Un artiste messianique en Moldavie

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Ghenadie Sontu
Ghenadie Sontu

Ghenadie Sontu, né à Balti en 1979, est un talentueux peintre contemporain moldave.

C’est un « artiste messianique », travaillant dans un style réaliste. Il focalise ses peintures et ses recherches en philosophie sur des thèmes socio-politiques, judaïques et bibliques. Ghenadie est « un collectionneur d’images d’enfants", en présentant une série de portraits d’enfants avec des noms de la généalogie biblique, tels que « Adam », « Abraham », « Joseph », « David », « Deborah », etc., personnalités dont les identités ont eu un fort impact dans l’histoire de l’humanité ! Il est intéresse par la crise identitaire de la société moderne et donne à ses peintures une intégrité indiscutable.

Ghenadie Sontu est également le président de l’Association des jeunes intellectuels « ARS DOR » qui est l’une des ONG les plus actives dans le domaine culturel en Moldavie. Diplômé de l’Académie des Beaux-arts et du Collège Invisible de Moldavie (Laboratoire d’anthropologie, de Culture et de Philosophie), il est curateur et directeur des nombreux projets internationaux culturels et sociaux, d’expositions, de camps d’été, il assure des conférences et s’engage dans des campagnes de charité.

Ha Massiah
Ha Massiah
  • A quel âge as-tu commence à peindre ?

G.S. Si je compare avec mes enfants qui depuis tout petits peignent tous les murs de notre logement, moi, je n’étais pas initie à la peinture â leur âge !

  • Y a-t-il des peintres dans ta famille ?

G.S. Je suis le premier dans notre famille, mais je crois que génétiquement j’ai pris ça de mon père qui avait des aptitudes en ingénierie et en mathématiques. J’ai vu quelques œuvres faites par lui qui ont été conservées.

Madonna
Madonna


- Est-ce une capacité naturelle - un don de Dieu - ou as-tu beaucoup travaillé pour arriver, professionnellement, à ce niveau-là ?

G.S.Chaque métier demande beaucoup de travail. Dieu nous donne la vie pour une raison quelconque. Tu travailles comme un engagement. Une expérience immense m’a été donnée par les études au Collège Invisible de Soros ou j’ai passé 2 années.

J’ai eu la chance d’avoir les meilleurs peintres comme professeurs. Ils venaient de Paris, de Berlin pour nous apprendre des choses qu’ils avaient apprises durant des années.

  • Quelle personnalité t’a plus particulièrement marqué durant tes études ?

G.S. Au chapitre des personnalités, pas seulement en art, mais en plusieurs domaines, j’ai été marqué par des personnalités comme Rembrandt, Richard Wurmbrand qui en 2009 a été considéré comme le plus célèbre Roumain dans le monde. Je crois que chaque période a eu ses leaders. Cioran, par exemple, m’a impressionné avec sa doctrine orientale.

Mais la plus grande influence sur moi a été celle de Dieu. Vers mes 20 ans, j’ai eu une véritable révélation, j’ai eu une vision de la Divinité et je crois que c’est par sa volonté que je peins. Dieu nous donne la vie pour suivre un but principal, ainsi que d’autres, complémentaires.

Ma mission est Intégrité + Identité + Cœur = Impact. S’agissant du caractère d’une personne, l’intégrité signifie qu’elle est d’une probité, d’une honnêteté irréprochable, qu’elle ne se laisse pas corrompre, qu’il y a en elle absence de mauvaises intentions.

Le concept d’identité désigne à la fois ce qui est propre à l’individu et ce qui le singularise, ce qui le distingue de « l’autre ».

Le cœur est un symbole pour représenter le centre (le cœur) de l’activité émotionnelle, spirituelle, morale ou intellectuelle de l’être humain.

Et si j’ai toutes ses trois composantes, je peux finaliser ma mission.

