Archive - Discours prononcé par Monsieur Jacques Chirac, président de la République, à l’Université d’État de Moldavie

MOLDAVIE Chisinau - vendredi 4 septembre 1998
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Monsieur le Président de la République de Moldavie,

Monsieur le Recteur,

Et permettez-moi de vous dire toute ma reconnaissance pour un geste auquel je suis profondément sensible et qui est pour moi un honneur, mais c’est aussi, à mes yeux, le geste de l’amitié. Je vous en remercie.

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Et puis, les étudiantes et les étudiants de ce beau pays que je suis heureux de saluer, ici, à qui je voudrais dire tous mes voeux de réussite, de bonheur et d’épanouissement dans la vie et dans un pays qui a une longue et vieille tradition, une grande histoire et qui veut aujourd’hui être un élément de paix, de développement, de démocratie, et de liberté dans l’Europe de demain.

Un grand merci à vous tous pour cet accueil. Merci, Monsieur le Recteur, pour vos paroles d’amitié aussi. Chacun a bien senti, en vous écoutant, votre affection pour la France, pour les Français et pour cette culture francophone qui est, c’est vrai, une famille pour chacun d’entre nous. Et merci à tous les jeunes d’être venus nombreux, avec leur enthousiasme, avec l’intérêt qui est le leur probablement puisqu’ils se sont déplacés pour le pays que je représente. Alors, je voudrais les saluer toutes et tous au nom de la France qui veut être leur amie et je voudrais vous apporter un message de solidarité, un message d’affection de la part de votre voisine occidentale et soeur en latinité.

Tout à l’heure, je repartirai vers Paris. J’emporterai avec moi les images très fortes d’un pays, la République de Moldavie, en pleine transformation. C’est impressionnant. J’ai été frappé par les progrès accomplis. Progrès de la démocratie. Adaptation de votre économie à l’exigence du monde moderne. La Moldavie prépare son avenir, c’est-à-dire un partenariat toujours plus fort, toujours plus étroit avec l’Europe.

J’ai eu, tout au long de cette journée, des entretiens importants avec mon ami le Président LUCINSCHI, avec les principales autorités du pays. Nous sommes d’accord, nous souhaitons, nous voulons donner une nouvelle impulsion aux relations politique, économique, culturelle, scientifique entre la Moldavie et la France.

C’est tout naturel. Un réel élan nous porte spontanément les uns vers les autres, et tout à l’heure M. le Recteur en donnait beaucoup de témoignages. Je suis impressionné que tant de Moldaves aient à cœur de pratiquer le français et de bien connaître la pensée, la littérature et les arts de mon pays. Oui, c’est un lien particulier qui nous unit. C’est un intérêt réciproque que nous partageons entre la France et la Moldavie. D’une certaine façon, c’est le cœur qui parle. Et ce cœur, il nous invite à bâtir quelque chose de fort entre nous et de solidaire.

Nous devons, nous Français, vous soutenir dans la voie que vous avez choisie et qui est, sans aucun doute, la meilleure.

Je vous le dis à vous, étudiantes et étudiants moldaves, à qui je souhaite m’adresser particulièrement aujourd’hui : c’est sur vous que repose l’avenir naturellement. C’est sur vous que repose l’espoir. Vous êtes jeunes et vous n’avez pas vécu ce que vos pères et vos grands-pères ont subi. Je connais bien l’histoire de votre pays. C’est une histoire difficile qui se confond avec les grandes souffrances de notre continent au cours de ce siècle. Il n’est pas excessif de dire que cette région de l’Europe, où les relations entre Etats restent encore à consolider, cette région a été une région martyre.

Vous avez vingt ans et vous avez à peine connu l’époque où votre nation, comme d’autres, ne pouvait pas librement choisir son destin. Et pour vous, comme pour beaucoup, beaucoup de jeunes de notre continent, les biens les plus précieux sont naturels, vous semblent naturels : la démocratie, la liberté de penser, de discuter, de débattre et de décider de l’avenir.

