L’histoire de succès d’un sportif moldave en France

J’ai tenté d’apprendre d’Octavian Gutu lui-même l’histoire de son succès. Dû à son amabilité, cette aventure remarquable peut être partagée avec les lecteurs.

Octavian Gutu
Octavian Gutu

Octavian Gutu : « Je suis originaire de Chisinau et très jeune j’ai aimé la natation. Quand j’ai grandi, j’ai compris que pour moi la natation c’était tout, mais je vais commencer par le début. J’ai décidé de retrouver ma mère qui à cette époque travaillait en Italie. Une fois arrivé dans la Péninsule, j’ai tenté de m’inscrire dans plusieurs clubs mais sans succès. J’ai fait la connaissance d’un ancien boxeur, réputé à son époque, qui m’a conseillé de partir en France pour y faire carrière comme sportif professionnel. J’étais très motivé, car les Français recherchaient de nouveaux talents. A l’époque, je n’avais pas d’argent et j’ai du emprunter 200 euros pour partir en France, mais à Paris il me restait seulement 50 euros. J’étais un étranger parmi d’autres étrangers. Je devais trouver l’équipe olympique de la France. Je suis tout de même arrivé à la mairie où j’ai réussi à obtenir une carte des piscines de Paris. Il n’y en avait que 25 qui disposaient d’une longueur de 100 mètres et je savais qu’une piscine olympique ne pouvait être moins longue que 100 mètres.

Après la 8e piscine, j’ai eu de la chance. Je suis entré dans un complexe sportif et j’ai parlé à l’entraîneur qui a bien voulu me voir le lendemain matin pour juger de mon potentiel. J’ai passé la nuit dans une gare à Paris, je n’avais pas d’autre abri. Le lendemain, je suis venu au club, je me suis changé, et sans la permission de quiconque, je me suis mis à l’eau. L’entraîneur a été étonné par mes performances et j’ai été reçu dans le club sportif français “Racing Club de France”.

Au début, je n’avais absolument rien ; j’ai été beaucoup aidé par mes collègues français, l’un me donnait à manger, l’autre m’a hébergé, un autre me donnait des tickets de métro. J’ai vécu ainsi pendant d’une semaine, puis le club m’a donné un appartement.

Le succès est venu rapidement - déjà au championnat de France de natation en 2005, à Nancy et à Meurthe-et-Moselle, j’ai pris une médaille de bronze. A la fin de l’année 2006, lors d’une compétition à La-Roche-sur-Yon, en Vendée, je me suis classé deuxième à 50 m de nage libre. En 2007, à la Coupe de France en grande piscine, j’ai occupé la deuxième place à 100 mètres, nage libre. »

Et, pourtant, Octavian Gutu est rentré en Moldavie, me répondant comme un vrai patriote : “Je suis revenu en Moldavie, parce que je suis né ici et c’est ici que j’ai grandi … Je ne pense pas à me retirer du sport. Le sport c’est ma vie. Pour le moment, je suis entraîneur et je compte bien aider mes élèves à arriver au sommet du succès.”

Source : http://www.moldavie-moldova-magazine.com/octavian_gutu_fr.html

Le 16 février 2010

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Le fabuleux destin d’Octavian Gutu

L’épreuve en petit bassin qui débute aujourd’hui à Dunkerque permettra de découvrir le nouveau sprinter moldave du club parisien. LES MIRACLES n’existent pas. Seuls la volonté et le courage comptent. Les cinq derniers mois de la vie d’Octavian Gutu, le sprinter moldavo-roumain du RCF-ASPTT Paris, font de lui une preuve vivante. Ou plus exactement survivante.

« Après les JO d’Athènes (NDLR : il a fini au 47 e rang des engagés du 100 m libre avec 51’’84, son record personnel), il n’y avait plus d’argent, plus de structures pour s’entraîner convenablement en Moldavie, raconte Otto, comme le surnomment désormais affectueusement les membres du Racing CF- ASPTT. J’étais dans une situation financière difficile. Ma seule solution était de partir à l’étranger pour trouver un travail. La natation était secondaire à ce moment-là. »

Le jeune colosse (22 ans, 2 m, 96 kg) débarque à Mestrino, à quelques kilomètres de Padoue (Italie), début octobre, pour rejoindre sa mère qui travaille dans un hôpital. La désillusion est grande. Sans travail faute de passeport italien, il vit au jour le jour, s’entraîne un peu dans des piscines voisines, mais ne voit pas le bout du tunnel.

« J’ai décidé alors de venir en France, poursuit ce jeune homme déterminé, débrouillard et polyglotte. Je ne savais pas ce qui allait m’arriver mais je n’avais rien à perdre. »

Lorsqu’il arrive en gare de Bercy le 1e r novembre, avec seulement 15 en poche, il est loin de s’imaginer qu’il trouvera trois semaines plus tard au 5, rue Eblé (VII e ), après maintes galères (il a notamment dormi dans un camp de Tsigane à Villeneuve-Saint-Georges), le point de chute qu’il attendait. Après quelques jours d’observation et devant la gentillesse et l’intégration réussie d’Octavian, le Racing CF le prend sous son aile, le nourrit et le loge par l’intermédiaire de son président Didier Guyot dans une chambre de bonne rue de Vaugirard. Sans oublier qu’il bénéficie des prestigieuses structures d’entraînement du club.

« Je veux dire merci à tout le monde au club, glisse, ému, Octavian Gutu. Je ne pouvais pas imaginer tout ce qui m’est arrivé depuis deux mois. Maintenant, je veux juste avoir une vie simple en France avec une femme et des enfants. Mais j’ai un dernier rêve : nager pour ce pays qui m’a accueilli si gentiment. »

Du rêve à la réalité il n’y a qu’un pas qu’Otto pourrait bientôt franchir. Le 31 janvier, il pourrait obtenir une carte de séjour…

Source : http://www.leparisien.fr/paris/le-fabuleux-destin-d-octavian-gutu-14-01-2005-2005615551.php