Dorin Chirtoaca : ”On veut que la mairie arrive à un blocage financier.” (Interview avec le maire de Chisinau)

La table autour de laquelle se passe l`interview avec le maire de la capitale, Dorin Chirtoaca, diffère beaucoup de celle où il travaille. Cette dernière est pleine de feuilles, de projets de décisions, de journaux, à tel point qu`il est difficile de distinguer la couleur de la table. A la gauche du maire, les étagères de verre (presque vides quand celui-ci a pris le bureau) ne sont désormais plus assez vastes pour les bibelots chargés de souvenirs pleins d’émotion et d’histoire. A la gauche -une petite table avec six appareils de téléphone. Ceux avec des cadrans aux chiffres bloqués et avec un récepteur soviétique sont les ainsi - dites lignes rouges. Ma connexion avec le président Vorinin “est hors d’usage” depuis la fête patronale de Chisinau, celle avec la CSI n`a jamais été fonctionnelle, quant à celle avec le premier ministre, ce sont ses conseillers qui y répondent, le maire n`a jamais utilisé la ligne directe avec le président du parlement, et les autres deux sont pour la liaison avec les ministères, ainsi qu’avec et les institutions sous les ordres de la mairie. Pendant l’entretien, les lignes rouges “se sont tues ”. Passons à l`interview parce que dans l`antichambre beaucoup de monde attend une audience chez le maire de Chisinau.

Photo : www.jurnal.md
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-Monsieur le maire, comment se déroule un jour de la vie de Dorin Chirtoaca ?

- Je suis au travail de 8 heures de matin jusqu`à 11-12 heures de la nuit Je vais à différentes actions sur le terrain, au siège de la mairie, j’ai des réunions avec les sous-divisions de la mairie, des rencontres avec des hommes qui veulent investir à Chisinau ou avec des représentants des organisations internationales.

- Quand réussissez-vous à vous reposer ? Vous venez au bureau les samedis et les dimanches aussi ?

- Oui, mais parfois, le samedi et dimanche, je prends du temps pour une pause.

- Vous avez dit, que parmi les priorités courantes vous essayez de “réparer” les choses “incorrectes” précédant votre élection à la fonction. Quelles sont-elles ?

- Des travaux exécutés ou des contrats signés sans couverture financière, ou des travaux exécutés en outrepassant la limite approuvée par le Conseil Municipal de Chisinau (CMC). Par exemple, la construction de la ligne des trolleybus sur la rue de l`Indépendance, d’une autre ligne vers de l`Université Agraire, le parc Valea Morilor qui, jusqu`à présent, n’ont pas de financement, des dettes pour les travaux réalisés par la Direction des Constructions Capitales et qui ont été acquittées dans la dernière moitié de l’année, etc.

- Ces décisions du CMC n`ont pas été contestées par le représentant du Gouvernement qui participe aux réunions ? Maintenant on observe que celui-ci est très actif…

- C`est comme cela. Pour l`instant, seules sont contestées les décisions relatives à la nomination et aux élections dans des fonctions à la Mairie. Pourquoi n’ont-ils pas contesté avant les élections les décisions approuvées sans couverture financière ? C`est une question qui les concerne.

- Comment peut-on agir dans la fonction pour laquelle vous avez été élu, quand vous avez une police municipale hostile à la mairie ?

- On parle d`une certaine partie du Ministère de l’Intérieur qui a une forte liaison avec le gouvernement. Cette composante du ministère a un problème avec la mairie. Mais, la grande majorité, j’en suis absolument convaincu, des policiers de la municipalité de Chisinau voudraient faire leurs affaires courantes sans aucun obstacle de la part du ministère. Je ne pense pas qu`il y ait beaucoup de personnes qui veuillent que cet état de choses continue.

-Vous sentez des pressions ?

- Je ne dirais pas. Il s`agit de tentatives de mettre en difficulté l`activité de l`administration publique. Le problème des réfugiés existe depuis 15 ans, c’est à dire depuis le moment où on leur a promis quelque chose, et il arrive l`année 2008. Leur patience est arrivée à la limite.

- Vous avez récemment reçu un ultimatum : si vous ne parvenez pas à redresser la situation “désastreuse” de Chisinau, dans quelques mois, on va initier un referendum pour la réélection du maire de la capitale…

