Les enfants des migrants – entre le désespoir et les vêtements de marque

Les Moldaves se sont dispersés dans tout le monde à la recherche d’une vie meilleure. Selon certaines estimations, le nombre de migrants moldaves se chiffre entre 400 à 700 mille personnes. Selon d’autres sources, leur nombre est estimé à un million de personnes. En plus d’avoir à leur charge leurs familles, nos compatriotes qui travaillent dans des pays étrangers contribuent aussi au renforcement du budget national. D’autre part, parallèlement avec l’augmentation du nombre de migrants et avec la croissance du montant des rémittences, s’accroit aussi le nombre d’enfants qui sont socialement orphelins, qui voient leurs parents une fois par an, dans le meilleur des cas. Ils ont les yeux tristes, le regard préoccupé, mais ils portent des vêtements de marque. C’est ça le portrait de la plupart d’enfants qui grandissent sans leurs parents aux côtés.

Ils ont une voiture et un ordinateur, mais ils sont dépourvus d’amour parental

Dans le district de Calarasi, il y a 920 enfants dont un parent est à l’étranger et 530 – dont les deux parents sont partis, selon les données du département Assistance sociale de ce district. Angela Popescu, assistante sociale dans le village de Varzarestii Noi, Calarasi, affirme qu’environ 270 personnes de son village travaillent à l’étranger– en Russie, Italie, Portugal, France, etc. « Je visite souvent leurs enfants, dit Angela Popescu, ils ont une bonne situation financière, mais on ne caresse pas l’âme d’un enfant avec de l’argent. Ils ont les plus performants téléphones portables, des ordinateurs, ils portent des vêtements de marque. Certains ont même une voiture qu’ils conduisent seulement dans le village, car ils n’ont pas encore l’âge requis pour avoir un permis de conduire. Mais la tristesse ne disparaît pas dans leurs yeux ». Selon Angela Popescu, ces enfants ont de la peine à maitriser les larmes lorsqu’ils commencent à parler de leurs parents.

C’est, par exemple, le cas de Lenuta, une fillette du village de Sipoteni. Elle a vu sa mère il y a six ans quand celle-là est rentrée pour un bref délai. Sa mère est partie travailler en Italie quand Lenuta avait seulement six ans. Depuis, c’était quelqu’un de ses proches qui l’accompagnait à l’école à la rentrée scolaire et elle regardait toujours avec envie les enfants qui venaient accompagnés de leurs parents. Rien ne lui manque, à part l’amour maternel. Lenuta ne sait pas ce que veut dire parler à sa mère et lui demander un conseil quand on est dans une situation embarrassante …

Tous seuls depuis trois ans

Les frères Ionel et Petrut du district de Rezina vivent tout seuls, dans le vrai sens du mot, la troisième année de suite. Leurs parents les ont laissés à la charge d’une voisine et sont partis travailler en Russie quand les garçons n’avaient que 8 et 9 ans. Depuis, les frères doivent se débrouiller comme ils peuvent, à l’aide des voisins et de l’assistant social de leur village. Ils réchauffent eux-mêmes la maison et font le ménage. Leurs parents ne se souviennent pas souvent d’eux. En plus, la voisine qui avait assumé de les soigner est tombée malade et il a fallu trouver une autre villageoise disponible de leur faire à manger et de laver leur linge, de temps en temps.

Les professeurs disent que les deux frères sont de bons élèves et, à la différence d’autres enfants en situation difficile, ils ne pensent pas à abandonner l’école. Il est possible que leurs parents soient privés des droits parentaux, mais, malgré tout, ces enfants devenus matures avant le temps les attendent chaque jour. Ils ont tant de choses à leur raconter… Et, surtout, à les convaincre de ne plus les laisser seuls…

Dans l’absence des parents, ils ont voulu mettre fin à leurs jours

Dans la ville de Vulcanesti, comme dans beaucoup d’autres localités, des centaines de personnes ont quitté leurs maisons pour aller travailler à l’étranger. La plupart sont en Turquie, vu les affinités linguistiques entre les Turcs et les Gagouzes. Restés à la maison, la plupart des enfants sont prêts à suivre l’exemple de leurs parents dès qu’ils auront fini l’école. L’exemple des parents qui les ont laissés seuls et sont partis à la recherche d’une source d’existence est difficile à combattre chez cette catégorie d’enfants.

