J’ai promis. Et je suis revenue.

Le mercredi, 8 août 2006. Je portais une salopette de jeans et une chemise verte. Avant de m’embarquer dans l’avion, j’ai fait une promesse à moi-memê : revenir. Et voila que je suis revenue – en août 2014. L’Italie m’a offert tout ce qu’elle a de meilleur : éducation européenne à une des meilleurs universités, culture et cuisine du plus haut niveau, des amis, du théâtre, de beaux-arts, une nouvelle vision, un nouveau mode de vie, des conditions pour le développement et pour devenir une Personnalité. Une Personnalité dans leur pays, pas dans le mien…

Moi, je n’ai pas accepté. Pourquoi les gens quittent-ils leur pays ? La plupart, pour l’argent. Ҫa sonne bien, mais rien n’est parfait : des diplômés de deux universités vont cueillir des pommes au Portugal (comme si nous n’avions pas de pommes).

L’argent est toujours utile, mais jamais suffisant. Nous travaillons, car nous voulons avoir la plus belle maison, puis la plus belle voiture. Et nous restons chez eux pour travailler à leurs côtés, toucher des salaires comme les leurs et construire leur pays. Quant à notre pays, nous le déplorons, mais nous n’y revenons pas. Je n’ai jamais pu comprendre les gens qui vont « quelque part » et n’ont jamais envie de revenir dans leur patrie. J’ai toujours eu la nostalgie de tous les éléments qui forment le tableau moldave : les parcs pleins de couples d’amoureux, le chaos qui règne dans les marchés moldaves sous des airs de musique mani ou populaire, l‘arôme du pain cuit à la maison, les pommes vertes, l’agitation avant les vendanges. Souvent, en Italie, quand j’étais toute seule ou plutôt quand je me sentais solitaire, j’écoutais les chansons de Ion Aldea- Teodorovici. J’étais dans le pays de Pavarotti, Ramazzotti et Bocelli, je pouvais m’acheter un billet à leurs concerts et écouter les meilleurs ténors de notre siècle, mais est-ce que cela aurait pu dissper ma nostalgie et la soif du « je ne sais pas quoi » moldave ?..

Le long de sept ans, j‘ai vécu chaque jour avec un certain sense de la responsabilité par rapport à mon pays et avec un fort sentiment d’identité nationale. Je n’ai jamais pu abandonner la Moldavie, non parce que j’attendais quelque chose de la part de la Moldavie, par contre, je sentais que la Moldavie avait besoin de moi. Tout au long de ces années, j’ai compris que les gens de l’autre pays sont exactement comme nous : ils ont les mêmes problèmes, les mêmes capacités et désir de faire un changement, exactement comme nous. La différence entre nous et « les autres » réside dans le fait que tandis que nous nous plaignons que notre terre n’est pas labourée, par exemple, ils retroussent leurs manches et se mettent à labourer la leur. Quand je dis à mes amis que je suis revenue et que j’ai décidé de rester en Moldavie, car c’est un pays où, si l’on veut, on peut vivre bien et être heureux, ils ne me croient pas. C’est leur problème… J’espère faire le plus de personnes possible comprendre à quel point c’est important de se sentir chez soi. Nulle part au monde n’est comme chez soi, surtout quand « chez soi » est en Moldavie.

Article de Alina Constantinova-Pisică qui a vécu 8 ans en Italie,où elle a fait ses études au lycée, ainsi qu’à l’Université de Bologne. Cette année-ci, elle a décidé de rentrer en Moldavie pour y continuer ses études et travailler.

Repris sur le site http://www.zdg.md/editoriale/am-promis-si-m-am-intors

Traduit pour www.moldavie.fr