Rencontre avec Boris Focsa, Ministre de la Culture de la République de Moldavie

Article de Gilles Ribardière

Boris Focsa
Boris Focsa

Ce samedi, www.moldavie.fr a pu avoir un entretien exclusif avec Boris Focsa, Ministre de la Culture de la République de Moldavie, mais qui n’oublie pas son métier de base : metteur en scène ; du reste sa présence à Paris était liée à la présentation devant un large public de la diaspora moldave d’une des ses mises en scène : « Le Bal Masqué » de Mikhail Lermontov, par le théâtre « Luceafarul » dont il fut le directeur une dizaine d’année, avant ses fonctions de Ministre prises il y a 3 ans. De façon humoristique, le Ministre insiste sur son métier d’origine, rappelant que « Ministre » n’est qu’une fonction passagère au contraire de son métier de base avec lequel il maintient le contact, ne serait-ce qu’avec les cours qu’il donne le samedi à l’Académie.

Lors de son bref passage à Paris, le Ministre a pu avoir des entretiens avec les représentants de l’UNESCO et du Ministère français de la Culture, occasion pour lui d’inviter Madame Filipetti à Chisinau et de confirmer la mise en œuvre d’un programme de collaboration sur 4 ans.

Ce qui frappe dans les propos du Ministre, c’est la volonté de bâtir une stratégie sur le long terme, sachant que, selon lui, en prenant le portefeuille de la culture il y a 3 ans, il héritait d’un vide total géré selon les principes de la plus contraignante centralisation.

Sa démarche a donc consisté à construire une stratégie, couvrant tous les domaines de la culture. Ces trois ans lui ont permis de commencer à faire bouger les mentalités, sachant que selon ses propres termes « convaincre » a été la tâche la plus délicate. Il constate qu’il y des évolutions qui vont dans le bons sens… Mais, a-t-il rappelé, il faut passer de pratiques centralisatrices à des pratiques décentralisatrices.

Il estime qu’il a pu pendant ces 3 ans créer les conditions qui lui permettent à présent d’engager un plan de développement de la Culture jusqu’en 2020 : c’est la tâche qui l’occupe à présent.

Tous les domaines de la culture sont concernés : les arts, le patrimoine, l’enseignement.

Il associe les partenaires que sont les représentants des villes et districts dans le cadre d’un conseil qu’il a constitué auprès de lui, insistant sur sa démarche décentralisatrice.

On sent chez lui une volonté de s’inspirer des approches européennes de l’organisation de la culture. Du reste, s’agissant par exemple du cinéma, une équipe d’experts français est venue travailler avec leurs homologues moldaves.

S’il y a une volonté ferme d’introduire en Moldavie les expressions artistiques les plus actuelles, avec souhait d’échanges avec ce qui se passe au-delà des frontières, le Ministre est soucieux du respect des spécificités de son pays ; ainsi aux questions relatives à la diversité culturelle et à la protection du patrimoine, ses réponses sont nettes, sans ambiguïté.

Il y a plusieurs traditions culturelles qui cohabitent en Moldavie ; elles doivent être respectées.

Il y un patrimoine matériel à protéger et à cet effet il y un besoin de spécialistes de la restauration, ce qui est vu avec l’UNESCO ; il y a un patrimoine immatériel dont il faut empêcher la disparition. Le ministre insiste fortement sur cet aspect, en donnant l’exemple des chants de Noël pratiqués par les hommes, au sujet duquel un dossier est déposé auprès de l’UNESCO, citant aussi la tradition des fêtes de Saint-Georges.

A la question de la présence forte de la communauté juive dans le passé, Boris Focsa prévoit la création d’un musée de l’Holocauste, un lieu devant être trouvé pour l’accueillir ; en attendant une exposition au Musée National sera organisée.

De l’entretien avec le Ministre on doit retenir que, selon lui, lors de sa prise de fonction il a découvert un département ministériel bloqué dans une démarche totalement centralisatrice et en fait sans perspective ; on sent qu’il a dû batailler ferme contre la rigidité des attitudes.

Quant au public auquel il est donné à voir des expressions artistiques nouvelles, il note que le convaincre est difficile, mais petit à petit les mentalités changent. Aujourd’hui, on est à la croisée des chemins, c’est maintenant qu’un saut doit se faire.

Ma dernière question l’a été à l’homme de théâtre : est-ce que les difficultés économiques ont un effet négatif sur la fréquentation du public ? Sa réponse fut formelle : NON !

L’auteur de l’article remercie à Valentina Cirstea pour son intervention et facilitation linguistique de cet entretien.

Le 20 février 2013