  • Tu as plusieurs fonctions - directeur de l’Association ARS DOR, peintre, coordonnateur de différents projets. Comment ces fonctions « s’entendent-elles » et où se situe l’homme - Ghenadie Sontu ?
David face à Goliath
David face à Goliath

G.S. C’est plus simple de rester soi-même dans les différents domaines, si on planifie les activités sur une longue période. Travailler dans plusieurs domaines est tout de même perturbant. Moi, je travaille surtout dans le domaine culturel et en plus je gère quelques organisations. A travers ces organisations, je réussis à aider d’autres gens de différents domaines, en particulier ceux du domaine culturel, social et artistique. En tant que président de l’association « ARS DOR », avec mes collègues, nous avons créé un réseau et ensemble nous réalisons plusieurs projets sociaux pour les enfants des orphelinats de Chisinau. Autrement, ce serait très difficile d’atteindre nos objectifs.

J’aimerais changer le monde en commençant par moi-même, parce qu’on ne peut pas avoir un effet sur l’autre si soi-même on ne veut pas changer. Si tu veux avoir une influence sur l’extérieur, il faut d’abord te transformer toi-même.

Les émotions remplissent le cœur, entrent dans notre esprit, se traduisent en paroles et ensuite en faits. A vrai dire, c’est la personne et elle seule qui peut modeler son caractère. Sincèrement, je veux bien réussir à faire plusieurs choses, mais en principe, je me suis rendu compte qu’il faut travailler sur 1 ou 2 domaines au maximum.

Finalement, le plus important rôle dans ma vie, dans mon activité, il se joue dans ma famille qui est comme un fondement pour moi. J’ai eu des projets où j’ai impliqué 3000, 1000, 100 enfants et ça me paraît si facile ! Maintenant je n’ai que deux enfants et je ne peux pas me débrouiller !

  • Tu as eu beaucoup de prix dans ta carrière. Que signifie un prix pour toi ?

G.S.Pour moi, les prix ne signifient rien. Ils sont juste des papiers, des objets. Dans la période soviétique, pour chaque mérite on donnait des diplômes. Ma grand-mère disait que les officiels leur disaient des mensonges avec ça. Mon principe n’est pas ce que j’ai reçu, mais ce que les gens ont reçu de ma part.

  • Quels sont les principes artistiques qui te semblent importants en tant que peintre. Quel message veux-tu transmettre à travers tes œuvres ?
Moses
Moses

G.S. J’aimerais que le message de mes œuvres atteigne les gens. Les gens peuvent changer quelque chose, s’ils changent eux-mêmes, s’ils changent leur communauté, leur ville, leur famille. Mon domaine est l’espace en deux dimensions. Les gens reçoivent toujours un message quand ils regardent une image. Une image a une immense puissance et moi j’ai compris ça. C’est pour ça que j’ai décidé d’offrir des images. J’ai commence avec des modèles représentants des « leaders ». J’ai une série sur laquelle je travaille depuis plusieurs années et je crois que dans le futur immédiat je vais la finir. C’est une série biblique avec des enfants qui ont des noms bibliques : Adam, Abraham, Joseph, David, Deborah, etc.

Quand j’ai créé David, par exemple, j’ai montré une personne, même si elle est encore inachevée. Aujourd’hui, quand les gens se perdent en se transformant en robots, cette image est très actuelle. On peut obtenir le résultat recherché, si on assemble la personnalité, l’intégrité et le cœur, dans une figure ne dépassant pas un certain âge : ce sera donc dans l’image d’enfants qu’on l’obtiendra.

Moi, je crois que chacun d’entre nous peut apprendre quelque chose de ces personnages bibliques qui, aujourd’hui, peuvent servir d’exemples à suivre - parce que beaucoup de ces personnes ont changé le cours de l’histoire et pour toujours ont laissé leur marque dans l’histoire. En même temps, nous ne devons pas oublier que d’abord, tous ces personnages historiques ont été des enfants et c’est dans cette période de leur vie qu’on doit chercher le secret de leurs réalisations d’adultes, ou au contraire leurs chutes.

