« Des gens ayant des racines moldaves ont contribué à beaucoup d’inventions faisant partie du patrimoine de l’humanité »

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Interview avec Denis Rosca, auteur du recueil encyclopédique « Cartea de Aur a Basarabiei şi a Republicii Moldova »

Denis Roşca, un jeune économiste moldave, vient de lancer le Livre d’Or de la Moldavie (« Cartea de Aur a Basarabiei şi a Republicii Moldova »). C’est un immense recueil qui comprend les biographies de 1 800 personnalités remarquables de tout le monde qui ont des racines moldaves.

Cher Denis, des questions banales et évidentes pour commencer : comment vous est venue l’idée de créer ce livre et quel est son « pourquoi » ?

Denis Rosca : Un jour, je m’étais mis à faire des recherches Internet pour trouver des personnalités nées le même jour que moi et je suis tombé sur beaucoup de noms intéressants – académiciens, écrivains, acteurs de Hollywood, chanteurs, etc. C’est ainsi que l’idée m’est venue de créer un calendrier où chaque jour de l’année soit consacré à un Moldave célèbre et que ce soit justement le jour de sa naissance.

Je me suis donc proposé de créer un calendrier avec 365 célébrités, mais après le processus de recherches j’avais dans ma banque de données plus de cinq mille biographies. Des critères durs d’excellence ont ensuite été établis afin de faire le filtrage, mais on n’a pas pu descendre au-dessous du chiffre de 1800 personnalités, ce qui nous a amenés au changement de concept. Or, toutes ces 1800 biographies étant tellement intéressantes qu’on ne pouvait plus en éliminer. Donc, il ne restait que de les ranger en ordre alphabétique et voilà le résultat !

Combien de temps vous a-t-il fallu pour créer ce livre (qu’on peut appeler d’or au sens propre du mot, vu l’importance de son contenu) et qui ont été vos alliés dans ce travail de titan ?

Denis Rosca : Au mois de juillet dernier, on aurait marqué cinq ans de travail, mais puisque le lancement du livre a eu lieu en mai, on dira quand même qu’il y a eu quatre années de travail. Quant aux alliés, il y en a eu nombreux, car il a fallu qu’on lise des livres historiques, qu’on étudie des encyclopédies, qu’on travaille sur des fichiers d’émigration, qu’on explore des archives, qu’on collabore avec nos diasporas et, dans certains cas, qu’on fasse des interviews personnellement.

Les critères de sélection m’appartiennent, mais des professionnels ont été impliqués pour ce qui est rédaction, maquettage, graphique, design, etc.

Je tiens à mentionner dans ce contexte le nom de Vlad Pohilă qui s’est chargé de la rédaction – un linguiste exceptionnel qui a de vastes connaissances concernant un grand nombre de personnalités.

Denis Rosca et Vlad Pohila
Denis Rosca et Vlad Pohila

Quels ont été les critères pour choisir les protagonistes du livre ?

Denis Rosca : Leur œuvre – nous avons plus mis l’accent sur les résultats, que sur la biographie proprement dite. Nous avons moins décrit les études faites par les protagonistes et moins parlé de leurs familles, par exemple, mais, en revanche, nous nous sommes axés sur les performances des personnalités.

Nous avons mis en évidence la contribution des protagonistes au développement des arts, de la science, des sports, etc.

Alexandr Balan Teodorov est le fondateur de l’Université de Sophia, en Bulgarie, et il a enseigné jusqu’à l’âge de 100 ans. Donc, le nom de cette personnalité restera dans les annales pour plusieurs mérites.

Pour nous, il a été important de garder un haut niveau des critères d’excellence – par exemple, académicien, producteur reconnu à l’échelle internationale, détenteur de médailles olympiques, inventeur exceptionnel, acteur fameux, etc.

En lisant le Livre d’Or, on peut entrevoir ce seuil qui est très difficile à franchir …

A-t-il été facile de recueillir les biographies ? Quelles sources d’information avez-vous utilisées ?

Denis Rosca : Cela a été intéressant avant tout ! Disposant de plusieurs sources d’information, il a fallu faire des vérifications. Les sources les plus crédibles restent les documents officiels, les extraits d’actes d’état civil, les portails Internet des personnalités, ainsi que les dossiers personnels.

Il a eu des CV comprenant 37 pages dont il fallait extraire l’essentiel pour le livre. Nous avons eu aussi des difficultés liées à la traduction, car, par ironie, il n’y a pas de version en langue roumaine de ces biographies. Il a fallu qu’on fasse des traductions à partir de 18 langues.