Ne croyez pas que cela soit si naturel que cela. Ces choses-là ne vont pas de soi. Elles ne vous sont pas données. C’est la grande leçon de l’Histoire : le meilleur de l’homme est toujours à conquérir. Et vous devrez sans cesse combattre pour que tout aille mieux, pour que le monde dont vous rêvez se réalise, pour que les hommes et les femmes vivent dans la dignité, dans la liberté, dans la justice, dans la sécurité.

On parle souvent de la France comme de la patrie, de la liberté et des Droits de l’Homme. Mais nous avons connu nous aussi nos heures difficiles, des heures où la France n’était plus elle-même, où l’on avait oublié ce qui fait la force et la grandeur de notre pays : une certaine idée de l’homme, nos valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité. Nous avons dû, nous aussi, effacer cette période noire et beaucoup de Français ont donné leur vie pour que la France retrouve ses valeurs. Je vous dis cela pour vous convaincre que, vous aussi, vous devez vous engager pour rendre le monde plus beau. Vous devez être vigilants parce que la démocratie est un bien fragile et toujours, toujours menacé.

Vous êtes jeunes et, pour vous, la générosité, la curiosité, l’acceptation de l’autre et de ses différences, et même le goût de ses différences, sont un élan naturel. Quand on est jeune on veut refaire le monde. Eh bien, ce monde, c’est à vous de le forger. Vous allez vous lancer dans l’aventure de la vie. C’est une aventure formidable, mais c’est une aventure difficile. Il y a des coups à prendre mais il y a tant d’occasions d’offrir le meilleur de soi. Je voudrais que vous gardiez toujours votre volonté de tout changer en mieux.

Et là, comme partout, comme toujours, il faut pouvoir compter sur sa famille. Les Etats eux aussi comme les individus ont leurs familles. Ainsi, vous Moldaves, vous avez deux familles, l’une et l’autre fortes et solidaires. Et c’est une chance.

Votre première famille, c’est bien sûr l’Europe. Vous y venez tout naturellement, au rythme de vos réformes, parce que tout ne peut pas se faire du jour au lendemain et qu’il faut se préparer.

La France soutient bien sûr votre volonté de vous rapprocher de l’Europe. La Moldavie a profondément souffert des divisions de notre continent. Et puis, il y a bientôt dix ans, ce qui semblait impossible s’est produit. Chacun a recouvré la liberté. Chacun a pu choisir son destin. L’Europe, réconciliée, a pu se retrouver.

En se retrouvant, l’Europe réunifiée enracine la démocratie. Et là encore, la construction européenne a permis des progrès décisifs. Pourquoi ? Tout simplement parce que, pour se rapprocher, il faut parler le même langage. Pour vivre ensemble, il faut être d’accord sur l’essentiel, adhérer à un certain nombre de valeurs communes : le respect de chaque homme, la liberté, la justice, la solidarité, la primauté du droit et des institutions démocratiques. L’Histoire l’a montré : la dynamique européenne est une dynamique démocratique. C’est ce qui s’est passé pour des pays qui sont aujourd’hui membres de l’Union européenne. Et c’est ce qui se passe chez vous.

Voilà le véritable enjeu de l’Europe : c’est la démocratie et c’est la paix. C’est le rassemblement de notre grande famille dans le respect de chacun, de ses traditions, de sa culture, de son histoire. Faire l’Europe, c’est faire en sorte que, demain, vous et vos enfants vivraient dans la paix et dans la liberté. C’est vous permettre de vivre mieux, beaucoup mieux, que vos parents. Et c’est permettre à vos enfants de vivre mieux que vous-mêmes.

Vous pouvez aussi compter sur votre deuxième famille, la famille francophone. Être francophone, c’est toute une manière de penser le monde. J’imagine mal que l’on soit attaché à tout ce qui fait la force de la francophonie, à ses grands auteurs, à ses grands créateurs, quelle que soit leur nationalité, qui ont si magnifiquement parlé de l’homme, sans faire sienne leur vision généreuse des choses.

