Une jeune doctoresse moldave, chef de service dans un hôpital de Moulins

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« En France les patients ont toutes leurs chances de vaincre la maladie »

Auteur : Virginia Dumitras

Traduction du roumain : Corina Darii

Relecture : Didier Corne-Demajaux

Elena Robu est une Moldave âgée de 37 ans, originaire de Chisinau, ayant quitté son pays natal dans les années 90. Elle a commencé par étudier en Roumanie avant de partir en France. Ainsi, elle travaille aujourd’hui au centre hospitalier de Moulins Yzeure, dans la ville au même nom. Elena est spécialisée en endocrinologie, en diabétologie et dans les maladies métaboliques ; elle est également la chef du service de médecine polyvalente, de diabétologie et d’endocrinologie.

La Moldavie, Elena l’a quittée en 1994, après avoir terminé le lycée afin de faire des études mieux reconnues à l’étranger. Jusqu’en l’an 2000, elle a étudié de l’autre côté du Prut, à l’Université de médecine et de pharmacie de Cluj. « J’ai choisi la ville de Cluj parce qu’elle est connue comme étant un centre universitaire d’un excellent niveau », nous confie-t-elle.

Elle aurait aimé rentrer en Moldavie à l’issue de ses études afin d’y faire son internat. Lors de l’admission elle a pourtant appris qu’il lui faudrait chercher d’autres solutions. « Après avoir terminé mes études de médecine, en attendant les bourses d’internat pour la Roumanie, j’ai passé le concours d’admission pour être interne en Moldavie. Néanmoins on m’a tout de suite avertie que je n’avais aucune chance d’obtenir une bonne spécialité car les places étaient déjà prises par certains privilégiés. Je me suis alors inscrite en phtisiologie, spécialité peu prisée par les jeunes médecins moldaves », se souvient la spécialiste.

Elena ne s’est pas contentée de l’option que lui offrait l’Université de Moldavie, elle a ainsi choisi de continuer son internat en Roumanie, mais aussi en France. « J’ai fait mon internat à Cluj, mais lors de ma dernière année je suis partie en France, au CHU de Nancy. A l’issue de la dernière année d’internat, j’ai pu trouver un poste là-bas et je suis rentrée en Roumanie seulement pour passer mon examen de spécialité à Cluj », nous explique Elena.

Après l’adhésion de la Roumanie à l’Union Européenne, avec un diplôme désormais reconnu en France, la jeune doctoresse est revenue dans l’hexagone afin d’y effectuer une carrière universitaire de deux ans aux CHU de Nancy et de Clermont-Ferrand.

Elle n’a pas choisi la France par hasard. « Je voulais faire plus, tout en enrichissant mes connaissances médicales et en apprenant une nouvelle langue. Je suis arrivée en France en pensant retourner en Roumanie après six mois ou un an, mais cela fait maintenant huit ans que je suis ici. Le système médical français me permet de faire de la vraie médecine, sans restrictions, tout cela avec un niveau de vie beaucoup plus élevé qu’en Roumanie », constate Elena Robu.

Elle savait que ce ne serait pas facile de partir ainsi, mais elle n’était pas non plus à la recherche d’une voie facile. « Je ne parlais pas français et le système médical français est différent de ce que j’avais connu en Roumanie et en Moldavie. Néanmoins, mes collègues se sont toujours comportés de façon respectueuse et patiente, j’ai rencontré des personnes extraordinaires qui m’ont aidée à progresser », reconnaît-elle. Elle travaillait pendant la journée et étudiait la nuit. « J’ai pris quelques cours particuliers avant de venir en France, mais je n’étais qu’une débutante. Afin de me débrouiller seule et comprendre les termes médicaux, je restais jusqu’à minuit avec un dictionnaire et différents dossiers médicaux, et cela pendant près de quatre mois », nous confie le médecin.

