclarations suivantes sur leur site : « Au moment où nous préparons un second rapport enrichi par de nouvelles analyses et de nouveaux pays, notre intention est de continuer à présenter de la manière la plus objective et la plus accessible tout ce qui peut contribuer à informer celles et ceux qui ne se satisfont pas des idées reçues ou des à-peu-près ».

Son Excellence, Oleg Serebrian, l’Ambassadeur de la Moldavie en France, a réagi très rapidement à ce rapport et a indiqué que le Ministère des Affaires Étrangères de la République de Moldavie était en train de préparer un document qui corrigerait le rapport de la Fondation Scelles. Mais en tout état de cause on doit espérer rapidement un démenti officiel de la part de la Fondation, comme cela a été fait par un syndicat étudiant français sur une question similaire concernant la prostitution des étudiantes françaises à propos de laquelle des chiffres plutôt fantaisistes avaient été avancés : un démenti officiel avait été publié.