Dumitru Mavrodi, ancien combattant de la guerre sur le Dniestr : « Nous sommes tous restés figés en attendant la déflagration… »

Dumitru Mavrodi, ancien policier, actuellement – employé dans le secteur du bâtiment, est né le 30 avril 1958 dans une famille d’ouvriers du village de Mereni, district de Anenii Noi. Il a quatre frères et deux sœurs.

Son diplôme de fin d’études secondaires en poche, il a poursuivi ses études au Collège de Constructions de Chisinau. Ensuite, il a fait son service militaire dans l’armée soviétique, après quoi, sur conseil de son frère aîné, s’est fait embaucher par le Commissariat de Police de Ialoveni.

Après cinq ans de poste en tant qu’inspecteur de secteur dans le village de Danceni, il est passé dans le service de la garde opérative du Commissariat du district de Ialoveni. Il est resté dans la police pendant 16 ans, mais la situation précaire de sa famille l’a poussé à partir à l’étranger, d’où il est revenu quatre ans après et a été embauché par une entreprise de constructions de Chisinau. A participé à la guerre sur le Dniestr. S’est marié en 1984, a une fille qui a fait ses études à l’Université d’État de Chisinau. Son épouse est originaire du village de Ulmu, district de Ialoveni.

Un événement extraordinaire l’a amené en tant qu’invité spécial de notre journal.

Monsieur Mavrodi, il y a un an, on publiait sur l’Internet une photo dans laquelle apparaissaient Adrian Paunescu, Grigore Vieru et Ion Aldea-Teodorovici en train de discuter avec un combattant à Cosnita, durant la guerre de 1992. Malheureusement, aucune de ces personnes emblématiques n’était plus parmi nous et nous avions annoncé dans le journal qu’il aurait été bien de vous retrouver. Comment aviez-vous su qu’on vous recherchait ?

D’anciens collègues de police m’ont appelé pour me dire que Timpul avait publié une photo de moi. J’ai pris le journal et j’ai vu que le militaire sur la photo c’était bien moi, Dumitru Mavrodi. Je me souviens très bien de l’arrivée à Cosnita de ces trois personnalités de notre nation, mais j’ignore qui a pris la photo et je l’ai vue pour la première fois dans votre journal. A cette occasion, sur nos positions, GrigoreVieru, Adrian Paunescu et l’interprète Ion Aldea-Teodorovici ont tenu des discours, ont récité des poésies, et Ion a interprété quelques-unes de ses chansons patriotiques. Vingt ans sont passés depuis. Malheureusement, aucun de ces grands artistes et grands patriotes n’est plus en vie.

Combien de temps avez-vous passé sur les postes de combat en 1992 ?

On ne restait pas au postes de façon permanente, on était relayés assez souvent ; toutes les deux semaines, il y avait d’autres personnes qui nous remplaçaient et nous rentrions dans les commissariats pour maintenir l’ordre public. C’était une chose d’importance majeure, car souvent les cosaques et les légionnaires transnistriens pénétraient par de petits chemins et organisaient des diversions dans les localités situées sur la rive droite du Dniestr.

Sur le champ de combat près du village de Cosnita, on était remplacés par les policiers de Cimislia, et eux, à leur tour - par ceux de Hancesti. Si vous vous souvenez, c’est là-bas qu’a été tué le Commissaire du district de Hancesti.

Ça ferait bientôt vingt ans depuis le début de la guerre sur le Dniestr. Quand aviez-vous été appelé à défendre l’indépendance de la Moldavie ?

Mais on n’a pas été appelés, on est parti bénévolement sur la rive gauche du Dniestr. Mon frère, Vasile Mavrodi, employé à la Police Routière de Ialoveni, a de même répondu Présent lorsqu’on nous a posé la question qui voulait aller pour … maintenir l’ordre public de l’autre côté du Dniestr. Vasile a été de même sur le champ de bataille de Cosnita, mais a combattu aussi à Tighina où la situation était beaucoup plus grave.

