Traditions architectoniques : architecture rurale

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Se développant le long des siècles, l’architecture rurale s’est appropriée toute une diversité de traditions de construction et d’exploitation des édifices d’une typologie très variée. Situés d’habitude sur une colline ou bien dans la vallée d’une rivière, les villages moldaves créent, à la première vue, l’impression d’un arrangement chaotique qui semble inexplicable et indéfinissable du point de vue de la logique. La réalité est toutefois autre : chaque village a une position optimale, ses fondateurs ayant pris en considération tous les critères possibles, y compris ceux du relief et de la proximité des voies de communication.

La cour paysanne

La cour paysanne constitue un ensemble intégral dans l’architecture populaire. La porte cochère en bois, formée de deux ou même trois sections situées entre des colonnes ou piliers, est décorée de divers ornements géométriques et de figures stylisées (soleil, arbre, fleurs et d’autres motifs) que l’on retrouve aussi sur les tapis et les autres tissus traditionnels artisanaux. La porte cochère traditionnelle est couverte d’une sorte de toit étroit censé protéger le matériel constitutif.

La maison rustique est généralement placée dans la profondeur de la cour. La maison à un niveau occupe une place à part dans la diversité de constructions bâties par les Moldaves le long des siècles. Adaptée aux particularités du terrain, aux conditions géographiques et au mode de vie des paysans, la maison à un niveau se distingue par une série de traits. Elle comporte d’habitude trois pièces - l’entrée, la chambre à coucher commune qui servait aussi de salle à manger et casa mare, soit « la grande pièce » où l’on recevait les hôtes. Ainsi donc, l’habitation paysanne traditionnelle forme un ensemble qui se réduit strictement au nécessaire, mais qui est absolument fonctionnelle. L’intérieur de la maison est orné de tapis de divers formes, couleurs et dimensions. L’extérieur est décoré d’ornements peints et sculptés, l’ornement principal étant placé sur le fronton des toits et sur les façades.

Des constructions fragiles

A cause de la fragilité des matériaux de construction utilisés, les habitations paysannes antérieures au XVIIe siècle ont malheureusement disparu sans laisser des traces.

La maison à un niveau avec terrasse est la forme la plus intéressante et la plus originale d’habitation caractérisant les XVII - XVIIIes siècles. Ce type de maisons peut être trouvé partout en Moldavie. La terrasse est située sur un socle en pierre servant de support pour quatre, six ou huit colonnes ou piliers qui soutiennent le toit. En été, la terrasse protège l’entrée contre les rayons du soleil, tandis qu’en hiver - contre le froid et la neige.

D’habitude, sur la terrasse il y avait des lits ou l’on dormait en été, y compris des lits en bois. La terrasse complétait l’espace habitable de la maison, établissant en même temps un lien permanent entre la maison et la cour, ainsi qu’entre l’homme et la nature. Les constructeurs prêtaient une attention particulière à la forme et à l’aspect de la terrasse, la décorant de colonnes et de corniches en bois et en pierre. Les colonnes ou les piliers sont riches en ornements, ayant sur la cime des chapiteaux stylisés qui ont des affinités avec certaines versions simplifiées des chapiteaux ioniens.

Photo Isabelle Lévy
Photo Isabelle Lévy
Pari(s)Moldavie

A la fin du XVIIIe - début du XIXe siècles, les maisons en pierre et en brique, parfois en bois, construites par des marchands, marquèrent le passage de la maison paysanne à la maison bourgeoise, à un niveau, elle -aussi.

La maison bourgeoise évoluée se distingue du type précédent par ses dimensions et par l’aspect de la façade en pierre. Souvent, elle se ressemblait aux célèbres manoirs, une sorte de maisons fortifiées. Ce type de maisons à un étage comprenait au rez-de-chaussée un débarras dépourvu de fenêtres. Les fenêtres du premier étage étaient grillagées pour des raisons de sécurité.

La construction des complexes agro-industriels gigantesques au cours des années 1970-1980 a sérieusement affecté l’image des villages moldaves, car les problèmes édilitaires étaient surtout résolus suivant des méthodes standardisées, sans tenir compte des particularités de l’architecture rustique. Heureusement, malgré tout, le paysage architectonique des villages moldaves reste impressionnant.

L’architecture rurale contemporaine

De nos jours encore, dans les villages moldaves, les jeunes couples suivent la tradition séculaire de faire construire des maisons qui sont toutes de véritables pièces de l’art architectonique. Le plan de la maison est le plus souvent le fruit de l’imagination des futurs maîtres. Les travaux de construction sont effectués par des gens du village - d’habitude des parents et des proches qui, sans être des constructeurs, érigent des maisons résistantes et jolies. Notons que quant au nombre de pièces, la tradition n’est plus respectée - dans les maisons à un et même à deux niveaux on se perd dans le labyrinthe de pièces dont le nombre n’est toujours motivé. D’autre part, comme jadis, une pièce indispensable est casa mare, la grande pièce, destinée à accueillir des hôtes.

Photo Isabelle Lévy
Photo Isabelle Lévy
Pari(s)Moldavie

La maison rustique reste inconcevable sans une cave ou l’on garde quelques tonneaux avec du très bon vin, ainsi que toute une diversité de conserves préparées par la maîtresse de la maison.