… Ma petite usine de déchets

Un ingénieur vend à l’Etat l’électricité fournie par son usine de production de gaz à partir de déchets organiques. Une première dans le pays.

Le biogaz en soi n’est pas une nouveauté. Identifié par le physicien Alessandro Volta en 1776, il peut notamment être un sous-produit de la décontamination des boues municipales. C’est aussi un sujet de recherche pour les Chinois depuis 1920. Mais, pour un Moldave, c’est aujourd’hui une source importante de revenus.

« Il n’existe pas de domaine d’activité qui n’ait besoin d’énergie », affirme Vasile Moraru. Suivant l’exemple de certains pays occidentaux et glanant ses informations sur Internet avec sa fille cadette comme traductrice, cet ingénieur électricien a mené à bien la construction de la première usine de production de biogaz en République de Moldavie. Il est fier de sa réalisation, d’autant qu’il a commencé à vendre à l’Etat moldave de l’électricité au prix de 1,73 leu [0,12 euro] le kilowatt.

Après nous avoir accueillis à l’entrée du village de Colonita (dans la banlieue de Chisinau), où il vit depuis 1977, Vasile Moraru nous emmène à l’endroit où il a œuvré pendant plus d’une décennie pour construire cette usine de production de gaz à partir de déchets organiques. L’idée a germé dans les années 1999-2000, lorsqu’il a appris le lancement en Moldavie d’un projet pilote néerlandais similaire.

« Les Néerlandais nous ont apporté leur savoir-faire et la technologie. Notre rôle était la construction. Initialement, l’Etat devait me soutenir et je n’avais qu’à fournir la bouse de vache », explique en riant Vasile Moraru. Mais tous les ministères ont finalement retiré leurs promesses d’aide. Il a alors commencé à chercher par lui-même des moyens pour mettre en pratique le projet. Une visite aux Pays-Bas, en compagnie de sa fille, de même que les encouragements sur place, l’ont poussé à mettre l’affaire en marche. « L’entreprise a de l’avenir, comme toute installation de production d’énergie », lui auraient dit des spécialistes du pays des tulipes.

Il s’est endetté pour construire l’installation. « Quand je pense à tous les obstacles que j’ai dû surmonter ! », s’exclame le fermier en regardant la bâtisse bleue qui produit de l’électricité et de la chaleur. «  La technologie est néerlandaise et les fabricants pour l’équipement viennent de divers pays : Allemagne, Italie, Belgique. Je suis content d’être allé de l’avant, même si ç’a été laborieux. Depuis fin 2011, je vends enfin de l’électricité à l’Etat. »

Une aubaine pour une entreprise agricole

Moraru estime que « dans un pays agraire comme la Moldavie le projet vaut son pesant d’or pour une entreprise agricole. Là où il y a des terres agricoles, il doit y avoir une ferme, et l’installation peut s’intercaler entre les deux. » Actuellement, le problème le plus urgent est la matière première. Il peut s’agir de déchets organiques, de déjections, de fumier, d’excréments, d’eaux usées provenant de l’industrie alimentaire et de la zootechnie. Pour un fonctionnement optimal, il faut fournir quotidiennement environ 40 tonnes de matière première, constituée d’un mélange de 12 % de matières sèches et 88 % d’eau. Une petite installation de ce type produit 85 kW par heure et pourrait donc produire potentiellement 2 000 kW par jour. Dans l’état actuel de son installation, il vend environ 7 000 kW d’électricité chaque mois à l’Etat, mais, à pleine capacité, l’usine pourrait atteindre jusqu’à 35 000 à 50 000 kW par mois.

En lançant en 2004 la production de biogaz, Vasile Moraru a créé une dizaine d’emplois. Et, depuis, il est même devenu conseiller dans ce domaine. Des gens intéressés par son affaire viennent dans son usine de Colonita afin de connaître ses astuces. Moraru voudrait aussi pouvoir gérer les terres qu’il possédait avant de se mettre à la production de biogaz, et il pense qu’il obtiendra l’accord du ministère de l’Agriculture. Selon lui, sans le soutien de l’Etat, qui s’est engagé légalement à acheter l’énergie renouvelable produite dans le pays avant celle provenant de l’extérieur, il n’aurait pas pu mener son projet à bien.

Article repris sur http://www.lejsl.com/actualite/2012/05/06/moldavie-ma-petite-usine-de-dechets