Interview avec Nina Tampiza, une amie de longue date de www.moldavie.fr

Nina Tampiza, professeur de langue française de la ville moldave de Cahul, présidente de l’association « JUNACT », est une amie de longue date de notre portail www.moldavie.fr

A un certain moment de sa vie, elle a dû interrompre ses activités fructueuses en Moldavie pour s’installer temporairement en France où son fils faisait ses études et où, malgré la nostalgie du pays et du reste de sa famille, elle est restée très active et a même tâtonné certains projets.

Revenue en Moldavie depuis deux ans déjà, Madame Tampiza a eu la bienveillance d’accorder une interview à notre portail.

Première partie

  • Chère Madame Nina Tampiza, de quoi s’emplissent vos jours pendant cette belle période estivale ?

Avant tout, j’aimerais bien vous dire que votre proposition me réjouit et comme c’est pour la seconde fois que je vous donne une interview, je dirais que je suis « la gâtée de votre portail ». Merci pour cette occasion.

A ce moment, je m’ennuie. Je suis de nouveau au chômage… Le 20 mai dernier, nous avons clôturé notre projet sur la prévention du trafic d’êtres humains. Etant toujours prise dans des activités, je ne voyais pas le temps passer, maintenant quand celles-ci ont fini, j’ai la sensation que le temps s’est arrêté. Je suis à la recherche … sans savoir ce que je vais trouver. Généralement, les projets en Moldavie sont financés en fonction des couleurs politiques.

  • Vous avez donc été impliquée dans la mise en place d’un projet UE de lutte contre la traite d’êtres humains. Quel est le « pourquoi » de cette implication ? Dévoilez-nous des détails sur ce projet, s’il vous plaît.

Dans notre dernière interview, je parlais de certains projets que nous allions réaliser. Entre temps, nous avons réussi à mettre en place un projet franco-moldave lancé en octobre 2013 qui consistait dans des échanges France-Roumanie-Moldavie dans le domaine de l’éducation inclusive, organisées en partenariat avec l’association « AZI » de Cahul.

Un autre projet financé par l’UE a été lancé le 1 décembre 2013 et a duré 18 mois. C’était un projet transfrontalier Roumanie-Ukraine-Moldavie, axé toujours sur la prévention du trafic d’êtres humains, notre association « JUNACT » étant le partenaire -bénéficiaire de l’association « Salvati Copiii » de Suceava, en Roumanie.

La Roumanie bénéficie d’un accès plus large aux financements européens que la Moldavie. « Junact » a signé un accord de partenariat avec « Salvati Copiii » de la ville roumaine de Suceava et dans le cadre de cet accord a été un des bénéficiaires du projet. En Moldavie, l’UE n’a financé jusqu’à présent que des projets mis en place par le gouvernement, axés sur des réformes (qui n’ont pas donné des fruits…). Nous sommes devenus des partenaires par l’Internet, puis, suite à une discussion par Skype avec une des représentantes de « Salvati Copiii » de Suceava, nous avons décidé d’essayer de bâtir un projet européen. Nous avons commencé à remplir des formulaires en novembre 2011 qui ont été déposés en 2012, acceptés en 2013 et mis en place en 2014-2015. C’est long, un projet européen !!!

Quel est « le pourquoi » ? Premièrement, cette implication est un impératif du temps, compte tenu du fait que des parents soit moldaves, roumains ou ukrainiens, sont partis ailleurs à la recherche d’un morceau de pain, tandis que leurs enfants sont abandonnés ou laissés aux soins des grands-parents, voisins, profs, cousins, sœurs, frères, etc. et ils pourraient facilement devenir des victimes du trafic.

Le deuxième « pourquoi » vient du fait que nous sommes un pays voisin de l’UE et ce thème entrait dans le programme des priorités pour la période 2007-2013 censé protéger la société contre ce phénomène par le biais de l’information.

Le troisième c’est que pour moi ce projet était une chance de revenir dans ma famille et avoir un emploi. Comme coordinatrice locale, j’avais un salaire – 400 euro par mois. (En France, j’avais un salaire plus important que celui-là.)

