La Moldavie : album de famille

L’UNICEF et IDIS ont lancé un rapport suite à une recherche effectuée sur les changements qui se sont produits dans les familles de la République de Moldavie durant la période de transition. Voici présentées dans cette page quelques-unes des conclusions essentielles de ce rapport.

La famille en transition

« On pense qu’il y a des fortes raisons qui ébranlent de fonds en comble la structure traditionnelle de la famille et les rôles accomplis par les époux, dans son sens spirituel et utilitariste.

Les pressions exercées par la transition économique et sociale que parcourt la République de Moldavie après la dissolution de l’Union soviétique affectent profondément la structure, le comportement et l’évolution de la famille, comme unité sociale de base de la société. Les données de cette étude ont été bâties sur une recherche sociologique représentative au niveau national.

La plupart des familles de République de Moldavie se confrontent à un double défi : le défi de la modernité et le défi de l’économie de marché. Partant d’un milieu rural collectiviste, assez conservateur et réticent aux changements, qui créaient des liens traditionalistes forgeant l’interaction avec l’entraide (les corvées, le travail collectif), ce milieu a été tout d’un coût assailli par une vague de plus en plus manifeste d ‘égocentrisme.

L’augmentation rapide du taux des divorces confirme cette tendance, qui ne peut pas être expliquée uniquement par l’existence des inégalités économiques. En résultat, on remarque l’augmentation avancée du nombre des familles solitaires (en 2006, presque un enfant sur quatre est né en dehors du mariage). Les études régionales montrent que dans la République de Moldavie, 53% des enfants vivent en pauvreté, un pourcentage environ dix fois supérieur aux autres de l’Europe de l’Est. Ces données représentent des indicateurs catégoriques des pertes sociales subies par les familles touchées par la migration externe.

L’étude « Les transferts d’argent et la migration dans la République de Moldavie - 2006 » a recensé un nombre de 177 195 enfants ayant des parents partis travailler à l’étranger dont 21 860 enfants avaient les deux parents absents à la maison. En même temps, dans les institutions résidentielles se trouvent environ 12 milles enfants, dont 85% ont un ou les deux parents en vie.

Cinq questions et réponses sur l’UNITE DE LA FAMILLE

1. Qui apporte l’argent en famille et comment est-il distribué ? L’argent est accumulé et dépensé ensemble, mais c’est l’épouse qui décide sur les achats à faire.

Seulement 2% des personnes interrogées déclarent garder les revenus séparément ; en général, la plupart affirment gérer les revenus ensemble. En analysant le budget en fonction du principal contributeur, on remarque que presque 30% des hommes questionnés disent accomplir ce rôle, quelques autres 30% soutiennent que c’est leur compagne et plus de 35%, les deux époux contribuent en même mesure à la constitution du budget familial. Cela dit, les femmes apprécient leur contribution au budget de la famille comme étant plus modeste. Seulement 20% des femmes considèrent que leur apport salarial est plus pondérable que celui de leurs époux. Indifféremment du poids de la contribution de chacun des époux, plus de 65% des questionnés disent que l’argent est géré en commun, mais que l’épouse a des priorités décisionnelles à la réalisation des dépenses ; 13% des hommes et 16% des femmes confirmant ce fait, disent que c’est l’épouse qui gère l’argent.

Cette situation est valable pour toutes les tranches d’âge. Néanmoins, la contribution importante que la femme a sur le budget de la famille, de même que le fait qu’elle est responsable de la gestion de l’argent, ne lui confère pas une certaine indépendance économique.

2. Quelles sont les causes des conflits en famille ?

Les époux se querellent à cause de la pauvreté et des vices et se réconcilient par le biais de la police. La situation matérielle représente - selon l’avis de 30% des personnes interrogées - le premier motif de querelle en famille. Cette situation résulte aussi du fait que les familles ne disposent pas de ressources suffisantes pour satisfaire tous leurs besoins. Les difficultés créées par le manque d’argent sont suivies de très près par les divergences d’opinion entre les époux, à cause de la répartition des rôles et des responsabilités dans le cadre de la famille. Environ un quart des familles questionnées soutiennent avoir les malentendus en famille quant à la gestion des biens ménagers.

Un autre motif fréquent des malentendus en famille pour environ 20% est la consommation d’alcool, l’habitude de fumer et autres vices. Plus rarement, il y a des conflits liés aux relations intimes ou de la décision sur le nombre d’enfants en famille (9%). Les disputes sont le plus souvent solutionnées calmement, par les discussions franches entre les époux. Il y a aussi un certain nombre de cas où l’on sollicite l’intervention de la police ou des parents pour apaiser les époux agressifs.

