Etudiante à Bucarest

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A quelques jours de l’élection du 28 novembre, il est apparu intéressant à la rédaction de www.moldavie.fr de recueillir le témoignage d’une étudiante qui est partie en Roumanie faire ses études universitaires. Elle décrit avec beaucoup de sensibilité les moments ayant précédé son départ de Chisinau et ce qu’elle a ressenti à Bucarest les premiers jours, en soulignant l’évolution de son état d’esprit au cours des semaines.

Nul doute qu’elle soit représentative de ces jeunes futurs cadres qui vont chercher chez le voisin une formation dont ils entendent faire profiter leur pays qu’ils aiment et dont ils sont fiers.

Nous avons mis en forme son texte en nous attachant à en garder la spontanéité. Lisant son propos, on se dit qu’avec d’autres, Cristina Aparatu mérite que les résultats du 28 novembre ne la désespèrent pas, et que dans quelques années elle contribuera à poursuivre la tâche d’intégrer son pays dans le concert des Etats qui comptent dans l’ensemble européen.

ETUDIANTE A BUCAREST

Article par Cristina Aparatu

Avant le départ

J’ai terminé une étape dans ma vie, mais immédiatement en ai commencé une nouvelle, totalement différente, qui a changé ma vie à 180 degrés. Tout a commencé le 10. 10. 2010, le jour où j’ai traversé la frontière de Roumanie. C’est incroyable, mais la date semble dire quelque chose, je veux croire que c’est un bon signe. Ce jour-la, j’ai laissé à la frontière toute une vie, toute ma vie d’adolescente pour la vie d’une adulte mature.

Et quand je pense que d’abord l’idée d’aller dans un autre pays pour étudier me fascinait, je ne mesurais pas les conséquences ; je ne pensais pas aux faits ou aux choses que je devrais abandonner. Mon esprit était déjà là-bas, au loin, dans une ville surpeuplée où la langue roumaine est « plus roumaine » que celle que je parle, où le soleil brille plus fort que dans ma ville natale. Je portais en moi ces idées tous les jours jusqu’à mon départ. J’étais fière, vraiment fière de moi parce que j’avais réussi avec mes propres forces à gagner une bourse d’études en Roumanie. Certains événements qui se sont déroulés avant mon départ m’ont fait comprendre que pour mon propre bien et pour un avenir plus prospère, il était préférable de renoncer à mon petit pays encore communiste, où la démocratie est simplement une clause écrite sur une feuille de papier.

Les jours s’écoulèrent aussi rapidement que les grains de sable dans un sablier. Je pouvais compter les jours sur les doigts, je réalisais déjà qu’il ne me restait que quelques jours à vivre encore en Moldova. Alors la nostalgie et la mélancolie surgissaient. Je réalisais que le pain est meilleur à la maison, que le bon mot d’un vieil ami ici est incomparable et que tout ce qui m’avait bouleversé ici me rendait malgré tout heureuse, parce que c’était dans mon pays.

A Bucarest

Arrivée à Bucarest, je réalisais que j’avais renoncé à beaucoup de choses et qu’il serait difficile d’oublier la vie passée. Vivant dans une ville pleine d’étrangers, mon esprit était à la maison et mon âme était avec ma famille, mes amis, mes activités et même avec mon lycée et mes professeurs. Toutes les choses matérielles dans le monde me paraissaient vaines comparées au regard câlin de ma mère. Les discussions sur Skype avec mes parents, les chats sans fin avec mes amis de la maison, mais aussi une étagère remplie de livres qui devaient être lus faisaient partie de ma nouvelle vie. Puis j’ai commencé à renoncer à ces discussions même si c’était très dur pour moi, mais je suis venue ici, en Roumanie pour lire. J’ai donc pris mon crayon en main, j’ai tiré le siège à côté de la table et les pages des livres défilèrent les unes après les autres. Je n’ai plus jamais pensé à ce que l’éloignement puisse être pesant.

Et si on regarde le côté positif, il m’a permis de me faire des amitiés plus fortes. J’ai commencé à voir la vie avec un regard neuf, le regard d’un adulte. J’ai rencontré des gens nouveaux. Petit à petit, je construis de grandes amitiés qui me font me sentir mieux. Je suis guidée par le proverbe “ se faire de nouveaux amis, mais ne pas oublier les anciens.” J’ai compris que si je passe tout mon temps libre sur le net, je ne pourrais pas m’adapter à cette nouvelle vie, la vie à Bucarest.

Alors, j’ai mis mon abonnement du métro dans la poche et je suis partie explorer le « monde ». Je ne regrette pas d’être venue en Roumanie, tout le monde doit connaître un tel moment dans sa vie : prendre une décision qui peut changer sa vie, qui peut aider à grandir et à connaître la vie dans sa complexité.

J’aime ce que j’étudie et même si une porte s’est fermée, une autre s’ouvre sûrement. Malgré le fait que j’ai renoncé à plusieurs choses que je croyais prioritaires dans ma vie, ici en Roumanie je rencontre plusieurs opportunités qui m’aident à grandir pour élargir mon horizon professionnel. Le mal du pays ne me quitte pas, mais je ne manque pas une occasion pour évoquer ma Moldova. J’attends les vacances, parfois les weekends pour rentrer à la maison et voir mes proches.
J’ai appris à combiner le plaisir avec le travail. C’est la première règle de ma nouvelle vie, surtout dans cette période d’adaptation dans un nouveau pays. Je veux atteindre mon but, devenir diplomate, représenter mon pays sur la scène internationale et je suis sûre que l’université de Bucarest et ses professeurs de grande qualité me donneront les bases durables en vue de ma future carrière dans la diplomatie. Ici je vais apprendre l’art de la diplomatie, le pouvoir de caresser un hérisson sans se faire piquer par les aiguilles.

Le 16 novembre 2010