Malgré cela, on est parti maintenir l’ordre public à Dubasari. C’était en automne de l’an 1991. Je me rappelle que les noix mûrissaient. On n’avait pas grand’chose à manger et on cherchait des noix. Nous sommes partis à Dubasari armés uniquement de matraques en caoutchouc. Lorsqu’on voyait passer dans les rues des camions KAMAZ blindés, et à l’intérieur – des dizaines de légionnaires armés, on n’avait plus envie de rigoler … Après, les séparatistes ont commencé le siège du Commissariat de Police de Dubasari.

C’est à ce moment précis que j’ai dit une phrase que mes collègues m’ont rappelée pendant toute la guerre : « Les gars, si on meurt, il ne faut pas mourir par bêtise ». Je l’ai dite parce que certains d’entre nous ne mesuraient pas à une échelle réelle ce qui était en train de se passer et ne réagissaient pas en conséquence, mais s’aventuraient.

Avez-vous combattu qu’à Cosnita durant la guerre ?

Lorsque la guerre a éclaté, dans les premiers jours de 1992, notre groupe de policiers est parti à Holercani. On a été armés là-bas, ensuite on a traversé la rivière à Cosnita, où on allait défendre l’état-major qui se trouvait sur le territoire de l’usine de conserves. Mais on a défendu aussi les positions sur le pont de Gura-Bîcului, où il était beaucoup plus dangereux : à un bout c’était nous, à l’autre – les cosaques et les légionnaires, et au milieu - des blocs en béton. La journée, ça allait, mais pendant la nuit commençait, comme on disait à l’époque, la « danse des cygnes », et le commandement nous demandait d’être pacifiques et de ne pas réagir.

Quand ça bon leur semblait ou lorsqu’ils prenaient un verre de vin, les légionnaires et les cosaques ouvraient le feu ainsi qu’on pouvait voir les étincelles des balles projetées sur le bitume ou sur les camions derrière lesquels on se cachait. On ne réagissait pas, car on était très peu nombreux – une dizaine de policiers et quelques jeunes des forces spéciales qui avaient une blindée. Mais qu’est-ce qu’on pouvait faire contre les snipers et les chars ? Pendant un échange de feu, il y a eu deux chars qui se rapprochaient du pont et on a cru que c’était notre fin. Mais ils nous ont juste fait peur, pour pouvoir récupérer le corps d’un de leurs soldats, tombé au milieu du pont. Après, on a établi une liaison téléphonique entre nos camps et on tentait de discuter avec les ennemis, pour ne pas nous entretuer sans aucune raison. Mais, eux, ils avaient derrière eux la 14-ième Armée russe et pouvaient nous faire reculer jusqu’à la rivière Prut …

Vous est-il arrivé quelque chose d’extraordinaire durant la guerre ?

Rien n’est ordinaire pendant une guerre … je me rappelle une fois, à Cosnita, on était quelques combattants sur un bloc en béton. D’un coup, on entend un sifflement dans l’air se diriger vers nous. Boom ! et on voit un missile Alazan tomber et qui reste enterré dans le bitume à côté de nous. Nous sommes tous restés figés en attendant la déflagration. Mais Dieu a eu pitié de nous : il n’a pas explosé …

Qu’est-ce que vous avez fait après la guerre ?

J’ai continué à travailler dans la police, mais après, les besoins de la famille m’ont fait partir travailler en Israël. Cette nation vit sur un petit lambeau de terre, sableux et caillouteux, mais les gens vivent bien, avec du respect les uns envers les autres, s’entraident, pas comme chez nous. Si j’étais plus jeune, je serais resté, j’aurais fait ma famille me rejoindre … là-bas tous profitent de la vie et croient dans l’avenir. C’est un monde civilisé dont le niveau ne nous sera pas accessible bientôt …

Pourquoi êtes-vous revenu ?

