La république « Racovatz d’Athènes »

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La république « Racovãtz d’Athènes »

Les rues vides du village sont envahies de grandes maisons, la
majorité
portent sur leurs toits des antennes paraboliques. Ici et là, près des
portes, on peut voir un homme ou une femme qui ont passé l’âge de la
jeunesse.
Je suis entrée dans une petite cour avec un jardin soigné. La
maîtresse de maison, une vieille femme, était grimpée dans le grenier
et
parlait au téléphone mobile. Elle criait et gesticulait.

« Oh, ma fille, ici la situation est grave. Dans le village sont restés
seulement les vieux et les enfants. Les filles grandissent et elles
vont
partir aussi. Les tiennes, qu’est-ce qu’elles font ? Elles grandissent.
Tu
ne les reconnaîtras pas quand tu viendras. Mon vieux, il se porte bien…
 »

Après qu’elle eut fini la discussion, la femme mit l’appareil dans la
poche
de sa jupe. « Oh, quelle excentricité. Pour parler avec ma fille, je
dois
monter dans le grenier, la connexion est si mauvaise ! J’ai une
musculature
comme les jeunes depuis que je monte et je descends l’escalier. Si je
sais
comment il fonctionne ? Eh, oui, il y a déjà cinq ans que ma fille est
partie en Grèce pour travailler. C’est elle qui me l’a acheté. On n’a
pas
besoin d’intelligence pour savoir comment l’utiliser. Voilà, on presse
ici, on l’approche de l’oreille et on parle. C’est tout !
 » me montrait
Manea
Birca, en disant qu’elle n’est pas la seule dans le village qui ait
un tel
bijou.

J’ai appris qu’à 64 ans, elle est devenue la mère de ses petites
filles de
dix et sept ans. Il y a cinq ans que leurs parents sont partis à
Athènes
pour travailler et ils lui ont laissé les enfants en pension. Dans le
village,
ils n’avaient pas de travail et s’ils trouvaient quelque chose, le
salaire
était très faible. En voyant que tout le monde partait, ils sont partis
aussi. Ils ont déjà légalisé leur situation.

« L’année passée ils ont voulu prendre les filles avec eux, mais je les
ai
prié de les laisser avec moi jusqu’à ma mort. Apres ma mort, ils auront
la
liberté de faire ce qu’ils veulent. Je ne me plains pas, ils m’aident
pour
la nourriture, les vêtements. Il y a un bus qui vient dans le village
pour
apporter les colis. Quand je reçois de l’argent je vais au magasin pour
acheter à manger. Si je n’ai pas la possibilité de changer les euros en
lei, j’achète en euros c’est possible’’
, m’explique la vieille dame.


« La république Racovãtz’ »

Devant une tasse de vin, la tante me raconte des histoires des
villageois qui sont partis à l’étranger. Les premiers sont allés à
Athènes
déjà en 97. A partir de cette période-là, l’étranger est devenu une
maladie
pour toute la localité. En dix ans, le village de Racovãtz a été privé
de
presque tous les hommes et les femmes capables de travailler. Cela
signifie
que sur 3 700 habitants, presque 60% sont partis. La majorité ont trouvé
refuge à Athènes. Les femmes travaillent comme servantes, les hommes
sont
sur les chantiers. A cause du fait que les femmes se trouvent à
l’étranger,
les hommes deviennent « veufs » avec une femme vivante. Il y a des
femmes
qui ont demandé le divorce car elles ont trouvé un amour là-bas. Comme
ça, se
ruinent des familles, spécialement les jeunes.

A Athènes existe un parc où les habitants de Racovãtz se rencontrent. Si tu pouvais voir leurs danses, même les pierres sautent sous leurs pieds.Ils sont comme des frères. Dès le commencement, les Grecs se demandaient
d’où ils
venaient pour être si gais. Les moldaves disaient qu’ils venaient de
Racovãtz .Les Grecs ont cru que c’est un pays. Alors ils demandaient
toujours où il se trouvait. Peut-être que c’est une blague mais comme
ça est
apparu à Athènes « La République Racovãtz »