Voilà pourquoi la francophonie est une solidarité. Il y a presque un an, au Sommet de Hanoi, la Moldavie a rejoint la famille francophone. J’en suis heureux, très heureux.

C’est, pour les Moldaves, l’assurance d’être soutenus dans leurs efforts pour l’éducation et la culture. Et déjà, les institutions de la Francophonie lancent avec vous des projets de formation. Pour les jeunes Moldaves, ce sont des atouts supplémentaires pour entrer avec succès dans la vie. La Francophonie, ce sont plus de cinquante pays -cinquante-deux-, ce sont près de 500 millions d’hommes et de femmes, dans toutes les parties du monde. Elle est pour vous une chance dans la grande compétition mondiale.

Voilà ce que je souhaitais vous dire aujourd’hui, à vous qui avez vingt ans dans un pays qui est maintenant un pays de liberté, dans une Europe qui a vu tomber le Mur de Berlin et qui fera bientôt tomber ses dernières barrières. Un pays, une Europe, qui organisent la paix, qui enracinent la démocratie et où, par conséquent pour un jeune ou un moins jeune, tout devient possible. C’est à vous de prendre le relais. C’est à vous de porter à votre tour ces grands idéaux. Vous avez la jeunesse, la force, l’énergie et, j’en suis sûr, vous avez envie de mieux connaître le monde.

N’hésitez pas à découvrir l’Europe. A rencontrer tous ces hommes et toutes ces femmes qui, avec leurs cultures, leurs traditions, leurs émotions, si différentes, forment ensemble la richesse et la diversité de la famille européenne. En même temps, vous nouerez des liens, vous bâtirez des amitiés, vous créerez des solidarités.

Et souvenez-vous que vous êtes les bienvenus en France. Avec le Président LUCINSCHI, nous avons des projets pour rapprocher les jeunes Moldaves et les jeunes Français. Nous allons mettre sur pied des programmes qui réuniront nos universités, nos professeurs, nos chercheurs, et bien sûr nos étudiants, en organisant les échanges.

Certains d’entre vous suivent ici, dans cette université, une filière francophone et ont, à cette occasion, des contacts avec le monde universitaire français. Certains viendront en France achever leur formation. Et vous allez accueillir de jeunes Français qui viendront ici, chez vous, en Moldavie. Il y a aussi nos Alliances françaises. Et déjà, le succès est au rendez-vous. Déjà, nous avons du mal à répondre à vos attentes. Nous devrons donc aller plus loin. Je m’y engage devant vous.

C’est la promesse d’une grande relation. D’une relation affective et affectueuse, privilégiée entre la Moldavie et la France, à la mesure de ce que doit être notre amitié. Et c’est vous qui ferez vivre cette relation. C’est vous qui ferez progresser la Moldavie et la France la main dans la main. A toutes et à tous, merci. Merci pour votre enthousiasme et, j’en suis sûr, pour votre passion pour les grandes valeurs que je viens d’évoquer. Merci pour votre attachement à la France et à notre amitié. Merci, du fond du cœur, pour votre accueil que je n’oublierai pas. Et, à chacune et à chacun d’entre vous, bon vent pour l’avenir !

M. LE RECTEUR : -M. le Président de la République française, nous vous remercions cordialement pour votre allocution. Messieurs, Mesdames, vous êtes invités d’adresser vos questions à son Excellence, M. le Président de la République française.

QUESTION : - M. le Président de la France, M. le Président de Moldavie, bonjour, chère audience. Je m’appelle Nathalie, je suis étudiante en cinquième année de l’Université libre internationale de Moldova. Avant de poser les deux questions, je voudrais dire un grand merci à M. le Président, à tout le pays de la France, pour le fait d’avoir envoyé chez nous, en Moldavie, pour la fonction de Premier Président de l’Alliance française, M. Alexandru MUNTEANU et sa femme qui ont fait un travail formidable dans notre pays pour le moment. Permettez-moi de les saluer.

