Trois ans après …

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Article de Doina Marinescu

J’ai écrit ces mots le 7 avril, et quand ils seront publiés ce sera un autre jour, suite aux événements de 2009 qui ont si profondément transformé la société moldave. Même si ces événements se sont déroulés il y a 3 ans, jamais ils ne pourront être oubliés par toutes ces personnes qui ont alors clamé leur message. Toutefois, il y a parfois une telle surabondance de discours sur ce thème que l’on peut craindre la perte de sens de ce jour !

Les 6 et 7 avril je me trouvais sur la place devant le Parlement. J’étais dans la rue parce que pour la première fois j’avais voté, mais ma foi, mes vœux, mes espérances dans le futur étaient confisqués par ceux dont le seul objectif était de se maintenir au pouvoir. J’exprimais le droit d’être là, avec tous les autres jeunes, pacifiquement, pour simplement exiger que les élections soient transparentes et honnêtes. C’était simplement ça !

D’abord ce ne furent que quelques centaines de personnes, puis plusieurs milliers qui se retrouvèrent spontanément pour exprimer dans la rue leur colère quant au déroulement des élections. Malgré cela, il y eut un grand nombre de personnes « haut placées » qui « révélèrent » que l’on était en présence d’actions hostiles, de provocations … alors que ce n’était qu’une foule criant son indignation, ce qui aurait dû se passer depuis longtemps !

Pour ma part, j’ai été perturbée pendant des mois par ce qui s’est passé par la suite. En effet, il y eu des garçons battus, des jeunes emprisonnés et humiliés, des morts. Mon oncle fut arrêté, mon père poursuivi pendant plusieurs semaines … Ce ne fut pas simplement une période difficile, mais on ressentait une forte tension, de l’insécurité, et on voyait la tristesse de nombreux citoyens …

J’ai souffert, mais j’ai commencé à accepter la situation à partir du moment où j’ai cessé de m’interroger sur ce qui c’était passé. J’ai compris qu’en vérité on ne pouvait trouver les raisons pour lesquelles chacun avait souffert ces jours-là. Ce dont je suis certaine, c’est que je respecte ce jour. Je respecte chaque personne qui a eu le courage de descendre dans la rue au péril de sa vie, je mesure la valeur de chaque mot prononcé à cette occasion : « Liberté ! », « A bas le communisme ! », « Notre histoire est sacrée ! ». Par dessus tout, chaque fois que je passe devant le Parlement en cours de restauration, je me souviens de ce jour, je me souviens du moment où j’ai pleuré contre l’injustice que nous vivions.

Peu importe à présent quelle sera l’évolution de la Moldavie : je suis profondément certaine que sans les citoyens, sans les jeunes cœurs criant leur soif de liberté ce 7 avril, jamais nous n’aurions connu de changement et nous serions toujours sous un régime communiste, voire pire. Au moins, à présent nous connaissons le changement, nos frères et sœurs ont la possibilité de connaître une vie meilleure et plus sûre.

Le 10 avril 2012