La corrélation entre l’agressivité et le travailolisme chez les femmes en Moldavie

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Nous publions très volontiers une note de présentation d’une étude universitaire consacrée au « travailolisme » ou « dépendance au travail ». C’est le travail d’une étudiante en psychologie, Doina Marinescu, dont nous avons déjà publié des articles consacrés en général à des actions citoyennes très intéressantes.

Dans le présent article, elle témoigne en fait d’une démarche qui est appelée à se développer : la Moldavie voit se créer sur son territoire des entreprises qui se doivent d’adopter des modes d’organisation moderne, respectant les personnes. Or, d’après Doina, il ne semble pas que la démarche se développe suffisamment vite ; sa remarque sur la nécessité de recruter dans les entreprises des responsables de ressources humaines maîtrisant les instruments permettant de susciter la cohésion entre les personnels, en essayant de prévenir les cas pathologiques de dépendance au travail, mérite l’attention. C’est le prix qu’exige la poursuite de la modernisation de la Moldavie.

La Rédaction

La corrélation entre l’agressivité et le travailolisme chez les femmes en Moldavie

Article de Doina Marinescu

Travailolisme veut dire dépendance au travail. A présent, il est reconnu comme une des plus dangereuses dépendances. Ce syndrome se place à côté d’autres maux constatés sur le lieu du travail : absentéisme, non productivité, et, éventuellement, épuisement au travail ; il peut aussi causer des problèmes de santé et un très haut niveau de stress.

Certes, aimer son travail est beaucoup mieux que le détester, mais pour travailler plus de 50 heures par semaine il est besoin d’un motif sérieux qui inspirerait le désir de travailler. S’agit-il vraiment d’être satisfait et content de ce qu’on fait ou est-ce seulement une façon de s’échapper de la réalité ? Est-ce qu’on travaille parce qu’on est motivé par la concurrence, le succès, le pouvoir financier, l’obsession de la perfection, ou est-ce seulement l’effet d’une mauvaise conscience ?

Au Japon, par exemple, ce phénomène qui est appelé « karoshi » est considéré comme un problème social très grave susceptible de causer le décès prématuré. On estime qu’il provoque un nombre important de décès chaque année ; à peu près 5 % des habitants de ce pays subissent un accident vasculaire cérébral ou une attaque cardiaque, et cela touche des salariés qui n’ont pas encore atteint la soixantaine. Aux Etats-Unis et au Canada, le travailolisme reste considéré comme « une dépendance acceptable » alors qu’elle est tout de même aussi dangereuse que toute autre dépendance.

En Moldavie, il n’y a pas encore d’études sur ce phénomène pour de nombreuses raisons ; or il y a des femmes de notre pays qui se placent au sein des organisations dans une position de leader, sachant que leur bien-être et leur état de santé ont un effet important pour la productivité des organisations. Or les femmes peuvent être confrontées aux mêmes problèmes de santé que les hommes et, en plus, elles ont aussi des problèmes particuliers de santé. Les études de portée générale essayent de voir dans quel contexte se place la santé féminine compte tenu de leur position au sein des organisations et les obstacles qu’elles doivent surmonter.

De mon point de vue, l’agressivité est surtout propre aux hommes, or, on le sait bien, avant l’apparition de la société d’aujourd’hui, les hommes allaient à la chasse pour nourrir leurs familles et devaient riposter si leurs territoires étaient envahis. En revanche, on attribuait aux femmes des traits doux et elles devaient prendre en charge les enfants, le foyer familial.

Un tel scénario persiste aujourd’hui encore, mais les rôles sont parfois inversés, car les femmes (y compris celles de Moldavie) jouent plusieurs rôles, comme celui de mère, d’amie, d’employée ou de femme d’affaires. En conséquence, tous ces rôles impliquent une série de responsabilités, et le terme d’ « agressivité » peut bien les caractériser.

Une telle perturbation peut être générée par des raisons qui ont leur origine dans l’enfance. Les recherches ont montré que les semences du travailolisme se trouvent dès l’enfance et se développent à l’âge adulte. Beaucoup de femmes travailoliques sont en fait des enfants d’alcooliques ou appartiennent à une famille dysfonctionnelle ; la dépendance au travail se révèle alors comme un essai de contrôler une situation qui n’est pas contrôlable. D’autres peuvent être à la recherche d’une « meilleure famille » car leurs parents sont exagérément exigeants et attendent des succès parfois irrationnels de la part de leurs enfants.

On constate qu’au fur et à mesure que le temps passe et qu’on consacre plus d’énergie aux problèmes liés au travail, les pensées deviennent de plus en plus encombrées ; l’individu prend une attitude obsessionnelle, souhaitant tout contrôler, avec des tendances perfectionniste ; l’impulsivité de la personne atteint un niveau maximal pour dépasser les symptômes du stress. L’agressivité contamine toutes les actions volontaires orientées vers une personne ou vers un objet, dans le but de susciter sous une forme indirecte ou symbolique une offense ou une douleur. Selon S.Freud, l’individu cherche le plaisir et essaye d’éviter la souffrance et de dépasser la frustration. Ainsi l’agressivité apparaît quand ces démarches sont bloquées et suscitent la frustration ou bien quand le milieu de travail implique des conditions favorables à l’agressivité ( L. Berkowitz 1967).

Dans mon étude, je me suis proposée de rechercher s’il y a un lien direct entre le travailolisme et l’agressivité chez les femmes et, afin d’étudier cette corrélation, j’ai interrogé 50 sujets de sexe féminin en milieu urbain, dont l’âge varie de 20 à 58 ans. Les sujets ont été choisis aléatoirement. La condition de base a été le fait que les personnes interrogées soient employées, qu’elles aient des responsabilités, un horaire de travail fixe ou flexible et qu’elles travaillent un certain nombre d’heures par semaine.

J’ai fait deux tests pour mesurer le niveau de travailolisme et celui d’agressivité. Le traitement des résultats a révélé une corrélation directe et signifiante entre travailolisme et irascibilité, travailolisme et mécontentement, travailolisme et agressivité verbale, travailolisme et sentiment de culpabilité , travailolisme et indice de l’agressivité et travailolisme et indice de l’hostilité. Par ailleurs, j’ai remarqué que les personnes avec un plus haut score de travailolisme ont eu des indices plus hauts par rapport aux critères sus-mentionnés en comparaison avec ceux ayant un plus bas score de travailolisme.

Compte tenu de la variation d’âge entre 20 et 58 ans, je me suis proposée de voir si l’âge a un certain impact sur le niveau de travailolisme. J’ai pu constater que les personnes âgées de 31 à 40 ans ont une plus forte dépendance du travail que les personnes d’autres âges. Ainsi, le travailolisme existe là où l’on ne pensait pas. Voilà pourquoi il est important que les entreprises et sociétés de Moldavie qui se développent rapidement et ont un grand nombre d’employés mettent en place des projets de prévention du travailolisme ; un expert en ressources humaines devrait être embauché là où est constaté un haut niveau de travailolisme ; les employées doivent être stimulées, non seulement financièrement, mais par exemple par le biais de team-building (organisation de la cohésion au sein des sociétés), et bien sûr, grâce à une attention particulière aux besoins psychologiques, culturels et sociaux des employées.

Le 18 septembre 2012