La première question : vous savez, M. le Président, comme vous l’avez dit tout de suite, que l’on ne parle pas mal, nous les étudiants. Justement, pourquoi ne pas nous envoyer en France, c’est-à-dire avec des bourses. Je crois que pour vous, un Président si intelligent, avec une curiosité et des capacités extraordinaires, cela ne sera plus un problème et je voudrais vous dire que, chez nous, on aime beaucoup votre langue. Les étudiants veulent bien visiter votre pays.

La deuxième question : comment se fait-il que dans notre pays, on dit que c’est un pays francophone, il n’y a pas de chaîne française, sauf TV5 qui existe dans la région de la capitale ?

Et pour que vous n’oubliez pas ma prière à propos des bourses, je voudrais vous donner quelque chose, c’est-à-dire le dépliant de mon université, puisqu’il y a plusieurs universités chez nous, pas seulement l’université d’Etat qui est, bien sûr, la plus sérieuse puisque c’est l’Etat, mais il y en a aussi des particulières, c’est-à-dire l’université libre internationale de Moldova qui fait peut-être de la concurrence, je l’espère bien, et justement sur le dépliant, figure l’adresse de l’Association internationale Moldavie francophone.

LE PRESIDENT : - Si je comprends bien, c’est là qu’il faut envoyer directement les bourses.

QUESTION : - Oui, bien sûr. Et, de ma part, ce petit ourson qui est pour moi le symbole de la bonté, de la santé et de l’espoir. Merci beaucoup.

LE PRESIDENT : - Je voudrais d’abord remercier Nathalie. La féliciter pour son français et pour son charisme. La remercier pour le petit ourson que j’ai mis là pour qu’ils nous portent bonheur mais que, naturellement, j’emporterai et je le garderai en souvenir de cette journée. Je prendrais bien soin de ne pas oublier l’adresse de l’Université libre internationale de Moldova.

Et, je voudrais quand même répondre aux deux questions qui m’ont été posées par Nathalie. La première, s’agissant des bourses, c’est un des sujets que nous avons évoqués ce matin avec le Président. Nous souhaitons trouver les moyens d’augmenter sensiblement le nombre des bourses qui permettrait à de jeunes moldaves plus nombreux de venir en France et à de jeunes français plus nombreux de venir en Moldavie.

J’espère que nous y réussirons. C’est toujours un problème matériel, ce sont des choix à faire, ce sont des crédits à trouver. Mais là où il y a une volonté, il y a un chemin et nous essayerons d’emprunter ce chemin.

La deuxième question m’a fait de la peine, parce que c’est vrai que sur le plan télévisuel, qui est essentiel dans le monde d’aujourd’hui, il est difficile de trouver dans beaucoup de régions du monde un minimum de présence française sur les écrans de télévision. Nous avons discuté, enfin, les ministres compétents ont discuté aujourd’hui même, pour ce qui concerne la Moldavie, des efforts que nous pourrions faire pour améliorer cette situation. Je le souhaite profondément car cela correspond aux désirs de beaucoup et aux nécessités de la francophonie.

QUESTION : - M. le Président, nous sommes très heureux que vous ayez décidé de visiter notre pays. Je suis la représentante d’un lycée. Soyez le bienvenu. M. le Président, le fait que nous avons l’honneur de vous accueillir et d’assister à cette rencontre historique prouve que la Moldavie participe activement à la construction de la maison européenne.

M. le Président, nous voudrions savoir comment vous envisagez le développement ultérieur des relations franco-moldaves dans le domaine de l’enseignement ? Quelle est votre contribution personnelle pour l’amélioration du système de l’enseignement en France et pour les problèmes économiques des professeurs spécialement et des élèves ?

LE PRESIDENT : - Annette a évoqué, à mon avis le sujet le plus important. C’est la participation de la Moldavie à la maison européenne et, après, elle a évoqué le problème de l’enseignement.