Dans quelles sphères de la vie se sont surtout manifestés les descendants moldaves ? Pour nous intriguer, parlez, s’il vous plaît, de quelques personnalités incluses dans le livre et de leurs mérites.

Denis Rosca : Nos compatriotes se sont surtout manifestés dans le domaine des arts – en tant que créateurs de studios à Hollywood – Paramount Pictures, Universal Pictures et Metro Goldwyn Mayer. Quatre lauréats du Prix Oscar sont originaires de notre pays. Le scénariste des films avec Marilyn Monroe est originaire d’Ungheni, un des auteurs de la Tour Ostankino est né dans le nord de la Moldavie, le fondateur du Conservatoire de Saint Petersburg, comme celui du Conservatoire de Moscou sont nos compatriotes, etc.

Les savants sont sur la deuxième position – or, nos chercheurs se sont manifestés au niveau international pratiquement dans tous les domaines et dans tous les pays. Je dirais qu’il n’y a pas de domaine où les Moldaves n’aient remporté du succès – construction des avions ou des réacteurs nucléaires, astronomie (l’astronome Nicolae Donici est reconnu au niveau mondial), le système informationnel START (utilisé dans le système d’information spatiale) a été créé par Boris Katz, le premier ordinateur de Roumanie est le mérite de l’ingénieur Victor Toma.

La troisième place revient au domaine militaire-administratif. Les plus importants leaders militaires qui ont lutté pour l’indépendance de la Bulgarie étaient nés en Moldavie, tout comme les fondateurs de l’Etat israélien.

Trois présidents d’autres pays ont des racines moldaves– l’actuel Président ukrainien, Petro Porochenko, l’ancien Président roumain, Emil Constantinescu et l’ancien Président allemand, Horst Kohler.

Dans le domaine militaire, beaucoup de personnalités ont influencé sur le cours de l’histoire, à partir de la Révolution de 1917 jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.

La quatrième position revient aux sports et la cinquième – aux cultes religieux.

Et quant à la géographie – dans quelles parties du monde retrouve-t-on surtout des personnalités remarquables de souche moldave ?

Denis Rosca : On retrouve des peintres de chez nous dans toute l’Europe, en Russie, en Amérique Latine, etc. Gary Bertini a été chef d’orchestre à Tokyo ; Daniel Filmus est devenu ministre en Argentine ; Diane von Frustenberg est la créatrice préférée de Michelle Obama ; Lia Manoliu a six fois représenté la Roumanie aux Jeux Olympiques ; Vasile Mămăligă a été le leader de la révolution d’Indonésie ; Grigore Oleinic a été amiral en URSS, etc.

Est-ce que la liste des 1800 personnalités est exhaustive ou envisagez-vous de continuer à explorer ce domaine ?

Denis Rosca : Un pays a besoin d’un Livre d’or. Ce serait bien que nos diasporas puissent présenter leur pays d’origine autrement que de manière traditionnelle.

Quand il s’agit d’un électrocardiogramme, c’est le bon moment d’expliquer que des Moldaves ont contribué à l’élaboration de cette technique. Pareil quand on voit un hélicoptère, un extincteur, un masque à gaz, une diode ou le plus simple vis, car des gens ayant des racines moldaves ont contribué à toutes ces inventions faisant partie du patrimoine de l’humanité.

Le processus de collecte de biographies va bien sûr continuer, car les bonnes choses continuent.

Avez-vous personnellement connu certains des protagonistes du livre ? Et d’ailleurs sont-ils au courant du fait que leur nom figure dans le Livre d’Or de la Moldavie ?

Denis Rosca : Oui. J’ai un grand plaisir à collecter des autographes des protagonistes du Livre. J’ai déjà 14 autographes précieux laissés par le grand maître Eugen Doga, l’académicienne Eva Gudumac, par Andrei Carpenco (qui a arboré le drapeau moldave sur l’Everest), les sœurs Surilă (créatrices de chaussures JANIKO qui jouissent d’une énorme appréciation, y compris à Hollywood), Ion Lazarenco Tiron (le nageur qui a franchi La Manche, le Gibraltar, le Canal du Nord) et d’autres.

Avez-vous des idées pour continuer ce projet ou est-ce un projet clôturé ?

Denis Rosca : Nous sommes en train de mettre en place un projet informationnel censé développer cette idée et nous misons beaucoup sur la collaboration avec la diaspora moldave dans nos efforts d’exploration des performances des Moldaves.

A mon avis, chacun devrait offrir un Livre d’Or à l’école où il ou elle a fait ses études ou au moins à son enfant. Or, ceci peut inspirer à croire que chacun peut réaliser ses rêves !

Merci, Monsieur Rosca, et bonne continuation !