Manifestation contre l’armée russe devant l’Ambassade de Russie à Chişinău

Article rédigé par Marion Roussey, en collaboration avec Claude R.

Suite au décès d’un conducteur moldave, abattu par un militaire des forces d’interposition sur la ligne de cessez-le-feu entre la Moldavie et la Transnistrie, les tensions entre les deux régions menacent de se réactiver. Tandis que les autorités compétentes semblent se livrer une guerre médiatique, une manifestation antirusse s’est tenue mardi 2 janvier 2012, en début d’après-midi, devant l’Ambassade de Russie à Chişinău.

manifestants, gens de passage, policiers et journalistes réunis devant l'Ambassade de Russie à Chisinau
manifestants, gens de passage, policiers et journalistes réunis devant l’Ambassade de Russie à Chisinau

Le premier janvier au matin, un jeune automobiliste moldave a été mortellement blessé par un « casque bleu » russe, au niveau du poste des forces de maintien de la paix, à proximité de Vadul-lui-Voda. Âgé de 18 ans, il avait, semble-t-il, forcé le barrage en renversant la signalisation avec son véhicule. L’un des soldats a alors ouvert le feu. Grièvement blessé, le conducteur a été transporté à l’hôpital de Chişinău. Il est décédé quelques heures plus tard malgré une opération chirurgicale.

L’incident a eu lieu dans la zone démilitarisée entre la Moldavie et la région séparatiste de Transnistrie. Les autorités de Chişinău, Tiraspol et Moscou ont donc décidé conjointement de former un comité afin de déterminer les circonstances du drame. Jusqu’à présent, aucune information sûre n’a pu être obtenue et la presse, impuissante, ne fait que relater les propos recueillis dans les deux camps. En effet, selon les déclarations de l’Ambassadeur russe, Valeri Kuzmin, le casque bleu n’aurait eu d’autre choix que de tirer, confronté à l’attitude dangereuse d’un jeune conduisant en état d’ivresse une voiture volée. Les autorités moldaves, de leur côté, démentent ces informations.

Une manifestation à la moldave, sans casque ni bouclier

Une manifestation s’est tenue hier à Vadul-lui Voda, précédée d’une autre, la veille, organisée dans la capitale. Les deux événements n’avaient toutefois rien de comparable à ce que l’on peut observer en France dans des circonstances similaires. Ici, point de manifestants cagoulés, faisant face à une armée de boucliers et dialoguant à coups de pierres et de bombes lacrymogènes.

John Onoje, imitant la statue de Stefan cel Mare, figure historique de la Moldavie
John Onoje, imitant la statue de Stefan cel Mare, figure historique de la Moldavie

A Chişinău, une trentaine de personnes s’étaient réunies devant l’Ambassade. Elles brandissaient des pancartes improvisées et répétaient des slogans sous les fenêtres du bâtiment tandis que les journalistes, venus presque aussi nombreux, se bousculaient pour capturer l’image. Parmi les manifestants, on pouvait noter la présence de John Onoje, ancien réfugié politique de Sierra-Leone et aujourd’hui membre du PNL (Parti National-Libéral de Moldavie). Ayant acquis récemment la citoyenneté moldave, il déclare vouloir être candidat à la présidentielle du pays. Antirusse, il revendiquait, lundi, l’intervention de « l’armée de l’OTAN » en Moldavie pour résoudre le conflit avec la Transnistrie.

Les « soldats de la paix » en Moldavie

Les forces de maintien de la paix ont été constituées le 29 juillet 1992, suite à la guerre qui avait opposé la République de Moldavie et sa région indépendantiste, la Pridnestrovié, plus connue sous le nom de Transnistrie. Elles sont déployées sous forme de postes de contrôle militaires, le long du Nistru (fleuve qui sépare les deux camps) et autour de la ville de Bender. Cette mission comprend environ 500 soldats russes, 350 moldaves et 500 « transnistriens », ainsi qu’une dizaine d’observateurs militaires ukrainiens. L’incident qui a eu lieu dimanche n’est pas le premier de ce genre. En avril dernier, à Bender, un officier russe des forces de maintien de la paix avait été renversé par une voiture de la milice transnistrienne. Le soldat s’en était sorti avec une fracture de la jambe.

Le 4 janvier 2012