L’idée d’un divorce est, dans ce moment, appréhendée comme une option possible par un nombre relativement accru de personnes interrogées (9%). Les motifs principaux pour les personnes qui renoncent au divorce sont, en ordre décroissant : leur sentiment à l’égard de l’époux/épouse (plus de 40%) et la présence des enfants (presque 40%). Le divorce est accepté en cas d’adultère, abus de tout genre (émotionnel, physique, sexuel), et pour manque de confiance réciproque. Souvent, c’est l’implication des parents du couple (des beaux-parents) qui contribuent au divorce des époux : « les parents brisent les familles » ont déclaré certains. En 2006, les instances judiciaires ont établi 12 600 divorces. Le nombre des divorces officiels a diminué de 13% par rapport à 2005. Un tiers des couples divorcés ont des enfants et le nombre des enfants mineurs touchés par la dissolution de ces mariages a été de cinq milles.

Ils veulent travailler pour la prospérité de leurs familles, mais ils n’ont pas d’opportunités

3. Le bonheur familial signifie la bonne entente ou l’argent ?

La famille est la plus précieuse valeur pour la plupart de la population de Moldavie (90,8% des personnes interrogées l’affirment). Seulement 10 % des participants à l’étude considèrent que la famille est une institution démodée, et seulement 4% considèrent qu’un enfant n’a pas absolument besoin de ses deux parents.

En général, le bonheur des couples est apprécié en fonction du taux de « compréhension entre les époux », et de « prospérité familiale », et moins en fonction du nombre ou d’ « amour ». Les adoptions sont relativement attractives pour environ 30% des couples recensés, mais le même pourcentage de personnes interrogées ne sont pas sûres de pouvoir adopter un enfant étranger.

Les familistes soutiennent également que le bonheur vient de la stabilité du lieu de travail. Un salaire satisfaisant et stable est le critère d’après lequel la plupart d’entre eux choisissent leurs emplois, et ce n’est qu’après que suivent la sûreté du lieu de travail, le poste intéressant ou le prestige social. La grande majorité soutiennent qu’ils continueront à travailler même si un beau jour ils ont énormément d’argent. En même temps, les personnes interrogées ont accusé l’augmentation sensible du déficit d’opportunités et l’inexistence de la diversité d’offres sur le marché du travail.

Les données du sondage relèvent une confiance très élevée dans l’Eglise et le sentiment de religiosité répandue (83% soutiennent être religieux), mais seulement 25,3% d’entre eux participent avec régularité au service divin, et uniquement 1,4% voudraient donner une éducation religieuse à leurs enfants. On remarque que les parents désirent éduquer davantage leurs enfants dans l’esprit de l’assiduité, de l’honnêteté, du respect et de l’humanité, laissant sur un plan inférieur la persistance, l’imagination et l’initiative.

« La famille à distance » et « l’éducation mercantile »

4. Qui aide la famille : l’Etat ou les parents ?

Les jeunes familles de Moldavie comptent beaucoup sur l’aide de leurs parents. Le soutien des parents ne se réduit pas uniquement à offrir un logement sous le même toit ou à aider pour le soin des enfants. Une cinquième partie du budget des jeunes familles vient des parents. Dans la tranche d’âge des époux entre 30-39 ans, ce pourcentage diminue sensiblement étant presque insignifiant : 2%. On pourrait par conséquent affirmer que c’est l’âge où les enfants se détachent, au moins financièrement, du soutien de leurs parents.

Environ 55% des personnes interrogées sont des grands-parents, ils ont des petits-enfants et contribuent souvent à leur soin. De même, plus de 16 % des questionnés prennent soin des enfants étrangers ; ce sont de manière prépondérante les petits-enfants des questionnés (presque 50 %) ou des enfants dont les parents sont partis à l’étranger (plus de 20%), la moitié de ces enfants étant laissés sous leur surveillance pour des périodes dépassant plusieurs années.

Ainsi, en Moldavie apparaît un nouveau modèle de vie - la famille « à distance » - un modèle qui rend virtuelles les relations et les responsabilités des membres de la famille, ce qui mène en fin de compte au transfert de certaines fonctions vers les institutions publiques ou vers les parents. Le soutien émotionnel et le développement des enfants sont substitués par le soutien mercantile, ce qui touche les liens originaux avec les parents génétiques ou les substitue aux relations extrafamiliales. La migration sépare les époux et affecte le psychique des enfants

5. Quels sont les effets de la migration sur la famille ?

Dans presque 20% du total des ménages questionnés, on recense au moins une personne partie à l’étranger ou même plusieurs. La plupart sont parties travailler à l’étranger (73%). La plupart des questionnés sont d’avis que le manque d’un membre de la famille affecte premièrement le processus d’éducation des enfants et leur état psycho- émotionnel. En même temps, l’unité de la famille est détériorée par la migration et la séparation des époux, des enfants, des frères et des sœurs.

Article publié sur http://www.garda.com.md/183/adevarul/, traduit par Ion Ciobanu. Relecture - Michèle Chartier.