L’importance de la religion en Moldavie

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Article de Gilles Ribardière

Lors de mon récent séjour en Moldavie, j’ai été surpris par une présence forte des signes de la religion ; ils ne m’avaient pas semblé si évidents précédemment ; peut-être était-ce un effet de mon inattention. Il n’empêche, j’ai bien relevé quelques faits qui me donnent à penser que l’Eglise Orthodoxe en Moldavie exerce certainement une influence non négligeable dans la société, avec une adhésion sincère d’une part importante de la population, tout âge confondu, mais aussi, à n’en pas douter, une adhésion de circonstance de la part de personnes ayant besoin de se donner bonne conscience.

Je ne voudrais pas que les propos que je vais tenir ici heurtent la sensibilité de mes nombreux amis moldaves qui trouvent dans la foi un sens à leur vie : c’est leur conviction intime qu’ils peuvent enfin exprimer sans avoir à s’en cacher. Je raconte simplement des faits que j’ai pu du reste parfois évoquer avec des personnalités rencontrées à Chisinau qui ont confirmé mes impressions.

Ce qui m’a le plus frappé en parcourant récemment le pays, c’est la multiplication de calvaires de grande dimension sur tout le territoire. Ils sont d’un blanc éclatant, remisant dans l’ombre les anciens monuments érigés à la gloire des héros de la Grande Guerre Patriotique (la Seconde Guerre Mondiale). Ce signe manifeste du retour du religieux est complété par la restauration des églises laissées à l’abandon ou transformées en hangars agricoles à l’époque soviétique ou leurs (re)constructions dans le style le plus traditionnel, que ce soit dans les villes ou les villages.

Il convient aussi de souligner que les monastères sont progressivement réhabilités après avoir servi souvent comme hospices – sans doute bien vétustes - pour handicapés. La réappropriation par le clergé de ces monuments constitue une sauvegarde d’un patrimoine exceptionnel, à une dimension spirituelle à laquelle croyants et non croyants ne peuvent qu’être sensibles. Voilà qui contribue à jalonner le pays de repères et à lui sceller une identité encore fragile. On peut même parler d’osmose entre sphère religieuse et sphère publique en certaines circonstances ; lors de manifestations officielles, il ne sera pas exclu que le pope soit très normalement associé, ce qui peut paraître étonnant pour qui vit dans un pays comme le nôtre où domine la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Mais en Moldavie on peut comprendre que cette forte présence de l’Eglise dans le quotidien constitue une réponse à l’athéisme militant et répressif d’un passé récent qui tout compte fait n’a pas entamé les plus intimes convictions religieuses des nombreux croyants.

Toutefois, cette justification ne doit pas dispenser de s’interroger sur l’attitude de certains membres du clergé plutôt étonnante. Ainsi sur des questions de société peut-on entendre parfois des propos particulièrement agressifs jusqu’à la caricature, par exemple sur la « différence des sexes voulue par Dieu » qui aurait pour conséquence l’interdiction faite aux femmes du port du pantalon.
On peut aussi croiser un ecclésiastique en train de bénir trois véhicules de luxe, noirs, flambant neufs, acquis on ne sait trop comment … ??? Il faut espérer que ce soit là un fait marginal.

Si la majeure partie des popes vit modestement, on en voit quelques-uns qui circulent dans de rutilants 4/4, tandis que leurs paroissiens se contentent bien souvent au mieux d’un modeste véhicule, voire d’une antique carriole tirée par un cheval.

Certains de mes interlocuteurs sont même allés jusqu’à me dire combien l’Eglise était un véritable « business », les Moldaves n’hésitant pas à investir des sommes considérables pour les baptêmes et les mariages.
Mais il faut être conscient que l’Orthodoxie, avec ses popes très présents dans la société, avec ses rites tirés des siècles précédents, mérite le respect ; elle est une partie sans doute constitutive de l’identité de la Moldavie qui entend s’affirmer en tant que nation après tant de vicissitudes de l’histoire. Ce qu’il faut cependant espérer c’est qu’elle affirme aussi son identité sur la base d’une laïcité fondée sur la tolérance.

Le 3 juin 2014