Et le dernier « pourquoi », c’est qu’il s’agissait d’un projet qui touche mon cœur, car c’est mon métier – éducation, pédagogie, mais, hélas, pas de l’enseignement du français.

Nous avons eu la chance de faire la connaissance d’une superbe équipe de Suceava - l’équipe de l’association « Salvati Copiii » (« Sauvez les enfants »). Chapeau bas pour des psychopédagogues, comme Doina Fîntînaru, Vîrvara Daniela, Elena Ailinca, Florica Podariu et des remerciements particuliers à Camelia Iordache, présidente de « Salvati Copiii » et à la jeune chef des projets européens Raluca Frîncu, une jeune prometteuse.

Pendant cette période, nous avons organisé ensemble des ateliers de formation pour et avec des volontaires impliqués dans le projet ici, à Cahul. Après ces formations, les volontaires ont donné des leçons d’information dans des lycées et des écoles de la région.

Nina Tampiza (deuxième, à gauche) parmi les volontaires
Nina Tampiza (deuxième, à gauche) parmi les volontaires

Les activités d’information ont été organisées sur la base du principe de l’apprentissage réciproque. Grâce à cette approche, dans le cadre du projet a été élaboré un manuel pour les volontaires qui a beaucoup aidé les jeunes à travailler avec les classes d’élèves. Cela a vraiment très bien marché !

Dans d’autres établissements de la ville, nous avons aussi organisé des campagnes d’information, y compris une flash mob au centre de la ville pour sensibiliser la société sur ce problème. Pendant la flash mob, les réactions des gens étaient différentes : au marché, il y avait des personnes qui nous confondaient avec « les bouffons politiques » et nous demandaient : « De quel parti politique êtes-vous ? ».

Nos collègues de Suceava ont mis en scène une pièce de théâtre sur le problème du trafic d’êtres humains qui est enregistrée sur des CD, insérée dans le manuel et utilisée pendant les réunions des parents dans les écoles et lors d’autres activités.

Toutes ces activités nous ont apporté les résultats escomptés : les professeurs, les parents, les élèves ont fait preuve de motivation et de bienveillance, du désir de savoir, sauf quelques « grands politiciens » de Cahul.

Comme preuve de cette réussite, je voudrais mettre en évidence le fait que les professionnels de Cahul ont demandé une formation supplémentaire qui n’était pas prévue par le projet. Et nous avons constaté que ni à Cahul, ni nulle autre part en Moldavie il n’y pas de Centre de Prévention du Trafic Humain, pareil à celui de Roumanie. Et c’est dommage.

Après cette formation, nous avons eu une rencontre avec des enfants en situation de risque d’être trafiqués - des enfants dont les parents ne participent pas à leur éducation. Ils ont profité d’une formation utile - débats, jeux, concours et cadeaux. Les cadeaux ce n’étaient pas de bonbons, de la limonade ou du chocolat, mais des objets scolaires – crayons, feutres, cahiers, etc.

Au mois d’avril, l’équipe de « Junact » a participé à une autre formation de 4 jours qui a réuni plus de 100 participants dans une pension de Poiana Negrii, située dans les belles montagnes des Carpates. Un paysage pittoresque, des jeux sportifs pendant des heures et des jours, dehors ou à l’intérieur, car début avril il faisait encore froid et il neigeait même - un peu fatigant, mais très intéressant ! Là-bas, nous avons pris connaissance des éléments du théâtre sportif qui ont rapproché les enfants, les ados et les adultes qui faisaient une seule équipe. Merci à Camelia Iordache !

A Cahul, nous sommes loin d’un tel type de théâtre. Suite à toutes ces réalisations, une question s’impose : comment donner une continuité à tout cela ? On ne fait pas de l’éducation pendant un jour, un mois ou un an, l’éducation est un processus de longue durée qui demande divers investissements : professionnels, intellectuels, temporels, matériels, financiers. Au chapitre finances, nous sommes entièrement découragés, car nous n’avons plus aucun financement.

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