Holercani, un village qui se tourmente entre deux mondes

poste de garde-frontière
poste de garde-frontière

Pour arriver à Holercani, un village où deux mondes se côtoient, il faut tout d’abord passer une sorte de douane en Moldavie, après quoi on se trouve devant un char supposé protéger le calme des gens dans la région transnistrienne. D’un côté, dans la zone de sécurité sur le Nistru, on se croirait en Europe car plus de 20 % des habitants gagnent leur vie à l’étranger, et par ailleurs des organismes européens y développent plusieurs projets emblématiques. D’un autre côté, dans les rues du village on ne voit que de vieilles maisons et des gens qui labourent la terre du matin au soir pour avoir un morceau de pain sur leur table.

monument à Lenine devant l'école de musique de Dubasari
monument à Lenine devant l’école de musique de Dubasari

Situé sur la rivière Nistru, Holercani est un village pittoresque qui a plus de cinq siècles d’existence. Il se trouve aujourd’hui dans la zone de sécurité contrôlée par les forces dites du maintien de la paix. Avant d’arriver dans ce village, on a l’impression que les gens dans la zone de conflit vivent comme s’ils étaient dans un autre monde, et le char accentue cette impression. Mais une fois arrivé dans le village, cette impression se dissipe et on réalise que les problèmes et les besoins des habitants sont les mêmes que dans le reste du pays. Les gens de ce village, comme dans beaucoup d’autres en Moldavie, se voient contraints de partir travailler à l’étranger afin de pouvoir nourrir leur famille.

Selon le maire, près de 20 % des habitants travaillent maintenant en Russie, Italie, Grèce ou Irlande, car dans le village on ne peut pratiquement pas trouver de travail, la principale source de revenu étant l’agriculture. « C’est un village où l’agriculture est la principale activité. Il y a quelques commerces aussi mais pas d’industries. Un investisseur italien nous a fait part de son intention de construire une fabrique de fermentation du tabac, mais ce n’est qu’un projet pour le futur », affirme le maire du village, Tudor Tanasev.

le directeur du lycée de Holercani
le directeur du lycée de Holercani

Le village vit depuis presque 20 ans dans une zone de conflit et les gens de deux rives du Nistru doivent passer la douane pour aller voir leurs parents ou amis, mais cela n’empêche pas certains d’entre eux de faire la navette quotidiennement pour aller à l’école ou faire des achats.

De la logistique européenne au foyer du Lycée d’Holercani

Actuellement, au Lycée d’Holercani il y a deux élèves qui sont originaires du village de Cocieri, situé sur la rive gauche du Nistru. Ils logent au foyer du lycée, avec une trentaine d’élèves des villages voisins. L’été dernier, le foyer a été réhabilité et les élèves y bénéficient maintenant de très bonnes conditions de vie. La rénovation s’est faite avec le support financier de l’Union Européenne dans le cadre du projet « Soutien aux mesures de renforcement de la confiance ». Le foyer peut héberger plus de 120 élèves. Les lycéens ne payent aucune taxe d’hébergement, ils affirment s’y sentir comme chez eux et il ne leur reste qu’à se consacrer aux études. Violeta Terente, une jeune originaire d’Oxentea, est élève en terminale au lycée d’Holercani. Elle y passe sa troisième année consécutive et a vu beaucoup de changements se produire : avant, il faisait froid, les portes ne fermaient pas bien, maintenant il fait chaud et l’ambiance est meilleure. Ses parents lui ont permis de s’installer dans ce foyer bien qu’elle soit encore mineure. Et interviewée sur leur occupation, sa réponse est brève : « Comme beaucoup d’autres, ils sont à l’étranger. Mon père travaille en Russie depuis mon enfance et ma mère depuis six ans ».

le maire de Holercani et le chef dui projet
le maire de Holercani et le chef dui projet

Selon Victor Munteanu, chef de projet, en un an et demie, 11 points d’infrastructure ont été rénovés dans la région transnistrienne de la Moldavie : écoles, jardins d’enfants, centres sociaux, foyers, aqueducs. Le budget total du projet s’élève à 3,7 millions d’Euros.

