Économie moldave : de la sortie de crise vers le développement

Auteur : Rustam Romaniuc. Master en Economie Appliquée, Université de Reims Champagne-Ardenne

Après la publication récente des prévisions économiques de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), qui annonce une croissance économique de 1,5% pour la République de Moldavie en 2010, on assiste а un consensus optimiste entre les politiciens moldaves et les partenaires stratégiques (FMI, UE, Etats-Unis). Le nouveau Gouvernement vient de sortir des chiffres deux fois plus grands que les prévisions de la BERD - soit +3 а +4% de croissance du PIB moldave en 2010.

Une première remarque critique quant aux prévisions des officiels moldaves est l’écart important de 1% dans leurs anticipations, ce qui représente environ 6 millions de dollars américains de produit intérieur brut. La deuxième remarque concerne les fondements de l’optimisme des réformateurs politiques de la Moldavie, parmi lesquels Valeriu Lazar (Ministre de l’Économie) et Veaceslav Negruta (Ministre des Finances), quant au succès des futures réformes qui s’inscrivent dans la nouvelle gouvernance économique : libéraliser l’activité entrepreneuriale, éliminer les monopoles et améliorer les relations avec les partenaires stratégiques, sont les mesures phares du nouveau gouvernement moldave.

Ce sont, en effet des mesures qui ont pour objectif final de soutenir l’activité économique et alimenter une dynamique nouvelle de destruction-créatrice (les anciennes entreprises peu efficaces cèdent la place aux nouvelles entreprises qui sont mieux adaptées à la nouvelle configuration du marché), dans la mesure où l’on envisage de supprimer les barrières à l’entrée sur quasiment tous les marchés intérieurs et laisser par conséquent libre accès à des nouveaux entrants qui doivent par nature être plus innovants que les anciennes entreprises. Ces réformes sont nécessaires et leur portée est significative mais elles sont influencées par le constat des politiciens que le pays est significativement en dessous de sa frontière de possibilité de production et donc que la croissance économique, dans ce cadre, peut se décréter. Les trois piliers de la nouvelle gouvernance économique sont : la déréglementation des marchés de l’économie réelle, la libéralisation des prix et la transparence à tous les échelons politiques. Mais plusieurs facteurs pourraient freiner la transition vers ce nouveau modèle économique favorable aux libertés économiques, politiques et sociales.

Sans nier la justesse de la position de la nouvelle élite politique, il paraît pourtant excessif de vouloir décréter le développement économique. Pour que les réformes prépares par les nouveaux entrepreneurs politiques fonctionnent, il faut que la culture qui les accueillit y soit prête, en plus, il faut savoir, comme l’a clairement indiqué l’économiste français F. Facchini, qu’un changement institutionnel est d’autant plus difficile à réaliser si les réformateurs doivent négocier avec les perdants de la réforme. Le risque (et c’est souvent ce qui se passe) c’est qu’au lieu de se retirer, l’État change simplement ses modalités d’intervention sur les réformes sous la pression des perdants. Ici on peut noter que certains analystes moldaves conseillent au Gouvernement de faire en sorte que les perdants des réformes représentent moins de la moitié de la population, calcul complexe …

Le deuxième facteur à prendre en compte par les nouveaux entrepreneurs politiques est que lever l’obstacle institutionnel est un préalable nécessaire mais non suffisant au développement. L’action humaine (l’entrepreneur) avec les opportunités de profit restent la condition suffisante à une transition vers le développement. Le dernier rapport de la Banque Mondiale, Doing Business 2010, classe la Moldavie 94e parmi 183 pays et pointe la faible diversification des exportations moldaves - 40% des exportations sont des produits agricoles. Les nouvelles règles commerciales pourraient représenter, dans ce cadre, une opportunité de profit pour les entrepreneurs “venus d’ailleurs”.

On peut conclure que les règles formelles du jeu incitent ou freinent la création de richesse mais la culture propre au peuple moldave et les groupes de pression sont des facteurs à prendre en compte dans le décret d’une nouvelle gouvernance politique et économique en Moldavie.