La tonnellerie : un art ou un métier ?

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Un métier très populaire en Moldavie jadis, la tonnellerie n’a plus l’ampleur d’autrefois et ne persiste que grâce à l’enthousiasme des vieux tonneliers.

La tonnellerie est un métier ancien qui est de moins en moins pratiqué en Moldavie. Grigori Şişchin de Lozova est un des tonneliers à qui on doit la perpétuation dans notre pays de ce métier qu’il pratique depuis son enfance. « Ce fut ma destinée, mon corps et âme se sont dédiés à la tonnellerie. Il y a des moments quand je pense y renoncer, mais je ne peux pas le faire. Je crois que je n’abandonnerais la tonnellerie que si, Dieu m’en garde, je tombe malade », dit Grigore Şişchin, l’un des rares tonneliers de Moldavie.

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Un homme de haute taille, aux cheveux grisâtres, diligent et radieux, Grigore Şişchin besognent toute la journée dans la cour de sa maison. Il travaille le bois, effectue le cintrage à chaud, puis expose le tonneau à un processus d’humidification. C’est un travail très difficile et exténuant, mais, à ses 65 ans, l’artisan ne cesse pas de faire ce qu’il sait faire le mieux - des tonneaux.

Un métier hérité des ancêtres

Grigore raconte que, quand il était petit, son père, avant d’aller au travail le matin, lui laissait quelques douelles à raboter. C’est ainsi qu’il a commencé à faire les premiers fûts. L’amour pour ce métier a donc été transmis de père en fils. D’ailleurs, son arrière- grand-père est venu à Lozova en 1890. «  La tradition de faire des tonneaux prend ses racines chez mon arrière-grand-père. Il est venu de Russie. Au début, il a travaillé comme forestier, mais avec le temps il a appris à faire des fûts. Ensuite, ses enfants ont eux-aussi appris ce métier qu’ils ont transmis à leurs descendants  », raconte le tonnelier.

Ses grands-parents ont appris à d’autres villageois à faire des fûts. A une époque, il y avait plus de 300 tonneliers à Lozova. Ils vendaient leurs fûts dans tout le pays.

« Si tu veux faire quelque chose et si tu aimes le travail, alors tu réussiras »

Le tonnelier n’a plus la force d’autrefois, mais il continue à faire des fûts. Il se souvient avec nostalgie du temps quand il pouvait faire quatre tonneaux par semaine et une vingtaine – par mois. Mais, malgré le fardeau de son âge, il n’abandonne pas son métier qui exige du talent et du désir de travailler à la fois.

La qualité de ses fûts le distingue d’autres tonneliers. « Si le cintrage n’est pas bien fait, les douelles peuvent se courber ou craquer. Moi, je fais de mon mieux pour que le fût soit de bonne qualité, de façon qu’on puisse l’utiliser une longue période et que je sois content de mon travail  », explique Grigore.

Plus le fût est petit, plus il coûte cher

« Si le tonneau est grand, chaque litre de son volume coûte trois lei, s’il est petit, un litre de capacité peut coûter dix lei. C’est plus cher, car la fabrication d’un petit tonneau demande plus de temps », dit l’artisan.

Grigore Şişchin garde encore deux fûts de 500 litres qu’il a confectionnés il y a 40 ans. Selon lui, un fût peut servir de quarante à cent ans, en fonction de la façon dont on l’entretient. En plus, un fût bien entretenu permet de conserver la saveur du vin.

Evghenia Şişchin, la femme du tonnelier, considère qu’il est temps que Grigore renonce à son métier, parce qu’il est malade et a subi plusieurs interventions chirurgicales. Mais, vu que l’artisan ne peut pas le faire, Evghenia est à côté de lui pour l’aider quand il a besoin de son coup de main.

Les fûts en bois sont remplacés par ceux en inox

Aujourd’hui, on achète de moins en moins de tonneaux en bois, car on préfère utiliser ceux en acier inoxydable. Mais le goût du vin élevé dans un tonneau en bois ne se compare pas à celui qu’on a élevé dans un récipient en inox.

« Le vin respire à travers les douelles en bois, prenant un goût plus intense, à la différence du vin élevé dans l’inox. Le vin blanc, il faut le mettre dans un fût de bois d’acacia ou de frêne, parce que ces arbres ne contiennent pas d’iode. Quant au vin rouge ou le cognac, il faut les mettre dans des tonneaux de chêne », suggère le tonnelier.

Outre le fait que la demande de fûts de bois a baissé, on cherche de moins en moins des fûts de grande capacité. Tandis qu’autrefois on cherchait surtout de grands tonneaux de 500 litres, maintenant on achète d’habitude des tonneaux de 150-200 litres.

La tonnellerie, en voie de disparition

« A Lozova, il ne reste que quelques tonneliers. Ce qui est le plus inquiétant, c’est que les jeunes ne s’intéressent pas à ce métier, le considérant comme trop compliqué. Ceux qui continuent à pratiquer ce métier dans le village ont mon âge. C’est un travail difficile. Il faut rester dans la fumée, travailler le bois. Un boulot très méticuleux  », explique Grigore. Il a un fils qui travaille en Russie. Pour l’instant, la tonnellerie ne l’intéresse pas, mais Grigore espère qu’il suivra quand même son chemin : « Mon fils est mécanicien, il a un bon et stable travail. Mais il rentrera peut-être un jour dans le village et s’adonnera à ce métier  ».

D’après un article de Veronica Tabureanu repris sur le portail https://www.zdg.md/editia-print/oameni/dogaritul-arta-sau-meserie

Traduit pour www.moldavie.fr

Le 30 août 2017