« Chisinau 2012 » : la Moldavie au cœur de la francophonie

Communiqué
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Après plusieurs tentatives, la Roumanie est devenue le premier pays européen en dehors de la France à accueillir au mois de septembre 2006 le Sommet de la Francophonie, qui regroupe 63 Etats et gouvernements. Bucarest, par son poids démographique (22 millions d’habitants) et son attachement de longue date à la langue française, a pu réussir cette mission, avant de rentrer au sein de l’UE en janvier prochain.

Après plusieurs tentatives, la Roumanie est devenue le premier pays européen en dehors de la France à accueillir au mois de septembre 2006 le Sommet de la Francophonie, qui regroupe 63 Etats et gouvernements. Bucarest, par son poids démographique (22 millions d’habitants) et son attachement de longue date à la langue française, a pu réussir cette mission, avant de rentrer au sein de l’UE en janvier prochain.

Tout comme la Roumanie, la Moldavie fait partie de cette « francophonie balkanique ». L’Albanie, l’ex-Yougoslavie et la Bulgarie en font également partie à des degrés divers, mais à un niveau moindre que les « Latins orientaux » de Roumanie et de Moldavie. Comme tous ces pays, la Moldavie entend devenir membre de l’Union Européenne.

L’adhésion au mouvement francophone ne se réduit pas à sa seule dimension linguistique. Si la langue a constitué l’origine du regroupement, la francophonie a pris aujourd’hui une dimension politique : promotion de la démocratie, des droits de l’Homme et de la diversité culturelle, appui à l’éducation, la formation et la recherche, ou encore renforcement de la coopération au service du développement durable et de la solidarité.
En un mot, la francophonie peut donc être mise au service des réformes politiques et économiques que doit faire la Moldavie pour s’intégrer à l’UE.

Légitimité et atouts de « Chisinau 2012 »

Tout d’abord, soulignons que la candidature moldave est légitime, au vu du nombre d’élèves et d’étudiants apprenant le français. En proportion, Chisinau dispose même du taux le plus élevé de l’Europe Centrale et Orientale. Cet élément est essentiel puisqu’une « base populaire » peut soutenir la candidature.

Chisinau peut en outre faire valoir sa richesse culturelle. La Moldavie est en effet à la croisée de trois histoires de la francophonie. La première vient avec l’empire Ottoman puisque les Phanariotes, familles de riches grecs qui ont dirigé la principauté de Moldavie, s’exprimant souvent dans cette langue. La deuxième vient de la Bessarabie, puisque la cour impériale de Saint-Pétersbourg s’exprimait elle-aussi en français ; Pouchkine lui-même était surnommé « le français » au lycée pour sa maîtrise de la langue. La troisième, peut-être la plus notable, est la francophonie roumaine : elle a été plus massive que celle des autres pays d’Europe Centrale et Orientale. Cette influence se ressent profondément dans la langue roumaine. Symétriquement, les Roumains ont une place importante dans la culture francophone, de Mircea Eliade à Eugène Ionesco.

Le principal atout de « Chisinau 2012 » est peut-être ici : être le pays latin et francophone qui ouvre le dialogue avec les aires linguistiques turcophone et russophone. La Francophonie a recherché des coopérations auprès des représentants des lusophones (portugais), des hispanophones (espagnol) et des arabophones. En un mot, la candidature moldave doit ainsi s’appuyer sur la plus grande richesse du pays : ses habitants.

Consolider la perspective « Chisinau 2012 »

La candidature de Chisinau peut être consolidée de plusieurs manières.

Tout d’abord, l’Etat a pleinement son rôle à jouer en la matière. Il doit se montrer le plus exemplaire possible en matière de démocratisation et de droits de l’Homme. En outre, c’est à la diplomatie moldave d’opérer un rapprochement avec les pays et les institutions francophones. A ce titre, il serait sans doute nécessaire de créer un poste de « secrétaire d’Etat à la francophonie » comme il en existe à Bucarest, ce qui donnera une visibilité à la candidature moldave. Enfin, les institutions de l’Etat peuvent montrer leur attachement à la francophonie en traduisant en français une partie des sites officiels - ce que fait la Roumanie.

Ensuite, la réelle force du projet doit venir de la société civile. Il convient d’associer au projet non seulement les milieux académiques, mais également les milieux économiques, ainsi que les réseaux de « coopération décentralisée » entre la Moldavie et les pays francophones.

Enfin, l’éducation a également son rôle à jouer. Il n’y aura pas de véritable fête populaire sans les élèves et les professeurs, qui sont les premiers concernés par l’apprentissage du français. Au-delà, il est sans doute nécessaire de doter l’université moldave d’une « Chaire Senghor », telle qu’elles existent à Hanoï (Vietnam), Beyrouth (Liban), Lyon (France) ou Montréal (Canada).

L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare. La Moldavie a donc tout à gagner en participant à la construction de ce que le sociologue français Dominique Wolton appelle la « francosphère », c’est-à-dire cet espace francophone solidaire et tourné vers l’avenir. Le Sommet de 2012 pourrait alors être une consécration pour la Moldavie comme pour la Francophonie.

Florent Parmentier est doctorant à l’Institut d’études politiques de Paris. Il co-dirige également le portail francophone de la Moldavie (www.moldavie.fr), qui dispose d’un forum « Chisinau 2012 » (www.moldavie.fr/forum/).