Le Solitaire

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Dans le village de Dărcăuţii Noi, district de Soroca, il y a seulement trois maisons « en bon état » et un habitant. Le solitaire qui y habite est Pavel Cebotaru, un bonhomme de 48 ans. Contrairement aux traditions moldaves, le jour de la fête patronale, le village reste toujours désert. Toutefois, Pavel Cebotaru ne « se noie pas » dans la solitude et il a un seul désir-être visité par le Président Voronin.

Dărcăuţii Noi à l’air comme après la guerre : des maisons ruinées, des fenêtres couvertes de toiles d’araignée, un lieu isolé. Seul le bon état de la croix votive qui est à l’entrée dans le village révèle la présence humaine dans ces parages-là.

Quand nous sommes arrivés chez Pavel Cebotaru, il dormait. Stupéfié de notre visite, il nous a dit : « Je n’ai pas de visiteurs, d’autant plus d’ailleurs ». Il nous a dit qu’il se sentait très bien dans sa solitude et qu’il ne voulait pas déménager dans le village voisin de Dărcăuţi. « Je n’irai nulle part. Le long de dizaines d’années, j’ai parcouru le chemin jusqu’à Dărcăuţi, sans égard à la neige, ni à la boue. Il me faut 20 minutes pour y arriver, au cas de besoin », dit le solitaire.

Il a divorcé deux fois, il n’a pas d’enfants, toutefois, il ne se sent pas seul. « Aujourd’hui, j’ai été dans le village voisin pour jouer au domino et aux cartes avec des copains. Parfois, ce sont eux qui viennent chez moi. Quant aux chefs, ils ne m’ont jamais visité. L’ex-maire adjoint y venait parfois, car il était mon ancien collègue. Et c’est tout ! », dit Pavel Cebotaru en montrant avec fierté une photo avec ses collègues d’école.

Une fête sans hôtes

Pavel Cebotaru nous propose une visite à travers son village. Autrefois, il y avait environ 50 maisons, mais il n’en reste que trois. Mais, malgré tout, même s’il avait la possibilité de déménager dans une maison neuve où que ce soit - à Dărcăuţi, à Chişinău ou ailleurs - il ne partirait nulle part. Autrefois, le village s’appelait Odaia lui Sava, le nom évoquant un des premiers habitants de la localité, après il fut renommé Dărcăuţii Noi.

« La plupart des villageois se sont installés à Dărcăuţi ou à Soroca, parce que leurs maisons, ayant été construites à la hâte après la guerre, se ruinaient. D’autres sont morts. Mes parents n’auraient pas déménagé dans le village voisin, si leur maison ne se ruinait pas. Un médecin de Soroca y vient de temps en temps, il travaille un peu dans son jardin et il s’en va. Je n’ai pas d’animaux domestiques, j’ai eu un chat, mais il s’est en allé. J’ai eu des cochons et de la volaille, mais j’ai commencé à boire et j’ai tout tué. J’ai un vignoble et je produis mon propre vin. Mais ces derniers temps, je ne bois pas beaucoup », raconte le solitaire.

« La fête patronale de notre église est célébrée le 22 mai, comme à Dărcăuţi, et moi je vais d’habitude chez mes parents pour fêter ensemble. Or, personne ne vient chez moi. Je me suis habitué à ne jamais recevoir des hôtes », raconte avec tristesse Pavel Cebotaru.

« Sans moi, le village est désert »

Pendant un quart de siècle, il a travaillé à une station de raquettes anti-grêle. « En 1992, j’ai pris part aux actions militaires de Transnistrie, près de Cocieri, mais … à quoi bon ? Maintenant, je touche 20 lei pour cela. La Transnistrie, n’est toujours pas à nous », dit le maître du village.

Chaque jour, il part à Dărcăuţi où il travaille comme journalier. La maison reste sans surveillance, mais il ne craint pas les voleurs car ils n’y a plus quoi voler. « L’année passée, on m’a volé deux sacs de farine et un réchaud. Les cambrioleurs ont cassé la porte. Je crois qu’il y a eu de très forts coups, mais … évidemment personne ne les a entendus, car il n’y a personne dans le voisinage. J’en ai été très déçu, c’est contraire aux normes chrétiennes… ».

« Seulement mort, je partirai d’ici »

Je regardais les fenêtres couvertes de pellicule et il a deviné ma question : « Je n’ai pas froid, j’ai du bois et en hiver je chauffe très bien ma maison. La maison, je l’ai achetée aux années ’90. Autrefois, elle abritait un jardin d’enfants, puis, on n’en avait pas besoin, car il n’y avait personne pour y aller. Maintenant, il n’existe pas de téléphone ici. Heureusement, on n’a pas coupé l’électricité. Je n’ai pas souvent besoin de faire des achats : ma mère me donne du pain, moi-même, je cultive des pommes de terre, des haricots et d’autres légumes. De temps en temps, j’achète des cigarettes », dit-il en allumant une.

Certains seraient heureux de ne pas avoir des voisins, d’autres n’imaginent pas leur vie sans eux, tandis que Pavel Cebotaru ne sait pas trop ce que c’est que vivre aux côtés des gens. « Je voudrais que des jeunes y viennent et se fassent construire des maisons. Il y a de la place, il a des puits avec de très bonne eau, mais il n’y a pas de gens pour en boire. Des gens de Dărcăuţi y viennent pour puiser de l’eau », dit le solitaire Pavel Cebotaru. « Je ne partirai à Dărcăuţi que mort, car…ici il n’y a pas de cimetière », a-t-il ajouté, conscient du fait qu’avec lui, tout un village moura aussi.

Pavel Cebotaru veut être visité par le président Voronin

« Je voudrais que Voronin vienne me voir, je l’entends souvent parler à la radio. Mais qu’il m’en avertisse avant, pour que je me prépare à sa visite. Je trouverai certainement de quoi le servir - de l’eau de vie et quelque chose à manger, mais il n’y a pas de place pour y dormir. En fait, il n’est pas besoin qu’il y passe la nuit, car il a certainement où dormir, réfléchit le solitaire de Dărcăuţii Noi.

Article par Vadim Terbate, publié sur http://www.jurnal.md/article/3640/, traduit par Veronica Ciobanica, élève en XII-ième au Lycée Théorique « Ioan Voda » de Cahul, membre JUNACT.