Les politiques sont-ils vraiment incités à réformer en Moldavie ?

Article par Rustam Romaniuc, Université de Reims

L’année 2009 a été marquée par la plus importante récession des économies d’Europe Centrale et de l’Est (ECE) depuis la grande crise qui a accompagné le passage de la planification à une économie de marché artificiellement créée par les organismes internationaux. C’est alors évident que les pays de cette région en transition et plus particulièrement la Moldavie vivent une crise sans précédent puisque l’indicateur fétiche, les IDE (Investissements Direct Etrangers), est depuis un peu plus d’un an en chute libre, ce qui rend le retour à la “normale” encore plus difficile à réaliser. Une question fondamentale se pose alors : le processus même de la transition dans ce petit pays post-soviétique, ne serait-il pas en crise ?

Une étude récente de la Pew Research Center pointe du doigt l’affaiblissement considérable de l’enthousiasme pour la démocratie et l’économie de marché surtout dans les pays pauvres d’ECE, dont la Moldavie fait bien évidemment partie. Faut-il rappeler que ces valeurs étaient à la base de la transition et en y adhérant, nos politiques se sont engagés à libérer tous les marchés de toute entrave formelle (réglementation publique) ou informelle (corruption). On voit aujourd’hui que les résultats restent très flous.

Un espoir nous vient de la nouvelle gouvernance politique qui se veut également "réformatrice" sur le plan économique, dans la mesure où elle a inclus dans son programme des propositions de réformes libérales : éliminer les monopoles accordés par l’ancienne classe politique, libéralisation des procédés d’exportation et enfin, peut être la mesure la plus importante en termes d’incitation - éliminer les barrières réglementaires à l’activité entrepreneuriale.

Mais cet élan réformateur ne risque-t-il de tourner en boucles ? Si l’on prend en compte deux éléments-clefs de la nouvelle donne, à savoir (1) les conflits politiques entre les réformateurs et les perdants aux réformes et (2) la préférence de la population moldave pour une sécurité et stabilité économique au dépens donc de changements structurels coûteux à court terme mais source d’opportunités de profit et de prospérité à long terme, on se rend compte que naturellement les réformateurs risquent de revoir leur plan d’action…

J’ai déjà souligné, dans un autre article, les risques liés aux conflits entre les gagnants et les perdants aux réformes. Mais la deuxième caractéristique de l’environnement économique moldave a été ignorée par tous les experts qui se sont penchés sur la situation actuelle du pays. Ce n’est, en revanche pas le cas pour la nouvelle élite politique moldave qui cherche coûte que coûte des crédits du FMI, de la Chine et même de la Russie. En effet, ces deux pays se sont proposés comme "créditeurs en dernier ressort" de la Moldavie, avec 1 milliard de dollars USA venant de la Chine et 500 millions de dollars USA du côté russe. Rien que le crédit chinois suffit à couvrir deux ans de déficits du compte courant moldave…

Mettant de côté les intérêts politiques derrière ces "aides" financières, ce qui m’inquiète le plus c’est la désincitation qui en résulte pour les politiques moldaves à mener des réformes structurelles profondes avec l’implication importante des acteurs locaux.

Ayant des ressources importantes provenant de l’extérieur et étant face à une demande croissante de services publics, les politiques auront tendance à surestimer leur capacité à fournir ces services et vont privilégier le court terme tout en ignorant les effets directs et indirects à long terme de leurs actes sur les finances publiques, l’activité privée et autres domaines de l’économie dont on pourrait ignorer l’importance.

Imiter les politiques publiques occidentales n’est pas toujours une bonne idée et le meilleur moyen de créer des opportunités pour des actions individuelles et permettre à tout individu d’en tirer parti.