C’est le mal du pays, des frères, des sœurs qui m’a ramené. Mais une fois revenu, je me suis convaincu une fois de plus : pour résister dans notre pays, ce n’est pas une mince affaire. Je connais, par exemple, beaucoup d’anciens combattants qui ont été blessés – manchots, sans jambes, mais l’Etat les a oubliés. Nos parents nous ont toujours dit de faire tout le possible pour avoir un toit, et ne pas laisser la pauvreté s’emparer de nos maisons, car après, tu n’arrives plus à la faire partir…

Comment êtes-vous arrivé en Israël ?

Lorsqu’à Ialoveni le chauffage centralisé a été débranché, j’ai dû me faire installer un chauffage individuel, car il faisait froid dans la maison, j’avais l’enfant malade, les murs moisis. On avait d’autres problèmes financiers aussi. Où se procurer de l’argent ?

J’ai quitté la police et je suis parti clandestinement, par le désert, avec les bédouins. J’ai risqué, car sur la route n’importe qui pouvait te tuer et personne n’allait te retrouver après. Dans le désert, on se cachait la journée dans des cavernes et on sortait la nuit pour continuer notre avancée en cachette. Lorsqu’on a aperçu une petite lumière éloignée, on nous a dit qu’il fallait qu’on arrive jusque-là. Nous nous sommes mis d’accord : si jamais on commençait à nous chasser, nous nous cacherions et on se retrouverait à cette lumière qu’on voyait au loin. Lorsqu’ils aperçoivent des immigrants illégaux dans le désert, les Égyptiens et les Israéliens envoient des hélicoptères avec des militaires, qui descendent sur des échelles en corde et te chassent comme des souris.

On était un grand groupe de Moldaves, tous nécessiteux. Le plus stupide est qu’il existe un réseau de Moldaves qui appâtent leurs compatriotes en Israël pour leur prendre l’argent. Ils t’embauchent, ne te payent pas cher, et à la fin te demandent de l’argent pour le voyage, pour le loyer, pour les services, pour encore autre chose et à la fin tu restes avec deux fois rien. Je n’ai payé que le voyage 4,5 mille dollars pour être amené par le désert. Là-bas, ils m’ont abandonné et il a fallu que je cherche tout seul du travail. Imaginez juste : au début, lorsque j’ai travaillé chez le premier Israélien, il m’envoyait apporter, par exemple, le marteau, et moi, je revenais avec la hache ; il demandait la fourche et je lui donnais la bêche. Je mourrais de soif, mais je ne savais pas comment demander de l’eau. La Catastrophe ! Les Juifs me regardaient avec des yeux écarquillés : comment as-tu travaillé dans la police, si tu ne connais pas un mot d’anglais ?

J’ai appris l’hébreu vite et, au bout de six mois, je me débrouillais assez bien.

Vous rappelez-vous ce que vous ont exactement dit Ion Aldea-Teodorovici, Grigore Vieru et Adrian Paunescu lors de la rencontre avec les combattants sur le plateau de Cosnita ?

C’était le début du printemps, en 1992. On a reçu pour la première fois des concombres et des radis de la nouvelle récolte, cultivée dans des serres. Je ne me rappelle pas la date, car nous nous relayons souvent là-bas. Mais je sais qu’on était très fatigués, après des nuits avec du repos dans des endroits aménagés avec de la paille mouillée. On y roupillait deux-trois heures et on revenait aux postes, car il fallait secourir l’état-major déployé sur le territoire de l’usine de conserves - un point stratégique dans cette zone, que les forces séparatistes voulaient accaparer à tout prix.

Ce jour-là, on a été annoncés que ceux qui rentraient des positions allaient avoir une rencontre avec Grigore Vieru, Adrian Paunescu et Ion Aldea-Teodorovici. Nous étions contents, car à cette époque-là les volontaires mettaient le son à fond pour écouter les chansons patriotiques interprétées pas Ion Aldea-Teodorovici. Je connaissais la poésie de GrigoreVieru, je l’avais même écouté lors des meetings à Chisinau. Je connaissais un peu moins sur Adrian Paunescu, mais après j’ai appris l’existence du Cénacle « Flacara » (« La Flamme »), que c’était un Roumain né en Bessarabie et qu’il aimait beaucoup les Moldaves de la rive gauche du Prut.