La Moldavie, c’est l’Europe, culturellement, historiquement, géographiquement. La Moldavie, c’est l’Europe. Alors, ce siècle a été un mauvais siècle pour l’Europe avec ses disputes aussi fratricides que stupides. Le prochain siècle doit être le siècle de la paix de l’espoir, des retrouvailles.

La Moldavie a vocation à appartenir à cette famille. Déjà, il y a un accord de coopération et de partenariat entre la Moldavie et l’Union européenne. Déjà, il y a la volonté de la Moldavie de s’intégrer plus complètement à ce grand effort de construction européenne qui durera encore longtemps, mais qui finira par fédérer l’ensemble de l’Europe en respectant naturellement l’identité de chacune des nations qui la composent mais en nouant des liens indissolubles entre ces nations.

Je suis tout à fait optimiste même si les efforts seront rudes. Les dirigeants actuels des pays de l’Est européen ont beaucoup de mérite parce qu’ils assument un passé lourd de conséquences pour l’avenir et qu’ils doivent aujourd’hui faire un gigantesque effort pour adapter leur pays aux exigences du monde moderne avec tout ce que cela comporte de sacrifices. Pourtant, il n’y a pas d’autre voie, pas d’autre solution si l’on ne veut pas rester sur le bord du chemin, si l’on veut participer au développement général du monde de demain et, en particulier, de l’Europe de demain.

Donc, il faut que vous, jeunes, vous compreniez cela. Que vous sachiez que l’Europe de l’Est a connu pendant longtemps une espèce de glaciation qui l’a rendue en quelque sorte un peu inapte à évoluer et que maintenant, elle doit faire plus d’efforts que d’autres pour rattraper le retard. Mais, il faut que les jeunes des pays qui ont eu la chance d’échapper à ce phénomène, aient conscience du devoir de solidarité qui est le leur pour aider, vous aider, à surmonter les difficultés et les obstacles qui sont les vôtres.

La participation, pour répondre à Annette, de la Moldavie à l’Europe, c’est une participation totale sans réserve. C’est, je le répète, la Moldavie qui prend sa place à la table de famille.

Quant au domaine de l’enseignement, nous l’avons évoqué, chère Annette, en parlant des bourses. Tous les pays ont leurs problèmes et leurs difficultés avec l’enseignement. La France a la chance de disposer d’un système éducatif dont nous nous plaignons souvent mais qui, au total, est reconnu comme donnant de bons résultats. Nous nous efforçons, là aussi naturellement, de nous adapter en permanence aux technologies modernes et à leurs évolutions. Et nous souhaiterions le faire la main dans la main avec vous.

QUESTION : - Je devrais témoigner que c’est un honneur pour moi de profiter de cette heureuse occasion et de m’adresser à vous, M. le Président, en exprimant au nom des étudiants, des élèves, notre profonde reconnaissance et notre immense joie de vous avoir parmi nous.

Nous connaissons votre contribution à l’intégration de la Moldavie à la francophonie. Bien que les efforts de l’Alliance française dans l’amélioration dans l’enseignement du et en français soient considérables et appréciés par les enseignants et les élèves de la République, on aimerait que ce problème ne soit pas uniquement une préoccupation de l’Alliance française de Moldavie.

A votre avis, que pourrait-on entreprendre pour maintenir l’esprit francophone sur ce sol latin face à un impérialisme linguistique bien connu ?

LE PRESIDENT : - Elle a tout de suite vu que moi, j’aimais bien que l’on me fasse des compliments, alors je la remercie. J’ai dit tout à l’heure que la francophonie, c’était actuellement 52 pays et plusieurs autres voudraient adhérer. J’arrive d’Ukraine où le Président m’a indiqué qu’il serait content non pas d’être un pays francophone, puisqu’il ne l’est pas, mais au moins d’être observateur, compte tenu du fait que le français progresse actuellement en Ukraine.