- Quant à moi, je leur souhaite du succès et je les encourage à faire cette chose n`importe quand. De mon point de vue, les services municipaux fonctionnent de la façon qu’on leur a demandé après les élections, mais ils n`ont pas atteint le niveau auquel ils doivent être parce que certains avaient des tarifs populistes, tandis que d’autres risquaient d’être paralysés. Maintenant on ne permet plus le fonctionnement d`un service qui manque de la logistique. Nous avons augmenté les salaires des professeurs, chose qu’on n`avait pas faite depuis 6 ans, nous avons liquidé les dettes aux sous-divisions et aux entrepreneurs, les dossiers restants en ce qui concerne les autorisations de construction, les procès-verbaux de réception finale (environ 900). Maintenant, nous travaillons pour résoudre les problèmes au sein des directions de l’architecture, de l’urbanisme et des relations financières. Autrement dit, les choses avancent. Pour 2008, nous avons prévu des investissements de plus de 50 millions de lei. Peut-être, ce n’est pas le meilleur chiffre, mais si on n`avait pas eu la charge du “Termocom”, on aurait augmenté les investissements jusqu`à 300 millions de lei. L`année 2007 a été la première où l`administration publique locale a été obligée, avec son petit budget, de compenser le tarif pour l’énergie thermique, en proportion de 60-70℅.

- Vous avez perdu le procès avec le “Termocom” qui demande maintenant 700 lei pour une Gkal…

- Nous sommes en procès encore, on a attaqué en instance supérieure. Evidement, ils vont demander de plus en plus. Tant qu’il n`est pas sous notre subordination directe, nous n`avons pas d`influence sur l`activité du “Termocom”.

-Comment allez-vous sortir de cette impasse ?

- Pour cette année, on en est sorti. On est à la mi-février, dans un mois, on arrête la saison de chauffage. Je ne leur ai pas permis de commettre d’abus contre la population et l`administration publique locale. L’année passée, la décision du CMC sur la majoration du tarif à l’énergie thermique n’avait pas de couverture financière. De plus, cette décision a augmenté le tarif artificiellement, parce que pour la population celui-ci est resté le même -233 lei. On croyait que les tarifs puissent augmenter sans que la population soit affectée de ce fait. Ce n’est pas normal. Si un service coûte un certain prix, la solution correcte est que cette chose soit dite aux gens et qu’on applique un mécanisme permettant aux gens de payer ce prix.

- Pour la future saison de chauffage, le tarif va augmenter inévitablement et les gens vont en accuser la mairie…

- Le “Termocom” doit présenter des arguments économiques pour le tarif 2007 et 2008. Il doit le faire vers la fin du mois de février. En plus, on a besoin d’un mécanisme de support pour que la population puisse faire face au prix de ces services. Il y a des gens qui ne peuvent pas payer même 223 lei, même s`il n`est plus actuel. Et la Banque Mondiale, pratiquement, oblige l’Etat, au regret, d’une contrainte tardive, de mettre en place un mécanisme de compensation individuelle. Le deuxième mécanisme serait de collecter de l’argent pour l’agent thermique pas seulement dans la période froide de l`année, mais pendant toute l’année. Cette chose est pratiquée en Roumanie, par exemple. Pour la première fois, nous avons prévu l’année courante 180 millions de lei pour payer des compensations dans ce sens.

- Que se passe-t-il dans les autres domaines qui nécessitent des investissements ?

- On a demandé à la direction des finances des solutions dès maintenant pour la situation qu`on pourrait avoir en automne Une solution serait de prendre un emprunt, quoique ce ne soit pas la meilleure. J’attire attention des directions pour réduire le budget afin d`assurer le fonctionnement.

A présent, les autorités centrales mènent, par rapport à la mairie de Chisinau, une politique qui vise à créer un blocage financier au sein de l’administration de la capitale. Les organisations internationales doivent y intervenir. Dès le commencement, les municipalités de Chisinau et Balti ont été traitées en fonction de la couleur politique. C`est déjà un motif pour que les organisations internationales attirent l`attention du gouvernement et le contraignent à changer de position, car que le gouvernement bénéficie des support financier de l`extérieur.

-Si la situation dans el domaine des investissements est si tendue, que va-t-il se passer avec la voirie ?

  • Certes maintenant, c’est plus propre dans la ville qu’il y a deux ans. Ici on a utilisé une autre tactique. Le tarif précédent a été augmenté de 2,80 lei à 5,60, pour que l`entreprise “Autosalubritate” ne soit plus « étranglée » et puisse se développer. Nous avons commencé par liquider les décharges non-autorisées.

- Je vous ai vu mardi à une telle action. Est-ce l`affaire du maire d’aller à la liquidation des décharges ?

- Dans le travail du maire, il y a les activités de terrain que je veux mener pour pouvoir soutenir les collègues quand ils agissent. J`espère que cela va aider à dynamiser l`activité des services publics. Nous voulons que les zones sales de Chisinau disparaissent et que les citadins soient plus sensibles en ce qui concerne la propreté.

-Pendant la campagne électorale, vous disiez que le transport serait parmi les trois sujets dont vous alliez vous occuper en premier. Qu’est-ce que vous avez déjà fait sur cette question ?