Après la guerre, j’ai voulu les retrouver et discuter plus avec eux, mais les besoins de la vie m’ont envahi. Lorsque cette photo est apparue dans Timpul, je regrettais de ne pas avoir réussi à le faire …

Que vous ont-ils dit ?

Malgré l’ambiance de guerre, où chacun est accablé par ses pensées, lorsqu’ils ont commencé à nous parler, nous nous sommes revitalisés et nous nous sommes dit : mais faut arrêter, la vie ne finit pas ici  ! Ion nous a chanté ses magnifiques tubes de l’époque, GrigoreVieru et Adrian Paunescu nous ont récité des poèmes. Ils nous ont parlé avec chaleur et nous ont encouragés. C’est à ce moment que les combattants ont compris qu’ils n’étaient pas abandonnés à leur propre sort, et que la terre des ancêtres devait être défendue.

Ils sont restés à Cosnita une demi-journée. A l’état-major, sur le territoire de l’usine de conserves, il y avait une cantine où ils ont été invités à manger. Après la rencontre, nous sommes tout de suite partis reprendre nos postes. Ce n’est que plus tard, après leur mort, en parlant avec les anciens combattants, que nous nous sommes rendu compte de la chance qu’on a eue de les voir à nos côtés et d’écouter trois des plus grands patriotes de la nation roumaine de la fin du XXe siècle.

C’est la vie : tu penses que la personne qui mérite une étreinte va vivre éternellement et tu laisses ça pour plus tard, mais voilà que ces trois pilons de notre spiritualité ne sont plus en vie et beaucoup regrettent le fait de ne pas les avoir embrassées à ce moment, lorsqu’ils étaient à nos côtés. Serait-il possible que cet État n’ait pas eu une voiture avec un chauffeur professionnel à mettre à la disposition de GrigoreVieru ? Si quelqu’un avait pensé à cela, sa vie n’aurait pas fini dans cet accident stupide …

Haïssez-vous toujours les séparatistes qui ont déclenché la guerre sur le Dniestr ?

Mais ce ne sont pas les riverains qui ont commencé la guerre, ce sont ceux qui aujourd’hui sont toujours là en tant que pacificateurs. Je ne comprends pas : ils défendent qui ? Les transnistriens contre nous ? Ou ils nous défendent contre les transnistriens ? S’il n’y avait pas les intérêts de la Russie, on vivrait en paix et bonne entente, car de l’autre côté du Dniestr se trouvent nos familles et nos amis. Je n’irais jamais, l’arme dans ma voiture, contre ma sœur qui habite Tiraspol. À cause des « pacificateurs » et du régime instauré là-bas, je ne l’ai pas vue depuis plus de 20 ans. Elle s’est mariée là-bas en 1970 et y habite toujours.

Vous avez peur de traverser le Dniestr ?

Il n’est pas question de peur. Je ne veux pas tenter le diable. Qui me garantit que, en passant de l’autre côté, je ne serais pas arrêté par les forces de l’ordre du régime séparatiste ? La milice et leur KGB ont les listes et guettent les anciens combattants. Je ne veux pas qu’il m’arrive ce qui est arrivé aux autres et Chisinau dise qu’il ne peut pas intervenir. En été, lorsque je pars en vacances au bord de la Mer Noire, je passe par Causeni, je ne traverse pas la Transnistrie. Là-bas, tous ont été zombés avec de l’idéologie antimoldave et antiroumaine. Même ma sœur, celle qui habite Tiraspol, ne pense plus comme nous. Quand elle vient nous visiter et on en parle, elle nous reproche le fait qu’on veut le rattachement à la Roumanie, qu’on a commencé une guerre contre eux, après quoi, elle s’énerve, claque la porte et s’en va. Ce sont surtout les enfants des Moldaves de Transnistrie qui ont été éloignés de leur nation.