 »Oh ,mon Dieu !, ils sont partis et ils ne veulent plus retourner chez eux. Ils ont laissé leurs enfants chez les voisins et chez les vieux et ils
ont essayé de trouver la fortune dans le grand monde. Je ne me souviens pas d’un exilé qui soit revenu. Ceux qui sont restés au pays travaillent à la
journée, ou trouvent quelque chose à Soroca. Quel malheur !Les hommes meurent et ils sont enterrés sans que leurs enfants soient présents,car ils n’ont pas de papiers et ne peuvent pas être rapatriés dans le pays. Il y a aussi des garçons et des filles qui se sont rencontrés là bas et sont tombés amoureux. Ils ont organisé même des mariages comme chez nous, en
Moldavie, les Grecs en sont restés « bouche bée
 », me dit la tante Manea en m’ouvrant la porte pour que je m’en aille…

Père Efim à Athènes

Dans une autre maison vit Efim Secico. Il m’a dit qu’il a une fille et un fils qui sont à l’étranger. L’an passé, le vieux Efim et sa femme ont vu pour
la première fois Athènes. Dans le village, c’est devenu un sujet très important : « Oh, c’est un beau pays. Mais la vie est très chère là bas. Comme ça
moi et ma vieille puce, nous avons eu la possibilité de passer un « mois de miel »
raconte le grand-père. Tout ce voyage a été payé par leur fille qui
travaille à Athènes depuis sept ans déjà. Au début, elle était femme de
ménage, puis elle s’est mariée avec un Grec et aujourd’hui elle est
citoyenne de la Grèce. Ils ont une douce fille.

Avant dans le village elle était éducatrice, son salaire était très bas. Cela l’a obligée à partir. Après deux ans, elle s’est mariée et on a
fait la
fête chez nous à Racovãtz. Le Grec a été enchanté de ces noces. Ils reviennent à la maison chaque année, dit père Efim.

Deficit de femmes

Sur une petite rue, avec presque dix bâtiments, j’ai rencontre des
hommes
qui discutaient de leurs problèmes. Je me suis approchée et je leur ai
demandé où sont les femmes du village. « Oh, chez nous il y a un
déficit de
femmes. Comme nous l’avons calculé, pour chaque femme du village il y a
trois hommes. Mais celles qui sont restées pensent aussi partir ! Chez
nous
de chaque famille est parti au moins un membre. Un en Grèce l’autre en
Italie. Ils ont construit de grandes maisons, dans lesquelles n’habite
personne
 » me dit Ion Dînga. L’autre se plaint que depuis que sa femme
n’est
pas à la maison, il est devenu boulanger et blanchisseur. Mais comment
faire
autrement pour que les enfants soient soignés…

Des tragédies

Dans une autre rue, d’autres histoires, comme des films dramatiques.
Dans la
première habitation, la maîtresse de maison est partie, son mari vit
seul
dans un palais, mais après un certain temps elle a demandé le divorce.

Encore une cour, encore une tragédie. La femme a travaillé en Italie
deux
ans pour meubler le logement et pour assurer l’avenir de ses trois
enfants.
Pendant ce temps, le mari a vécu dans l’opulence. Au retour de la femme,
l’époux
étant jaloux, il a brûlé tout ce qu’ils avaient acheté avec l’argent
gagné en
Italie. L’épouse découragée, retourna à l’étranger, en laissant les
enfants
chez ses parents.

Chaque semaine, le village est bouleversé par de telles histoires. Un
logement a été cambriolé, une femme a demandé le divorce, un villageois
est
en prison ou quelqu’un est mort. Les hommes se souviennent avec peur de
la
tragédie de Victoria Tambulica. La situation était très difficile dans
sa
famille, alors elle a décidé de partir en Grèce.

Apres quelque semaines, ses proches ont appris que Victoria s’était
jetée du
train. L’époux n’a pas eu la possibilité d’obtenir les documents pour
rapporter au pays le cadavre de sa femme, alors elle est restée pour
toujours à l’étranger.

Le futur étranger

…A la station du village deux élèves discutent. Une d’elle disait
qu’elle
va partir l’année prochaine à Athènes, chez sa mère, quand elle aura
fini l’école.
Là-bas, elle va travailler aux côtés de sa mère. Son amie étonnée lui
demande : « Mais, tu ne disais pas que tu allais aller étudier à l’université ? » La jeune fille lui a répondu : « Et pourquoi tout ça ? C’est sûr qu’ici je
n’aurai
pas un emploi après mes études. Et en plus ma mère m’a dit que le
salaire
est très élevé là-bas
 »

Article publié dans le journal « Timpul », traduit par Radu Silvia, élève en XI-ieme. Relecture - Danièle Soubeyrand.