C’est un fond commun de valeur qui s’exprime dans une même langue qui est notre bien collectif. Il faut donc permettre à cette langue de subsister, de se défendre dans un monde où Eléonora l’a dit très bien, il y a une tentation à l’uniformisation linguistique donc l’uniformisation culturelle et par conséquent, à une forme de décadence pour la planète. Il faut résister.

Comment résister ? Je crois que d’abord, il faut sauvegarder le français et pour sauvegarder le français en tant que patrimoine culturel mondial parmi d’autres. La première chose qui devrait être faite -et ce n’est pas facile-, c’est au sein de l’Union européenne, c’est-à-dire demain, dans tous les pays de l’Europe continentale ou insulaire, qu’il y ait obligation d’enseigner dès le plus jeune âge deux langues étrangères. Si cette obligation était décidée par l’Union européenne, ce que je souhaite, elle créerait un lien plus fort entre les différents pays européens, parce que si l’on parle sa langue plus deux autres, on a plus de chance de pouvoir parler, échanger, discuter avec les autres. Ensuite, c’est un phénomène naturel et intellectuellement important que de maîtriser plusieurs langues et nombreux sont les pays où l’on est bilingue, trilingue, parfois quadrilingue. Cela n’a rien d’étonnant, à condition de commencer suffisamment tôt.

S’agissant de la francophonie, si l’Europe prenait cette disposition, ce qu’elle fera probablement un jour, je le pense et je le souhaite, cela veut dire que le français se réimplanterait dans l’Europe et retrouverait la place qui était la sienne dans les siècles précédents. Il y a des raisons de penser que le jeune, quels que soient le pays et la langue auxquels il appartient, apprendra probablement l’anglais, parce que c’est une proposition naturelle et en seconde langue le français. En tous les cas dans des proportions suffisantes pour réimplanter le français dans l’ensemble de l’Europe, ce qui est le préalable au maintien et à la sauvegarde du français dans l’ensemble du monde.

Voilà la réponse essentielle, Eleonora. Mais Eleonora a évoqué également l’Alliance française. Je voudrais d’abord, après Nathalie tout à l’heure, rendre un hommage particulier à l’Alliance française d’ici, mais je devrais dire aux Alliances françaises de Moldavie et plus généralement à toutes les Alliances françaises du monde. C’est un mouvement extraordinaire, parce qu’il est fondé en partie sur le bénévolat, sur la générosité, sur la culture, sur le dynamisme, sur le sourire. De ce point de vue, c’est un instrument exceptionnel. Je voudrais remercier toutes celles et tous ceux qui ici, en Moldavie, sont les promoteurs des alliances françaises. Eleonora a raison. Les Alliances françaises sont nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes.

Nous avons tout à l’heure évoqué le problème des technologies modernes de communication pour déplorer le fait que dans le domaine de l’information, de la télévision, des grands réseaux qui se créent actuellement, le français n’était pas suffisamment présent. J’ajoute à cela, la considération que j’ai faite en ce qui concerne le trilinguisme en Europe.

Le Président de la République de Moldavie me dit que c’est la dernière question. Je note une chose, c’est qu’ici, les filles sont plus dynamiques que les garçons.

QUESTION : - Ce n’est pas la première fois que je vous rencontre. Cet été j’étais invitée à Paris grâce au concours organisé par le Gouvernement français. J’ai assisté à la Coupe du monde. Je vous ai vu à la réception du 14 juillet, là où étaient tous les vainqueurs de ce concours. J’aimerais vous poser une question, en ce qui concerne la presse française. Je travaille comme correspondante pour une revue anglaise qui s’appelle « Welcome » et je voudrais savoir pourquoi n’y a-t-il pas de périodique français ici, en Moldavie ? Ceci serait très bien pour la diffusion de la langue et de la culture françaises.

