Discours de Margie Sudre lors de l’inauguration officielle de l’Alliance française au Ginta Latina, décembre 1995

0 vote

DISCOURS DU SECRETAIRE D’ETAT
CHARGE DE LA FRANCOPHONIE, MME MARGIE SUDRE,
A L’OCCASION DE L’INAUGURATION
DE L’ALLIANCE FRANCAISE DE MOLDAVIE

(Chisinau, 17 décembre 1995)

Monsieur le Ministre de la Culture,

Mesdames, Messieurs,

Il y a trois semaines, la Moldavie rejoignait le groupe des pays francophones. Cette
décision a été prise, vous le savez, avec le soutien et l’appui déterminés de la France. En dépit
des conflits, des divisions, des ruptures qui ont marqué l’histoire de l’Europe au cours de ce
siècle, vous avez su garder un lien spécial avec la France, sa culture et sa langue. Ce choix a
été le vôtre. Il repose d’abord sur une véritable affinité entre nos deux peuples. L’un de vos
grands écrivains, Vasile Alexandri, soulignait dès 1859 « la conformité de caractère, de goûts
et d’idées » entre Français et Moldaves.

Ce choix, c’est aussi, permettez-moi de le croire, un choix de raison pour une langue
universelle qui portent les valeurs de notre temps : la dignité de la personne humaine, la
nécessité d’un progrès continu de l’Etat de droit, l’importance et la fragilité de la diversité
culturelle.

Aujourd’hui, en Moldavie , plus de 2.000 professeurs enseignent notre langue, trois
enfants sur quatre l’apprennent ; des universitaires, des chercheurs, des écrivains, des artistes,
des hommes politiques, les représentants de votre pays à l’étranger s’expriment en français. Je
suis venue vous apporter les remerciements de la France pour vos efforts continus en faveur
de la langue française qui nous permettent aujourd’hui de vous accueillir parmi les pays qui
ont le français en partage. Balzac, Alexandre Dumas, Gérard de Nerval, qui ont voyagé dans
cette partie de l’Europe où vous vivez peuvent être fiers : écrire et parler en français au bord
du Dniestr est une réalité.

Cela nous crée des devoirs : d’abord vous accompagner pour maintenir la place
qu’occupe dans votre pays la langue française. La coopération française s’y emploiera. Nous
devons également vous aider à mieux connaître vos autres partenaires francophones. Leurs
artistes, leurs chercheurs ou leurs techniciens vont venir à votre rencontre, à travers les
programmes francophones. Vos jeunes iront non seulement à Paris, mais aussi à l’Université
de Louvain en Belgique ou à l’Université Laval de Québec. Je souhaite que ces liens viennent
encourager vos initiatives et renforcer vos projets mais aussi qu’ils vous permettent de faire
connaître votre jeune Etat à travers le monde. La solidarité culturelle et linguistique qui vous
lie à 48 autres Etats - soit plus d’un quart des Etats représentés aux Nations unies - s’est
transformée en solidarité politique. La communauté francophone est un forum qui nous
permet de débattre des affaires du monde et d’y apporter des contributions conformes à notre
vision du monde. La mise en place, dans deux ans, d’un Secrétaire général de la Francophonie,
nous permettra de donner un visage, une voix, une autorité à notre mouvement et de peser
davantage sur les affaires du monde. Sachons tirer parti ensemble de ces nouvelles
institutions.

Pour préparer cet avenir, qui est déjà solidement ancré dans le présent, vous avez ouvert
cette maison avec l’appui de la France. En inaugurant cette Alliance française, au cœur de
votre capitale, je sais que nous réalisons un voeu qui vous est particulièrement cher : posséder
une maison de la France, un lieu où se croisent les projets et les informations où l’on apprend,
échange, recherche. C’est ce qu’on a commencé à faire les 200 élèves qui y suivent des cours.
L’Alliance française de Chisinau a des projets, sa bibliothèque va s’enrichir, ses services
s’étoffer. Elle se prépare à ouvrir des bureaux dans tout le pays. Depuis une année, elle a pris
son envol. Elle compte désormais parmi les 1200 alliances françaises en activité sur les cinq
continents.

Je félicite tous ceux qui sont à l’origine de sa création et ceux qui aujourd’hui, Français
et Moldaves se retrouvent pour témoigner leur foi dans une culture ouverte, respectueuse des
différences et pour renforcer les liens entre deux peuples attachés à la démocratie.

Permettez-moi de terminer sur une note plus personnelle. J’étais, il y a trois semaines à
Cotonou pour VIe sommet de la Francophonie. J’y ai ressenti fortement la richesse de notre
diversité et une extraordinaire fraternité qui nous interdit de nous replier sur nous-mêmes et
qui nous engage les uns vis-à-vis des autres à une solidarité de plus en plus active. Voilà ce
que signifie pour moi une francophonie ouverte, moderne, dynamique et généreuse.

Vive la Moldavie !

Vive la France ! ./.