En France, Elena a appris que tout était possible. « C’est peut-être un cliché, mais « je ne peux pas » veut plus souvent plutôt dire « je ne veux pas ». J’ai fait beaucoup d’efforts en arrivant en France, mais tout est devenu plus facile par la suite. Si ton supérieur hiérarchique t’apprécie, il t’aide en te préparant au chemin professionnel qui t’attend. Il te guide tout au long de ta carrière. J’ai rencontré des personnes extraordinaires qui m’ont aidée à évoluer, le reste s’est fait petit à petit », nous explique Elena.

Aujourd’hui, les efforts qu’elle a fournis au fil des ans ont payé. Elena est une spécialiste appréciée de ses collègues, mais également la chef de service de médecine polyvalente, de diabétologie et d’endocrinologie du centre hospitalier de Moulins Yzeure. Dans son service, Elena supervise trois autres médecins, responsables à leur tour de 24 lits et dans le reste de l’hôpital elle a une centaine d’autres collègues.

Elle nous confie qu’il n’est pas facile d’être médecin et manager, mais elle arrive tout de même à s’en sortir. « J’ai pris des cours de management, et les choses sont maintenant un peu plus faciles pour moi. De plus, j’ai de très bons collègues qui m’aident au quotidien. Au besoin, je m’occupe même du recrutement des médecins, des absences, des conflits, etc. ». Toutefois, quatre fois par semaine, de 13H30 à 19H00, elle consulte ses patients. « Je peux demander toute investigation ou examen que je juge utiles sans que le patient paie quoi que ce soit ; la Sécurité Sociale et les mutuelles privées prennent en charge toutes les dépenses liées aux examens et au traitement. Tout est gratuit : traitement, cure balnéaire, intervention d’urgence ; un patient français a toutes ses chances de vaincre la maladie », affirme Elena.

Le plus souvent, les patients d’Elena sont diabétiques ou bien souffrent de problèmes liés à la tyroïde, à l’obésité ainsi que d’autres pathologies d’endocrinologie, comme les tumeurs de l’hypophyse ou les maladies génétiques. Même si les patients ne manquent pas, le médecin nous confie que contrairement aux Moldaves, les Français ont plus de facilités pour prendre soin de leur santé. En outre, la pratique régulière d’une activité sportive est une habitude en France. « Toutes les familles inscrivent leurs enfants à différentes activités sportives. Je n’ai rencontré aucun parent qui n’ait pas inscrit son enfant dans un club de sport : ski, tennis, natation, course ou gymnastique », dit la jeune moldave. Les médecins sont tout aussi actifs, puisque des bicyclettes électriques sont mises à leur disposition à l’hôpital.

En France, il n’y a pas que le mode de vie qui soit différent ; la rémunération des spécialistes l’est aussi. Le salaire minimum en France s’élève en effet à 1 200€ par mois, cette somme est également ce que perçoit un interne en médecine. Puis, en fonction de son expérience et s’il devient médecin spécialiste, la rémunération peut grimper jusqu’à 3 000€. « Il faut cependant tenir compte des dépenses qui sont plus importantes en France », ajoute Elena. Quant à la corruption, sa réponse est courte : « Lorsque l’on a un salaire décent, on aurait honte de demander de l’argent à un patient ».

Elena dit qu’elle aimerait beaucoup rentrer en Moldavie, mais les conditions de travail et de rémunération la découragent. « La Moldavie me manque et je reviendrais, si je pouvais bénéficier de la même qualité de vie qu’en France. Au printemps, je suis rentrée au pays pour les vacances et je me suis réjouie de l’évolution de Chisinau. Mais pour le moment je vais continuer mon activité professionnelle ici. Je recherche à présent d’autres opportunités professionnelles de courte durée tant en Europe, que sur d’autres continents », conclut Elena Robu.

Article repris sur le portail http://www.e-sanatate.md/News/2895/o-tanara-doctorita-din-moldova-sefa-de-sectie-la-un-spital-din-moulin-in-franta-pacientii-au-toate-sansele-sa-invinga-boala