Qu’est-ce qu’on peut reprocher à ceux qui se trouvent en Transnistrie, quand il y a assez de gens « perdus » sur la rive droite aussi …

C’est notre tragédie. Lorsqu’on parle de la bêtise des Moldaves, je propose une leçon à apprendre : il faudrait mettre des râteaux partout, les recouvrir de feuilles mortes, et après, faire sortir tout le monde pour une danse de réveil. Regardez ce qui se passe autour, dans les collectifs de travail aussi. Je comprends que tout va mal, que c’est la pauvreté, mais où sont notre humanisme, notre bienveillance, la peur du pêché ?

Croyez-vous à une réglementation positive du différend transnistrien ?

Cela dépend de nous. Vous connaissez l’histoire avec « Monte, ma fille, sur la pelle ? »

Qu’est-ce que c’est ?

Il y avait une fois une sorcière. Elle a séduit trois sœurs, les a élevées dans le but de les enfourner, pour préparer une sorte de repas pour les dieux de sa méchanceté. Un mois, elle a mis au four la première, l’autre mois – la deuxième. Mais la cadette, étant plus dégourdie, à espionné la vieille qui venait avec la pelle devant le four et disait : « Monte, ma fille, sur la pelle », après quoi elle enfournait la fille et fermait la porte. Le moment arrivé, lorsqu’elle a dit la même chose à la cadette, celle-là lui a répondu : « Monte, ma vieille, et montre-moi comment faire ! » La sorcière s’est exécutée et la fille l’a vite fait enfermée dans le four. C’est une leçon pour nous aussi.

Que pensez-vous des scandales de notre vie politique ?

C’est aussi la faute aux électeurs si ces scandales ont lieu. Ils doivent savoir : comme on fait son lit, on se couche… Si on veut un président élu sans problèmes par le Parlement et si on veut suivre une voie européenne, les électeurs démocrates doivent faire tout le possible et l’impossible pour se mobiliser et obtenir une majorité parlementaire démocrate. Imaginez que l’AIE avait 70 sièges au lieu de 59. On se serait débarrassé de plusieurs problèmes, et l’opposition communiste de Voronine serait restée à jamais en opposition, tout comme l’opposition de Ziuganov en Russie…

En ce qui me concerne, je voudrais, par exemple, que le chef de l’État soit élu par suffrage universel direct, par toute la nation, mais le plus important est qu’on ouvre les yeux à cette nation avant qu’elle entre dans l’isoloir. Si les transnistriens se pointent lors des élections, on va se retrouver avec un président prorusse. Notre salut serait une majorité parlementaire démocrate. Mais les partis démocrates devraient aussi convaincre leurs électeurs qu’ils vont tenir leurs promesses. Cela fait 25 ans déjà qu’on parle de notre dignité nationale, mais on est toujours aussi hypocrites. J’ai peur que bientôt, après la réunification de la république, on ait sur notre parlement le drapeau rouge et vert que la Transnistrie a gardé de l’ancienne RSSM et alors : Adieu, Europe, Ciao, Roumanie !

Ne seriez-vous un peu trop pessimiste, Monsieur ex-Lieutenant-Major de Police ?

Moi - non, mais j’en vois beaucoup autour de moi. Par exemple, qu’est-ce qu’on a gagné suite à la guerre avec la Transnistrie ? Une multitude de jeunes morts, et encore plus d’invalides qui meurent de faim aujourd’hui, et la situation de l’autre côté n’est pas meilleure, elle est même pire. Après, on inculque à notre population que sans la Russie on va succomber. Allez voir dans les campagnes et vous verrez comment diminue l’enthousiasme pro-européen. En même temps, c’est aussi la faute à nos politiques démocrates qui des fois ne veulent pas et d’autres fois ne savent pas comment joindre les deux bouts pour sortir du chaos qu’ils ont eux-mêmes créé. Personne ne respecte personne. La vérité est que la Russie a délibérément rattaché nos bras aux gazoducs du « Gazprom », et même si on va lui payer dix fois plus cher pour le gaz, le moment quand ils voudront nous voir agenouillés, ils vont fermer les robinets …

Croyez-vous que les gens ont perdu l’espoir et le Parti des Communistes saura mettre à son profit des éventuelles élections parlementaires anticipées ?