- Nous avons demandé l’affichage de l’horaire d’arrivée et de départ dans les stations du transport. Nous avons résolu définitivement le problème des stations qu’il y avait à Chisinau. Toutefois, dans ce domaine on a besoin d’investissements pour innover les parcs d’automobiles. Pour le moment, nous devons nous débrouiller dans le système actuel. Il faut optimiser les dépenses.

-Quelle est la situation de la station d’épuration ?

  • La solution proposée initialement pourrait causer des difficultés pour le budget municipal pour les six prochaines années. On a annoncé des enchères qui ont été annulées à cause du manque de support financier. Un spécialiste estonien qui travaille avec la Direction des constructions capitales va proposer une autre méthode de reconstruction de la station d’épuration.

-Avez-vous des objections pour le CMC ?

- Non, je n’ai pas d’objections. En dépit de tout, je suis satisfait de notre travail commun Le CMC a réussi quand même à s’équilibrer.

-Vous le dites pour ne pas fâcher certains conseillers ?

  • Nous discutons souvent de ces questions et ils connaissent ma position.

- Plusieurs personnes ont l’impression que le maire Chirtoaca ne rit jamais.

  • Ce n’est pas vrai.(Il rit).

-Nous sommes ici depuis à peu près une heure et vous n’avez presque pas souri du tout.

  • Je dois remarquer que depuis 2005, je souris beaucoup plus. Un fonctionnaire, un politicien doit transmettre essentiellement la stabilité, les autres choses étant secondaires. Bien sûr, on doit inspirer de l’optimisme, mais il doit aussi y avoir une base pour le développement continu. D’un autre côté quand on voit que la population veut de meilleures conditions de vie, mais que les salaires sont une misère, je ne crois pas qu’on peut avoir une euphorie permanente.

- Que pensez-vous des gouvernants actuels ?

  • Il s’agit d’une relation de coopération au niveau technique. Moi et mes collègues, les chefs des directions, nous participons aux différents évènements dans lesquels nous sommes engagés en raison de la législation. Même pour l’accident de l’immeuble de la rue Drumul Viilor, on a créé une commission gouvernementale. En fait, c’est la responsabilité de l’Inspection d’Etat pour les Constructions qui doit surveiller les constructions.

-Qui est le responsable aujourd’hui des constructions non-autorisées ?

  • Les administrations locales ont l’obligation de contrôler la situation et de dépister les constructions non autorisées, d’après la loi. Mais les autorités locales ne peuvent pas intervenir immédiatement. Du moment qu’on a trouvé une telle construction, il faut saisir l’Inspection d’Etat pour les Constructions qui va faire un procès-verbal et l’enverra aux autorités du secteur respectif pour que ces dernières appliquent une amende, procèdent à la démolition, etc. Parfois, ce processus dure pendant des mois, des années.

-Quelle est la situation concernnt le lac Valea Morilor ?

  • Ici les choses vont à l’envers. La solution c’est de résoudre premièrement le problème de la canalisation du secteur Buiucanii de Jos, parce que là, il y avait des déversements dans le lac. Pour réactiver la zone de loisirs, on doit résoudre ce problème. Cette question est introduite dans le programme de la Direction des constructions capitales. Pour 2008, cela signifie approximativement 100 millions de lei, mais le budget n’a pas aujourd’hui cet argent. D’après le projet initial, on devait résoudre cette question avec de l’argent municipal, et après permettre l’accès aux investisseurs privés, mais la situation a changé.

-Vous êtes satisfait de la façon dont les media parlent de l’activité de la Mairie ?

-J’ai un exemple éloquent. Pour l’accident qui s’est passé dans une maison qui se trouve rue Drumul Viilor, à minuit, le responsable du secteur respectif, monsieur Sarban, était déjà sur les lieux. Après, sont venus encore 2 vice-maires, j’y suis arrive à 5 heures du matin. J’ai été là jusqu’à 10 -11 heures. Le premier ministre est arrivé à 10 heures et immédiatement sont apparus les représentants de "Teleradio Moldova" et du poste TV NIT. On a discuté en plein air, puis le monologue du premier ministre a suivi dans lequel il a donné des indications supplémentaires. On a filmé, après ils se sont retirés avec le premier ministre. Les autres qui ont travaillé n’ont pas été remarqués.

-Si vous avez un programme si chargé, vous réussissez à manger ?

-Parfois, je mange vite ici dans le bureau. D’autres fois, je vais à la cantine dans le sous-sol du centre postal ou à "Galbenus". Parfois, j’ai des repas avec des délégations officielles. D’autres fois, je ne déjeune pas.

-Faut-il comprendre que le maire de Chisinau ne se mariera pendant ce mandat.

  • Qui sait. Difficile de le prédire.

Interview donnée à Nicolae Negru et Raisa Lozinschi, publiée sur http://www.jurnal.md/article/5393/, traduite par Valeria Rotaru et Ana Aconi, élèves au Lycée Théorique "Ioan Voda" de Cahul. Relecture - Michèle Chartier.