Les banques de Moldavie sont assez solides

Interview avec Jean-François Myard, président de la Banque Commerciale Mobiasbanca-Groupe Société Générale

Jean-François Myard
Jean-François Myard
  • Comment évaluez-vous le secteur bancaire de Moldavie ?
  • Je peux constater que le secteur bancaire n’est pas très dynamique à ce moment. C’est à cause de la situation économique générale. En fait, même le niveau de la demande de la part des clients a diminué. Néanmoins, la compétition est assez dure. De ce point de vue, le marché bancaire est assez dynamique.
  • A quel point la crise a-t-elle touché les banques ?
  • Je crois qu’en Moldavie, les banques sont assez solides parce qu’elles ont un niveau satisfaisant du capital. Mais toutes les banques ont ressenti les effets de la crise. Ce n’est pas très difficile de l’expliquer. D’une part, la production a diminué suite à la réduction de la demande des crédits. Dans le contexte de la diminution du volume de production, nous constatons un impact direct sur les revenus. D’autre part, les clients font face à certaines difficultés, certains d’entre eux étant même au bord de la faillite. Dans cette situation, les banques doivent se faire des réserves, subissant mêmes des pertes. Par conséquent, les revenus sont plus faibles et les coûts de gestion - plus élevés. Il est toutefois difficile d’estimer l’impact d’une de ces causes sur l’activité courante.
  • Quels sont les points forts et ceux faibles du système bancaire moldave, à votre avis ?
  • Le principal point fort est que les banques moldaves ont un niveau satisfaisant du capital. Elles peuvent résister à la crise. Un autre facteur qui les a aidées à affronter la crise s’est que le système bancaire n’est pas encore très bien développé. Ce pourrait être considéré comme un facteur négatif, mais, dans la situation actuelle, ça constitue une protection supplémentaire pour le système bancaire de Moldavie. Un des points faibles c’est que les banques n’ont pas encore un bon niveau de gestion des risques. Si on les compare aux banques de l’ouest, ce manque est bien évident. Quand nous avons acheté Mobiasbanca, notre but était d’appliquer un système performant de gestion des risques.

Un autre point faible est que les banques sont trop axées sur le financement à court terme. Pourquoi donner pour un certain équipement du financement à court terme quand on pourrait lui en donner un à long terme ? De cette façon, on risque de mettre le client dans une position très embarrassante.

  • A quel point les méthodes occidentales de gestion sont-elles applicables en Moldavie ?

Bien sûr qu’elles sont applicables. Prenez comme exemple Mobiasbanca. Je crois que c’est une question qui tient du désir. Si les managers souhaitent mettre en œuvre ces systèmes de gestion, ils peuvent le faire. La question qui se pose c’est si les managers sont bien préparés pour ça. Je crois que le marché moldave est prêt à intégrer un tel style de gestion et que ce style sera accepté, tout d’abord, par les jeunes.