Je ne l’affirme pas et je ne le souhaite pas. Ce qui est plus triste c’est que jusqu’à l’année dernière, les gens partis travailler à l’étranger revenaient chez eux, achetaient des appartements ou investissaient dans des affaires, mais maintenant ce n’est plus le cas. Les Moldaves partis se marient et baptisent leurs enfants à l’étranger, et ne rentrent au pays que lorsque leurs familles leur manquent. C’est une catastrophe ! Les jeunes sont désorientés, ils n’ont pas de travail et aucun espoir dans l’avenir. Avant, les institutions européennes nous soutenaient avec des subventions, des prêts, mais, depuis un certain temps, ils ont commencé à douter s’il fallait nous soutenir …

Croyez-vous que cette fois, l’AIE va trouver une solution pour élire le chef de l’Etat ?

Même le visionnaire le plus doué ne pourrait pas vous répondre à cette question …

À propos de Dumitru Mavrodi … informellement

Le devoir sacré

Beaucoup de gens me demandent ce que je vais faire le 2 mars, lors de l’anniversaire de 20 ans depuis le début de la guerre en Transnistrie. Je n’ai jamais crié haut et fort que j’ai été combattant, que j’ai lutté pour ce pays. Si tous s’étaient soulevés à l’époque pour défendre l’intégrité de la République de Moldavie, peut-être qu’aujourd’hui on n’aurait pas eu cette région séparatiste. Défendre sa patrie est le devoir de chacun. Le deux mars, je vais voir les anciens combattants. J’accepte les invitations que me sont faites à cette occasion.

Papa

Je regrette le fait de ne plus avoir mon père à mes côtés. C’était quelqu’un de très travailleur, spécialiste tout domaine à la campagne. Il nous a aidés à construire nos maisons. A 80 ans, il allait faucher de l’herbe, ramassait le maïs, montait sur le vélo et apportait de la luzerne. Il avait une vache, un porc, de la volaille. Quand on allait le voir, il disait tout de suite : « Allez prendre du fromage, une carafe de vin, abattez une poule » . Où sont aujourd’hui les gens pareils ?

Autour d’un verre de vin

Dans ma cave, j’ai toujours un verre de vin. Avant j’achetais les grappes, mais maintenant je l’apporte de Mereni – « Moldova », « Aligoté », « Lidia », « Doina »…

Papa a planté des cépages de toutes sortes et nous nous en occupons maintenant. Lorsque les frères arrivent, on est tous autour de la table. Avec les étrangers - pas si souvent, car eux, s’ils viennent prendre un verre, c’est pour voir ce que tu as chez toi pour ensuite surmonter la haie …

Mihai DINU, combattant à la guerre sue le Dniestr : Cet homme sait ce que c’est que l’amour pour son peuple. Il était respecté aussi quand il travaillait au Commissariat de Police de Ialoveni. Il a deux frères qui, eux-aussi, ont lutté pour l’intégrité de la République de Moldavie. Dumitru tient toujours sa parole. S’il sait qu’il faut et qu’il peut faire ce qu’on lui demande - il le promet, sinon, il le dit, droit dans les yeux. Il ne mâche pas ses mots. S’il y avait plus de Mavrodi parmi nous, nous ne pleurnichions plus comme des enfants abandonnés …

Article repris sur le site http://www.timpul.md

Traduit par Eugenia TARLEV

Le 7 mars 2012