LE PRESIDENT : - Merci Mariana. Je me réjouis que vous ayez eu l’occasion d’être mon hôte lors de la réception que j’ai donnée pour les champions du monde de football à l’Elysée. C’est vrai que nous avions organisé, plus exactement le comité d’organisation de la coupe du monde avait eu la bonne idée d’inviter des jeunes d’un peu partout dans le monde pour assister à la coupe du monde. Cela s’appelait « Allons enfants ». Je suis heureux que vous en ayez bénéficié. Merci aussi pour l’évocation de la Coupe du monde, cela avait déjà été fait par M. le Recteur. Je dois dire que je suis toujours assez satisfait quand on me parle de la Coupe du monde. Encore un peu et je vais penser que j’ai moi-même joué sur le terrain.

La presse ! Vous êtes parfaitement francophone. J’imagine que, puisque vous êtes correspondante de votre journal britannique, vous êtes anglophone et comme vous avez également une langue maternelle, voilà un bon exemple d’un trilinguisme qui est, sans aucun doute, la voie de l’avenir aussi bien pour le développement des facultés intellectuelles des enfants que pour la richesse culturelle et la capacité à créer des liens dans le monde de demain entre tous ces enfants.

Je regrette qu’il n’y ait pas une revue française. Il y a tout de même beaucoup de revues françaises. Il y en a même beaucoup en France, il y a même des gens qui trouvent qu’il y en a trop, en particulier quand ils sont au Gouvernement ou à la Présidence de la République, ils trouvent qu’il y a un peu trop de journaux, parce qu’en général les journaux disent du mal des responsables politiques. Mais, je regrette vraiment cette situation. J’aurais l’occasion d’en toucher un mot, d’en parler à quelques responsables de presse, parce que c’est évidemment sur le plan économique probablement un problème un peu difficile à gérer. Mais ce serait sympathique, ce serait bien, s’il y avait en Moldavie une revue française en français, un hebdomadaire en français. A ce moment-là, je leur donnerai votre adresse pour que vous abandonniez le journal britannique pour devenir correspondante du journal français.

Avec la permission particulière du Président de la République, parce que c’est un garçon, ce sera la dernière question.

QUESTION : - Bonjour M. le Président, les garçons chez nous sont plus galants, mais pas moins dynamiques. Vous nous avez beaucoup parlé de l’intégration européenne. Vous nous avez parlé aussi de la grande famille de la francophonie. Pour nous les étudiants qui font leurs études en langue étrangère, surtout en langue et littérature françaises, une question s’impose : est-ce qu’on peut espérer que les diplômes universitaires de la République de Moldavie seront validés un jour en France et seront reconnus en France ?

LE PRESIDENT : - Il y a actuellement, en France, un effort très important conduit par le Ministère de l’Education nationale pour engager une politique de reconnaissance, pas particulièrement avec la Moldavie, mais avec tous les pays pour lesquels ce problème se pose, des diplômes afin de faciliter les échanges d’universités. C’est une nécessité dans la mesure où on ne peut pas dire qu’on va faire l’Europe et ne pas tout faire pour que les jeunes puissent aller d’une université à l’autre, donc, puissent bénéficier d’une reconnaissance de leurs diplômes. Je crois pouvoir vous dire que ceci est en bonne voie. Nous le faisons en particulier, s’agissant de la Moldavie pour le lycée Asachi et nous le continuons pour l’Université. Je crois qu’assez rapidement des progrès importants seront faits dans ce domaine.

Je suis content qu’un garçon se soit manifesté. Je voudrais dire à tous les jeunes qui sont ici la joie que j’ai eue de les rencontrer. C’est quelque chose que je garderai dans mon cœur. C’est assez exceptionnel pour un responsable français d’avoir un échange, même bref, avec des jeunes de Moldavie. Des jeunes de Moldavie qui s’intéressent à la France et au français. C’est très émouvant. Je voudrais vous remercier de m’avoir donné cette possibilité et cette joie que je conserverai dans mon cœur. A toutes et à tous, je vous souhaite la réussite, je vous souhaite le bonheur, je vous souhaite le succès dans la vie, je vous souhaite l’épanouissement et je vous souhaite la générosité.

Au revoir.