Les traditions de l’architecture rurale en Moldavie

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Les villages moldaves offrent des perspectives d’aspect vraiment pittoresques et variées. Situés d’habitude sur les pentes ou aux cimes des collines, mais aussi dans les vallées des rivières, les bâtisses rurales laissent au début l’impression d’un arrangement laissé au hasard qui, en apparence, ne peut pas être logiquement expliqué, ni défini. Mais la réalité est toute à fait différente : chaque village a trouvé son emplacement optimal, compte tenu du relief, ainsi que de la voirie.

La cour paysanne peut être considérée comme un tout, un ensemble systémique d’architecture populaire comprenant plusieurs éléments qui ont, en plus de leur valeur fonctionnelle, une valeur artistique et ethnographique aussi. Ceci est valable pour la maison, la cave, les annexes, mais aussi le puits pourtant un peu à l’écart.

La porte cochère est un élément distinctif et significatif de la cour paysanne. Elle est d’habitude en bois, formée de deux ou trois battants eux-mêmes fixés entre des colonnes ou piliers. Cette porte est généralement couverte d’ornements géométriques taillés ou perforés mettant en évidence les parties qui composent l’ensemble, ce qui aurait une portée apotropaïque selon des croyances archaïques. Les piliers quant à eux soutiennent un toit étroit qui protège la porte cochère. Le soleil, l’arbre de vie, ou encore des fleurs, des éléments losangés, aux côtés d’autres motifs souvent comparables à ceux utilisés pour les ornements des tapis et des tissus traditionnels artisanaux, décorent ces portes cochères. De nos jours, ces portes sont plutôt métalliques et sont faites de matériaux modernes, mais, sans égard au matériel utilisé, elles sont néanmoins parfois décorées d’ornements traditionnels.

La maison rustique est généralement située au fond de la cour paysanne. Cette maison d’un seul niveau occupe une place à part dans la diversité des constructions bâties par les Moldaves au cours des siècles. Ce type de maisons peut être trouvé partout en Moldavie. Adaptée aux particularités du terrain, aux conditions géographiques et au mode de vie des paysans, la maison à un niveau se distingue par certains traits. Ainsi, elle comporte traditionnellement trois pièces : l’entrée (tinda), la chambre à coucher et la casa mare, c’est-à-dire une pièce destinée à recevoir les hôtes.

La demeure paysanne traditionnelle représente un ensemble complet, réduit à ce qui est strictement nécessaire, mais extrêmement fonctionnel. L’intérieur de la maison est orné de divers types de tapis tissés à la main et de rideaux également artisanaux. L’extérieur des maisons est décoré d’ornements peints et sculptés, l’essentiel se trouvant sur les pignons des toitures et sur les façades principales. Les murs extérieurs, comme ceux intérieurs, étaient blanchis à la chaux.

L’élément essentiel de la façade des maisons paysannes est la prispa. Il s’agit d’un socle proéminent qui n’est pas très haut, servant de support pour les quatre, six ou huit piliers qui soutiennent le toit. C’est grâce à cette prispa qu’en été l’entrée de la maison est protégée contre les rayons torrides du soleil et, en hiver, contre le froid et la neige. En été, la prispa complétait l’espace habitable de la maison, on y installait des lits, souvent en bois, où l’on dormait au frais. En plus, cette partie de la maison assurait un lien permanent entre la maison et la cour, ainsi qu’entre l’homme et la nature.

Les colonnes et les piliers de la façade sont richement ornés, avec au sommet des chapiteaux stylisés déclinés sur l’ordre architectural dit ionique.
Le toit des maisons d’autrefois se distingue des toits contemporains. Jadis, les maisons étaient couvertes de matériaux locaux, comme le chaume, les tiges de roseau, désormais remplacés par le bardage, la tuile, l’ardoise ou la tuile en zinc.

Traditionnellement, les toitures étaient à deux pentes et avaient une ligne de crête ornée. Les pignons étaient également richement mis en valeur. En général, le décor met en évidence les éléments de l’architecture, marquant une rythmique symétrique, harmonieuse et équilibrée. Ces éléments constitutifs du décor sont d’habitude vivement colorés.

De nos jours, les deux tiers des maisons moldaves ont des toits à quatre pentes, ce modèle s’étant imposé particulièrement bien en Moldavie. La toiture à deux pentes caractérise aujourd’hui plutôt les bâtiments secondaires, comme les étables et les hangars. S’agissant du toit toujours, on observera que la tuile métallique, très résistante et agréable d’aspect, est assez fréquemment utilisée.

Par ailleurs, la cave et les annexes sont des éléments indispensables à toute cour paysanne. En effet, rares sont les paysans moldaves qui ne produisent pas leur propre vin qu’ils conservent alors dans des tonneaux de chêne dans leurs caves. Le plus souvent creusées dans le sous-sol des maisons, elles ont une profondeur de quelques mètres et servent aussi à conserver des produits alimentaires comme les fruits et légumes en saumure, les bocaux mais aussi les légumes frais.

Sur le plan architectural, les tendances actuelles ont oublié les traditions d’antan. A présent, les habitants des villages moldaves construisent de grandes maisons à étages où peu des choses évoquent les traditions populaires.

Mais, aux côtés de ces demeures imposantes, pareilles à des palais, on voit encore des petits bijoux d’architecture, tout juste à l’image de la description ci-dessus.

Des grands-mères aux mains laborieuses s’appliquent encore à blanchir à la chaux, comme dans leur jeunesse, les murs de leur maison dont l’intérieur est fait de vraies pièces de musée. Des chambres qui ne sont pas spacieuses mais confortables et décorées de tapis faisant partie de la dot de la maîtresse de maison, elles accueillent toujours le visiteur dans une ambiance éternellement chaleureuse.