« Les petits enfants de Lénine » vus par Evangeline Masson-Diez

0 vote

Exraits du livre « Les petits enfants de Lénine » par Evangeline Masson-Diez paru aux Editions Alta-plana, 2008 (p.357-358)

MOLDAVIE

Chisinau, Octobre

La frontière entre l’Ukraine et la Moldavie fut quasi inexistante.

Nous avons juste eu le temps de penser à Tintin et au Sceptre d’Ottokar comme tout Français qui confond la Moldavie et la Syldavie. Deux douaniers ukrainiens dont on ne voyait que les hautes casquettes d’un vert bouteille sont montés dans le bus pour embarquer nos passeports et un douanier moldave est venu les rendre au chauffeur. Dommage que cette dernière frontière ait été si aisée à franchir.

***

Chisinau, capitale sans charme à l’allure provinciale, n’a rien de particulier. Son large parc vert et ses cafés en plein air permettent de profiter des derniers beaux jours, ses magasins modernes européens laissent rêveur et son grand bazar en plein centre, coincé entre plusieurs rues, fournit le nécessaire. Dans ce marché aux allures orientales, certaines odeurs de viandes passées au soleil évoquent les bazars d’Ouzbékistan. Le cliquetis des pièces de monnaie agitées par les quêteurs des églises orthodoxes rappelle les stands religieux des gares russes. Les étales débordent ; on y empile papier toilette, café lyophilisé, ampoules et lessive pour attirer l’œil du client.

Durant nos premières heures en ville, nous avons été frappés par le tempérament latin des Moldaves. La sculpture de Romulus et Remus symbolisant l’ascendance latine des Moldaves du musée national d’histoire est en restauration, mais le monde en terrasse et surtout la langue moldave confirment cette sensation. Le moldave est un idiome chantant à sonorité latine, quasi similaire au roumain malgré les dires des nationalistes. Pour une fois nous déchiffrons sans difficulté les enseignes : Farmacie, Bilete de avion, Desserti, etc.

Les habitants de la capitale moldave sont bienveillants, serviables et souvent francophones. Autant de qualités que nous avons remarquées le jour de notre arrivée, presque par hasard. Nous rentrions en autobuzul, “machrutka” en moldave, vers le quartier Riscani où nous louons un petit appartement. Voyant mon plan annoté, mon voisin propose, dans un français parfait, de nous aider à trouver notre arrêt. Aussitôt, l’homme à droite de Patricio entreprend à son tour de nous assister. Quelques mètres avant l’arrêt Moscovskoe, notre nouvel ami roumain demande à haute voix au chauffeur de s’arrêter « pour les deux Français ». Tout le monde entend et dans un élan de convivialité, chaque passager nous informe de détails essentiels à leurs yeux.

La moitié francophone des passagers traduisent :

« Ce magasin est ouvert 24 h/24. »
« Ici la viande est bonne. »
« Pour aller dans le centre prenez plutôt le trolleybus n° 1, c’est moins cher. »

Cette scène se reproduira tous les jours dès que, dans un transport collectif, nous parlerons français.