Ma galerie est composée de portraits de ces héros en tant qu’enfants dont on voit les traits de caractère qui ont fait leur identité d’adultes, dont on perçoit l’intégrité de caractère, le dévouement à la tâche.

  • L’œuvre d’un peintre doit toujours refléter la réalité de son existence, c’est-à-dire de rester ancrée dans la période qu’elle représente ?

G.S. Cela n’a pas d’importance pour moi. Mon but est de toucher les âmes des gens.

  • Qu’est-ce que tu aimes le plus - peindre des paysages, des portraits, des natures mortes ?

G.S. J’ai plusieurs séries. Les portraits sont mon travail de base. Pour moi, les paysages, c’est juste pour entraîner ma main. J’ai 7 personnages bibliques en vue d’une série qui en comprendra 12. Quand j’aurai fini cette série, je passerai à un autre thème.

  • Les personnages de tes peintures sont-ils des personnages réels ou imaginaires ?

G.S. Mes personnages sont toujours des modèles réels. Par exemple, j’ai un modèle de leader dans ma tête, qui n’est pas formé encore comme leader car c’est un enfant. Je suis à la recherche de ce modèle pendant une longue période et quand je le trouve je m’en occupe. Quand je vais à l’orphelinat, je suis toujours à la recherche de mes personnages.

  • Quelle est ta source d’inspiration ?

G.S. Dieu est ma source d’inspiration, ainsi que le désir de changer le monde. C’est à l’orphelinat que j’ai trouvé de nombreuses images pour mes portraits. La vie des enfants dans un pensionnat est différente de la vie des enfants qui grandissent dans des familles. Très souvent, les enfants qui grandissent sans parents, ne jouissent pas assez d’attention, de soins, de chaleur, et parfois ils n’ont pas même les biens de base sur le plan matériel - « le pain quotidien ».

C’est pourquoi on ressent une tristesse en regardant les nombreuses images d’enfants et certains d’entre eux tiennent une cuillère - comme un signe de détresse, comme un appel à l’aide. Ces œuvres de l’artiste attirent l’attention sur les problèmes de ces enfants. Comme tous les enfants d’aujourd’hui, ils vont devenir membres de la société dans quelques années. Il ne faut pas ignorer les problèmes des enfants parce qu’ils peuvent devenir de graves problèmes sociaux dans l’avenir.

  • Quelle est l’œuvre qui te semble la plus importante, la plus proche de toi ?

G.S. Tous mes œuvres sont importantes pour moi. En effet, quand une de mes œuvres est achetée, j’ai le même sentiment que si j’envoyais les enfants à l’école. Je regarde ça de ce point de vue. Elles ne m’appartiennent pas. C’est un principe de continuité. Le tableau doit parvenir dans différentes galeries, il doit atteindre son but.

Mes peintures ne sont pas pour les bureaux. Je ne fais pas de l’art commercial. Parfois, je refuse de vendre une œuvre. Il y a des personnes qui pensent qu’ils peuvent acheter tout dans ce monde. Ils peuvent le faire, mais ça ne concerne pas l’art. Une image a une autre échelle de valeurs. J’étudie attentivement l’acheteur. Je veux bien être sûr que mes œuvres soient dans de bonnes mains.

  • Lorsque tu commences une toile, as-tu une idée précise de l’aboutissement souhaité ? Reviens-tu sur un tableau ou il est prêt d’un coup ?

G.S. J’ai une bonne idée de ce que je veux obtenir mais je n’ai en aucun cas « la toile dans la tête ». Par exemple, j’ai un tableau messianique qui a plusieurs messages possibles. Il représente le Messie quelques heures avant d’être arrêté. Il est très grand. J’y ai travaille plus d’un an.

  • Pour organiser une exposition il est important de connaître tous les supports de communication, savoir cibler et communiquer. Tu as eu la chance de faire des expos. As-tu bénéficié d’aide ou toi tu t’en charges personnellement ?

G.S. Moi-même, j’organise mes expositions.

  • Merci beaucoup, Ghenadie, pour cette interview.

Interview réalisée et traduite par Liliana Anghel.