"En même temps, les enfants des migrants sont vulnérables au stress et à toute sorte de dangers sociaux", affirme Nadejda Mocan, directrice du Centre psycho-social de la ville de Vulcanesti. "Le drame de ces enfants est difficile à imaginer – certains ne dépassent malheureusement jamais le trauma psychologique causé par la séparation des parents. Le Centre de Vulcanesti est intervenu dans deux cas de tentatives de suicide parmi les enfants dont les parents travaillent à l’étranger. Il a fallu organiser plusieurs sessions de conciliation psychologique afin de faire ces enfants revenir au normal et se réintégrer dans la société", dit Nadejda Mocan.

« A cause du fait que la mère et le père ne sont pas à ses côtés quand l’enfant a besoin d’eux, l’enfant est vulnérable et n’est pas sûr de soi-même. Personne n’attend un tel enfant à la maison et personne ne lui demandera comment la journée a passé. Dans l’absence des parents, l’enfant trouve difficilement une personne de confiance à laquelle il pourrait parler de ce qui le préoccupe. Il n’a personne à qui il pourrait faire part de ses émotions et à qui demander un conseil quand il en a besoin », affirme Nadejda Mocan.

Qui se préoccupe d’eux ?

La responsabilité pour les enfants sans surveillance parentale (soit, les enfants en difficulté ou en situation de risque) est „partagée”, en fonction des problèmes auxquels le jeune membre de la société est confronté, entre les ministères de la Protection Sociale, de l’Education, de l’Intérieur, de la Santé et la Maison Nationale pour les Assurances Sociales. Au niveau local, les enseignants, les médecins et d’autres spécialistes, aux côtés des assistants sociaux et des autorités locales, sont responsables de ces enfants.

Mais, sans un système efficace de « comptabilisation » de la situation des enfants sans surveillance, les autorités opèrent avec des chiffres qui sont loin de la réalité et n’interviennent qu’après abus commis, comme il est arrivé quand une fillette de seulement deux ans a été violée par le concubin de la femme à la charge de laquelle sa mère l’avait laissée. Les autorités locales ont constaté que l’enfant vivait dans la misère seulement après le monstrueux acte de violence.

L’Etat, comment réagit-il ?

La réponse de l’Etat au phénomène des enfants qui grandissent seuls, sans leurs parents, s’est matérialisée dans un plan d’actions axées sur la protection des enfants sans soin parental conçu sur la période 2010-2012. Ce document prévoit des modifications législatives censées responsabiliser les parents qui travaillent à l’étranger pour le respect des droits de leurs enfants. „Nous envisageons de mettre en place une banque de données sur les enfants en difficulté qui comprendrait aussi les enfants des migrants. De cette façon, nous pourrions localiser chacun de ces enfants, nous serions au courant de sa situation et des problèmes auxquels il est confronté.”, dit Vadim Pistrinciuc, vice-ministre du Travail, de la Protection Sociale et de la Famille. D’autre part, les autorités proposent de simplifier la procédure d’institution de la tutelle afin que la personne qui prend en charge un enfant soit responsable par loi de sa sécurité.

Une ordonnance émise par le Gouvernement oblige les migrants qui disposent d’un contrat légal de travail à l’étranger de présenter à la frontière un document confirmant le fait que leurs enfants sont mis sous tutelle. Cependant, selon les informations des organes territoriaux d’assistance sociale, ces cas sont rarissimes. Or, la plupart de Moldaves partent à l’étranger illégalement. Alors, comment les obliger à prendre soin de leurs propres enfants ?

Le nombre des orphelins sociaux – de plus en plus important

Selon les données du Centre d’Information et de Documentation sur les Droits de l’Enfant de Moldavie, le nombre d’enfants sans surveillance parentale est en croissance continue : tandis qu’en 2006 il y avait 94 mille enfants dont au moins un parent était à l’étranger, en 2009 ce chiffre est estimé à 135 mille.

Article par Natalia PORUBIN, repris sur le site http://evenimentul.md

Traduit pour www.moldavie.fr