  • Mobiasbanca Groupe Société Générale est considérée comme un de plus grands créanciers de la consommation. Quels sont les autres segments du marché sur lesquels vous vous sentez forts ?
  • Certainement, nous sommes assez forts sur le segment des prêts pour des besoins personnels, mais je crois que nous sommes aussi solides sur le segment des clients corporatifs. Je pense, en particulier, aux compagnies internationales. Notre banque est une banque internationale et les sociétés internationales préfèrent d’habitude de travailler avec une telle banque.
  • Dernièrement, vous avez lancé plusieurs produits pour les petites et les moyennes entreprises, y compris des crédits à un bas taux d’intérêt.
  • Oui, nous avons lancé plusieurs campagnes et le fait que nous sommes forts sur le marché corporatif n’exclut pas nos préoccupations à l’égard des petites et les moyennes entreprises.
  • Si on parle des taux bas d’intérêt, in faut dire que certaines banques proposent des taux d’intérêt en lei qui sont corrélés avec les devises. Comment peut-on apprécier une telle pratique ?
  • J’ai bien entendu parler d’une telle pratique. Il s’agit de crédits donnés aux personnes physiques, particulièrement des crédits hypothécaires. Ces produits sont dangereux. Ils mettent le client dans une situation de risque supplémentaire, lié au taux de change. Nous ne voulons pas faire cela.
  • Si l’on parle de la concurrence, quels sont les atouts de Mobiasbanca ?
  • Premièrement, Mobiasbanca existait même avant d’être achetée par le Groupe Société Générale, c’était une banque bien connue et avec une bonne réputation. Société Générale a apporté une valeur ajoutée à Mobiasbanca. Ceci est très important parce que le nom de la Société Générale jouit d’une réputation solide, étant un très fort groupe financier. Il apporte plus de confiance aux clients et bénéficie d’une réputation qui attire les clients, des personnes physiques tout comme juridiques.
  • Qu’est-ce la concurrence sur le marché bancaire ?
  • Généralement, les banques sont comparées l’une à l’autre selon le nombre de clients, le volume des crédits, le volume des dépôts, aux côtés d’autres indicateurs. Toutefois, le terme de compétition devrait inclure aussi la qualité, l’attitude à l’égard du client, la qualité des consultations reçues de la part d’une banque. Voici les choses qui déterminent les gens à choisir une certaine banque. Selon moi, la qualité doit être un élément de la concurrence.
  • Les banques, changent-elles souvent leurs plans à cause des concurrents ?
  • Au contraire, ce sont plutôt les banques qui ajustent leurs produits en fonction de la concurrence sur le marché. Nous, par exemple, suivons une stratégie globale adoptée pour une période de longue durée. Quand nous avons acheté Mobiasbanca, nous avons dressé un plan pour cinq ans qui a été ultérieurement modifié un peu à cause de la crise. Chaque année, nous adaptons notre stratégie compte tenu de la réalité.
  • Une question que les consommateurs se posent souvent : Pourquoi les taux de remboursement des crédits diminuent plus lentement que les taux d’intérêt des dépôts ?
  • C’est parce que les risques des crédits restent très, très élevés. Le prix d’un crédit comprend aussi le coût des risques.
  • Est-il vrai que les banques sont devenues plus exigeantes lors de la délivrance d’un prêt ?
  • C’est à cause de la crise que les banques se voient obligées d’avoir une attitude plus prudente à l’égard les prêts. Certaines banques ont même arrêté de donner des créditer aux personnes privées. Or, nous continuons de le faire, mais c’est vrai que dans des conditions un peu plus dures. Je pense que c’est une réaction normale en situation de crise. Il faut faire attention à qui on donne de l’argent.
  • Comment évaluez-vous l’équipe de SG Mobiasbanca formée surtout de Moldaves ?

-  Nous avons une très bonne équipe, dynamique et motivée. L’équipe est assez satisfaite de travailler à Mobiasbanca Société Générale. Probablement, au début, une partie des employés étaient un peu stressés car l’arrivée d’une banque étrangère en Moldavie leur semblait une aventure. Maintenant, je crois que tout le monde est heureux. Je suis content de travailler auprès des gens que je considère comme très, très bons.

La Moldavie est une partie de ma maison

  • Vous êtes depuis longtemps en Moldavie. Qu’est-ce que vous avez remarqué de particulier chez les hommes d’affaires de Moldavie ?
  • Les hommes d’affaires moldaves sont très dynamiques et très actifs dans les entreprises qu’ils gèrent. Ils veulent développer et agrandir leurs affaires. Beaucoup d’entre eux sont même très bons. J’ai constaté que beaucoup d’entre eux sont très jeunes. Je pense qu’ils sont plus jeunes que les hommes d’affaires de la même catégorie d’Europe.

