Le peintre Auguste Baillayre, « un étranger parmi toutes et tous »

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Auguste Baillayre
Auguste Baillayre

Une des plus marquantes figures de l’art plastique de la Bessarabie d’entre-guerres, Auguste Baillayre, a été dans la période 1918-1940 une des plus distinguées personnalités artistiques de l’époque. Le peintre se distinguait par la modernité de sa vision et le raffinement de son style, par l’énergie chromatique et l’exactitude des lignes.

Originaire de France, Auguste Baillayre a créé ses plus importantes œuvres en Moldavie. Il nous a légué un héritage artistique très complexe qui reflète ses préoccupations en matière de peinture de chevalet, graphique et scénographie.
Auguste Baillayre s’est formé comme peintre parmi de grandes personnalités de l’avant-garde artistique européenne, telle que P. Picasso, A. Renoir, H. Matisse, M.Chagall, V. Maiakovski, les frères Burliuk ou M. Larionov, et d’autres.

Auguste Baillayre est né en 1879 à Vernet-les-Bains, en France (Pyrénées orientales) où il a passé son enfance (1879-1885). Puis, après avoir passé son adolescence en Géorgie (1885-1898), il a fait ses études aux Académies des beaux-arts d’Amsterdam (1902) et de Saint-Pétersbourg (1907). En 1913, il devient diplômé de la Faculté de Lettres de l’Université de Grenoble.

Personnalité d’une vaste culture et collectionneur raffiné, dans sa qualité de professeur à l’Ecole des beaux-arts de Chişinău (1919-1940), Auguste Baillayre a guidé toute une pléiade d’artistes qui ont ultérieurement formé l’élite de la peinture nationale moldave. Il avait des relations particulières d’amitié avec le remarquable artiste moldave Alexandru Plămădeală, tous les deux étant les fondateurs de la Société de beaux-arts de Bessarabie (1921), ainsi que de la première pinacothèque municipale inaugurée le 28 novembre 1939, dont le successeur est le Musée National d’Arts de Moldavie.

L’œuvre de Baillayre peut être distinctement divisé en trois étapes qui coïncident avec les années de son séjour aux Pays Bas (1899-1918), en Bessarabie (1918-1943) et en Roumanie (à partir de l’an 1943 jusqu’à son décès le 16 décembre 1961) et exprime son penchant pour le constructivisme, l’impressionnisme et le post-modernisme.

Plusieurs de ses toiles sont conservées au Musée National d’Arts de Chişinău, dont il a été le premier directeur en 1939.

La destinée artistique de cette personnalité préfigure d’une certaine façon la trajectoire du créateur-nomade contemporain. Le professeur et l’artiste Auguste Baillayre a toujours été en première ligne, malgré le fait que la dernière période de sa vie ait été assombrie par l’auto-exil à Bucarest où il s’est éteint presque en anonymat. Or, le long de sa vie, il se sentait souvent un étranger : « Je me suis détaché des miens, mais je ne me suis pas attaché à d’autres » - voici la devise la plus fidèle de ma vie. En Russie, on me considérait Français, en Hollande – Russe. En Roumanie, je suis redevenu Français. Bref, un étranger parmi toutes et tous. Ne serait-ce pour cette raison que mon œuvre de 25 ans, créé en Bessarabie, n’a pas trouvé sa place dans la monographie « L’art dans la République Soviétique Socialiste Moldave » ? En Roumanie, non plus, je n’ai pas laissé de traces », disait l’artiste dans un document conservé dans les archives.

Après la mort de l’artiste, sa collection d’art constituée de 342 œuvres, aux côtés de ses archives, ont été léguées au Musée National d’Arts de Chişinău et, respectivement, aux Archives Nationales, tandis que sa bibliothèque – à l’Académie des Sciences de Moldavie. Cette donation importante comprenait des œuvres d’Auguste Baillayre, de Teodor Kiriacoff, de Natalia Bragalia, de Maia Starcevscaia, de Gheorghe Ceglacoff et de beaucoup d’autres artistes notoires.