Le directeur du lycée d’Holercani nous apprend que dans les années passées il y avait plusieurs élèves de Transnistrie dans son établissement. « A un moment donné, il y avait deux enfants d’un village de l’autre rive du Nistru qui faisaient la navette tous les jours, mais quand la situation s’est calmée, ils sont repartis chez eux pour ne pas passer la douane quotidiennement pour venir à cette l’école », raconte le directeur Alexei Sultan.

Aller à Dubasari pour faire des emplettes

Quoiqu’en apparence le train de vie quotidien s’y déroule comme partout, 19 ans après le conflit armé, la population de la zone de sécurité est mécontente de devoir présenter des papiers, justifier son déplacement et préciser la durée de sa visite juste pour rendre visite à des proches ; tout cela comme si on partait dans un autre pays : « Ce genre de choses affecte le sentiment de liberté que nous voudrions avoir au moment où nous décidons d’aller visiter nos amis et parents qui habitent juste de l’autre côté de la rivière. Bien que toute visite au-delà du Nistru soit stressante et que nous devions perdre des heures pour passer la douane, nous ne pouvons pas éviter d’y aller chaque fois que nous en avons besoin », dit Alexei Sultan.

le foyer du Lycée de Holercani après la rénovation
le foyer du Lycée de Holercani après la rénovation

Malgré cela, les habitants du village affirment qu’ils vont souvent faire des achats de l’autre côté du Nistru. A Dubasari, les produits sont moins chers qu’à Holercani ou à Criuleni, voilà pourquoi, quand ils doivent faire de gros approvisionnements, ils préfèrent franchir la « douane » plutôt que d’aller à Criuleni ou à Chişinau. Les Moldaves vont à Dubasari acheter principalement du sucre et de la viande. Les habitants d’Holercani disent qu’ils achètent sur l’autre rive du Nistru même du bois de chauffe. Des camions chargés de bois traversent aussi chaque jour le Nistru pour venir dans les villages moldaves à la rencontre des clients. Le prix n’est pas beaucoup plus bas mais, quand même, la toute petite différence de prix incite les gens à acheter le bois de Transnistrie.

Les gens des deux rives du fleuve aspirent à la libre circulation dans la zone

Le maire du village nous dit que, malgré les tentatives entreprises par le régime politique de Transnistrie afin de séparer les deux rives du Nistru, les gens ne peuvent plus être hostiles entre eux. « Au cours du temps, nous avons compris que c’est seulement grâce à la collaboration et les échanges d’expérience que nous pouvons obtenir des résultats. Après tout, les politiciens vont et viennent, mais les gens restent avec leurs problèmes. Nous avons des parents et des amis au-delà du Nistru, et même si nous sommes dans une zone isolée, nous tâchons de nous développer », conclut Tudor Tanasev.

le foyer avant la rénovation
le foyer avant la rénovation

Dans la zone de sécurité, aux environs de Dubasari, les seuls signes évoquant le conflit transnistrien d’il y a vingt ans sont les postes de garde-frontières (moldave et transnistrien) et le char qui est à la « frontière ». Pour le reste, les gens s’efforcent d’oublier que les deux rives du fleuve se sont déchirées autrefois. Les habitants des villages situés sur le Nistru attendent de la part du gouvernement non seulement libre accès à l’Europe, mais aussi la possibilité d’aller chez eux, chez des parents ou amis sans devoir se soumettre à des procédures douanières imposées par les autorités autoproclamées de la capitale Tiraspol.

Article par repris sur le site http://www.timpul.md

Traduit pour www.moldavie.fr

Relecture : Didier Corne-Demajaux

Le 3 janvier 2012