D’autre part, souvent les hommes d’affaires moldaves ont une vision s’inscrivant dans une perspective immédiate. D’après moi, le succès commercial s’appuie sur des prévisions à moyen et long terme.

  • Que recommanderiez-vous aux hommes d’affaires de Moldavie ?
  • Il faut être professionnel tout le long du processus d’une affaire. Tout est important : la communication, chaque étape d’une relation contractuelle avec un homme d’affaire étranger. Il faut être professionnel, professionnel, et encore une fois professionnel.
  • La Moldavie est un pays francophone. Qu’est-ce que nous avons en commun avec les Français et qu’est-ce qui nous distingue ?
  • La francophonie est le point qui nous relie. Certainement, nous nous entendons beaucoup mieux. Quand ils apprennent le français, les enfants apprennent aussi la culture et le style français. Cela nous aide à mieux nous comprendre. Nous sommes heureux que la France occupe une place importante dans la société moldave.

Quant aux différences, il s’agit de l’histoire et du style de vie. Mais ce n’est pas un problème. Je crois que tous les pays sont différents. C’est inutile d’essayer de nous copier un l’autre.

  • Comment un Français se sent-il à Chisinau ?
  • S’il s’agit de moi, je m’y sens très confortablement. La Moldavie n’est un pays où c’est facile de mener des affaires. La compétition y est très dure. Je crois que le milieu d’affaires est assez bureaucratisé. Chaque pays a ses spécificités et quand un entrepreneur étranger y vient il doit s’y adapter. S’il ne peut pas le faire, il doit rester chez lui.

-  Je sais qu’outre les affaires vous déployez aussi des activités civiques ?

  • Il s’agit de mon activité dans le cadre du Club France crée il y a un an et demie. Le club compte 20 membres, mais quand nous nous rencontrons et organisons des actions, nous sommes plus nombreux. Nous organisons des rencontres que nous appelons des déjeuners thématiques où nous discutons différents sujets. La dernière rencontre a réuni à peu près 40 personnes. Nous avons discuté des possibilités de collaboration entre les établissements d’enseignement et les entreprises afin que les étudiants soient prêts à répondre aux critères requis par les entreprises et à démarrer une carrière de succès. Notre but initial a été de créer des possibilités de coopération. Le petit déjeuner n’est qu’une étape parmi les activités que nous envisageons de mener dans cette direction. Nous croyons que ce que nous faisons peut aider les jeunes à avoir de meilleurs perspectives dans ce pays et ne pas se voir contraints à aller travailler à l’étranger.
  • Comment passez-vous votre temps libre ?
  • D’habitude, je partage mon temps avec mes amis. J’aime lire. J’écoute de la musique. Je vais aux matchs de rugby quand il y en a. Une de mes activités c’est le Club France qui me prend beaucoup de temps. Je passe beaucoup de temps en France aussi qu’en Moldavie. Quand je vais en France, je suis heureux d’y être. Je retrouve ma famille, mes amis et l’atmosphère que j’aime. Je suis également heureux quand je rentre en Moldavie. La Moldavie est une partie de ma maison.
  • Avez-vous personnellement été touché par la crise financière mondiale ?
  • En dépit de tous les impacts négatifs, je pense que cette crise a été utile aussi. Le monde était devenu trop fringant. On commettait trop d’erreurs que beaucoup n’ont pas remarquées. Mais un jour la crise est venue et beaucoup de choses doivent changer. Je crois que c’est une bonne leçon à apprendre par tout le monde. Si on examine attentivement et profondément la crise, on en apprend beaucoup.
  • Quels sont vos principes dans la vie et dans les affaires ?
  • Mes principes de vie sont : être honnête, être tolérant, mais pas faible. Les mêmes principes, je les applique dans les affaires, en plus - du travail et encore du travail. Ceux sont pour moi les valeurs les plus importantes que j’essaye de respecter et de suivre.

Article publié sur http://www.businessexpert.md. Traduction – Rodica Istrati.