Hora satului - la ronde du village

Jadis, dès que le printemps arrivait, tous les dimanches, ainsi que les jours de fêtes religieuses, les jeunes des villages endimanchés, aux côtés des personnes âgées, tous en costumes nationaux, se réunissaient au centre du village à une grande fête foraine appelée hora satului, soit, littéralement - la ronde du village ou joc, soit danses.

En apparence, on y venait tout simplement pour le loisir, mais, comme chaque tradition populaire, celle-ci imposait certaines conditions. Les gars du village s’y préparaient d’avance : ils collectaient de l’argent pour faire venir des ménétriers à cette occasion. Le nombre de musiciens dépendait de la somme collectée, raison pour laquelle on ne réussissait parfois qu’à avoir un tambour et un violon.

La jeune fille qui venait à la hora pour la première fois devait obligatoirement être « demandée » à ses parents par un gars qui la conduisait et avait le devoir de danser avec elle ce jour-là. Si une fille majeure n’avait pas la chance d’être invitée à la hora, alors ses parents se mettaient d’accord avec un des gars et le payaient pour le faire inviter leur fille. Avant l’âge majeur, les filles n’avaient pas le droit de danser, elles pouvaient tout simplement être spectatrices de ce spectacle populaire.

Les danses qu’on dansait dans nos parages depuis antan étaient sîrba, hora, brîul, bătuta. Hora est en fait une ronde paysanne qui réunit les danseurs dans un grand cercle fermé. Les danseurs et les danseuses se tiennent par la main, ils font des pas en diagonale, soit en avant soit en arrière, tout en faisant tourner le cercle, en principe dans le sens des aiguilles d’une montre. S’ils sont accompagnés par des instrumentistes, alors ils chantent les paroles de la chanson. L’accordéon, le violon, la contrebasse, la trompette, l’alto et la flûte de Pan sont des instruments qui accompagnent traditionnellement une hora. On danse la hora lors des mariages et des grandes fêtes populaires.

Généralement, c’étaient les gars qui formaient la ronde, les filles les joignant après. Chacune tenait dans la main, du côté du gars qui lui plaisait, un mouchoir brodé, signe de son affection. Pour lui faire part de son attention, le gars lui enlevait le mouchoir pendant la danse ce qui était un prétexte pour nouer une conversation après.

Une des versions de hora est la danse appelée « Băsmăluţa » pendant laquelle les gars et les filles ou les hommes et les femmes choisissent un partenaire du cercle de danseurs pour un court tourbillon et puis un baiser au milieu du cercle, en agenouillant sur un mouchoir quand la musique arrête de jouer quelques secondes. Après le baiser, la personne qui fut choisie reste à l’intérieur du cercle pour choisir un autre partenaire, tandis que le danseur qui avait choisi rejoint le cercle.

Pendant les danses, les gars prononçaient des vers d’origine populaire qui, selon l’écrivain Vasile Alecsandri, étaient une sorte de journal oral pour mettre en évidence les défauts de certaines personnes. Les jeunes filles paresseuses risquaient le plus d’être la cible de ce genre de vers : « Marioara veut danser, mais sa maison n’est pas balayée », etc. C’était considéré comme indécent qu’une fille réponde aux vers, mais, il est vrai, il y avait des filles bavardes et braves qui n’hésitaient pas à critiquer les défauts des gars aussi.

Selon la tradition populaire moldave, la femme est le symbole de la modestie, ainsi, pendant la danse, elle doit faire des mouvements discrets, ne pas trop lever les jambes, ne pas crier.

A présent, hora satului existe dans peu de villages moldaves, ayant malheureusement perdu beaucoup de ses traits d’autrefois. D’habitude, hora est organisée le jour quand le village célèbre sa fête patronale et le lendemain des Pâques.