L’Irlandais moldave : « Ce que l’Internet parle de la Moldavie ne correspond pas à ce qu’on retrouve ici »

Eugene Stuart est un des trois Irlandais de Moldavie. « J’y suis arrivé le 8 août, il y a quatre ans » » se rappelle-t-il. « Après un an, nous avons compris que nous voulons y vivre », dit Eugene, tout en regardant sa femme qui essaye de calmer deux chiens agités. « Ils aiment être au centre de l’attention », nous explique Ana, son épouse, pendant qu’elle les caresse.

Interrogé comment il est arrivé en Moldavie, Eugene dit qu’il travaille depuis 15 ans dans le cadre d’un projet de l’Union Européenne. « J’ai travaillé dans plusieurs pays comme Bosnie et Herzégovine, Russie, Ukraine, Kazakhstan, Serbie, Bulgarie. Actuellement, je travaille dans le cadre du projet pour l’Ukraine. Mais je suis tombé amoureux de la Moldavie et nous avons décidé de nous installer ici. Elle se situe entre l’Est et l’Ouest, le climat y est parfait, les gens sont bienveillants, la nourriture est délicieuse et le plus important – saine », affirme l’Irlandais.

Entre l’Ouest et l’Est

Le jeune homme dit qu’il savait des choses sur la Moldavie avant d’y venir. « Mais ce qu’on lit sur l’Internet est complètement différent de ce qu’on y trouve. J’ai lu que c’est le plus pauvre pays de l’Europe et je m’attendais à y voir de la misère et du désespoir. La situation n’est pas assez grave comme les média occidentaux la décrivent », affirme Eugene.

« Avant de venir en Moldavie, nous avons vécu une certaine période en Chypre. Là-bas, nous avons connu un jeune fille moldave qui travaillait comme serveuse. Elle disait que si elle avait le même salaire en Moldavie, elle n’aurait jamais quitté son pays natal » intervient Ana, sa femme.

Soutien et espoir

Il est arrivé en Moldavie par le biais d’un projet de l’Union Européenne censé soutenir les autorités dans le processus d’ajustement de la législation moldave à celle européenne. Le projet a culminé par la publication de l’étude « Support pour la mise en place des accords entre la République de Moldavie et l’Union Européenne » qui représente une contribution importante dans le domaine de la fiscalité dans le contexte de l’intégration européenne de la Moldavie. 16 études de ce cycle ont déjà été publiés.

S’il parle sans aucune hésitation de sa carrière, il est plus réservé quand il s’agit de sa vie personnelle et il préfère donner la parole à sa femme. « Nous nous sommes connus il y a 12 ans. En 2000, j’ai été acceptée comme bénéficiaire d’un programme d’échanges pour les juristes de Finlande. Pour mieux nous connaître, une réception a été organisée. Portant des chaussures à hauts talons, j’avais de la peine à me déplacer dans la neige. Alors, j’ai demandé le soutien de mes voisins de l’hôtel : « Bonsoir. Je m’appelle Ana. Je suis désolée de vous déranger. Est-ce que je peux m’appuyer contre votre bras ? Depuis ce soir-là, il est mon soutien le long de 12 ans », raconte Ana, en souriant.

L’arrière-grand-mère d’Ane est originaire de Moldavie

Puis, nous avons eu une relation à distance pendant une année. « Je me suis établi en Lituanie, puis en Estonie et Ana m’a accompagné. Si je suis son soutien, elle est la personne qui m’a accompagné dans les différents endroits du monde, où les conditions climatiques n’étaient pas les plus favorables », dit l’Irlandais.

Ana affirme qu’elle a du sang moldave. « Je suis née dans le village de Petrozavodsk, en Russie, mais mon arrière-grand-mère est de Moldavie. Malheureusement, personne ne sait duquel village. Tout le monde l’appelait « la petite Moldave », dit la jeune femme.

On ne gagne pas sa vie avec la musique

Les intérêts communs et la passion pour la musique les a unis. « Eugène est musicien, moi je suis amateur », soutient Ana. « Elle est modeste. Je l’ai entendue chanter dans une troupe rock : elle a une très belle voix », la corrige Eugene.

Aucun d’entre eux n’a fait des études musicales. Mais pendant leur temps libre, ils aiment organiser des concerts chez eux, où ils ont toute sorte d’instruments. « Je joue à la guitare dès l’âge de 7 ans. La musique est un moyen de me relaxer », dit le jeune homme.

« Dragostea din Tei » (« L’amour sous le tilleul »)

Même s’il reconnaît qu’il n’aime pas trop la musique de Moldavie, la troupe O-Zone a été parmi les premières qu’il avait entendue. « En Kazakhstan, il y avait une troupe qui a fait une autre version de cette chanson. Un peu plus tard, j’ai appris le titre de la chanson, mais personne ne comprenait les paroles, même les chanteurs du Kazakhstan qui ont appris les vers tels qu’ils les ont entendus. Mais tout le monde aimait danser sur les rythmes de « Dragostea din Tei » , raconte Ana.

La passion pour la musique lui a remporté le deuxième prix de Glinsk Song Contest d’Irlande. « Tout le monde m’appelait « le mec de Moldavie », même si je leur disais que je suis Irlandais. C’est un concours annuel qui est déjà arrivé à la 24-e édition. D’habitude, les chanteurs ont l’occasion d’accéder dans le showbiz s’ils remportent les premiers prix. Moi, je ne suis pas sûr d’avoir ce but », dit Eugene.

Eugene affirme qu’il a choisi la Moldavie parce qu’elle lui rappelle l’Irlande. « En Irlande, j’aime la simplicité des gens au dehors de grandes villes. Là-bas, la province est plus jolie qu’en Moldavie. Il y a 20 ans, nous avons connu une croissance économique grâce à laquelle les gens ont changé. Ces quatre-cinq derniers ans, nous avons eu une décroissance économique. Je pense que la situation en Irlande est difficile. Cependant, je dois reconnaître que la population irlandaise peut mieux faire face aux périodes difficiles qu’à celles faciles. Cela fait partie de la nature de ces gens », dit Eugene.

Article de Marina LIŢA repris sur le site http://www.jurnal.md/ro/news/irlandezul-moldovean-225122/ Traduction – Rodica Istrati