Le tissage - métier artisanal traditionnel

Le tissage fut pendant bien des générations une des occupations traditionnelles des femmes moldaves. Des pièces de vêtements à celles destinées à orner l’intérieur des maisons, tout était confectionné par des mains habiles et assidues. Les jeunes filles commençaient à explorer les secrets de l’art du tissage dès l’âge de 6-7 ans, de façon qu’à l’âge de adolescence déjà, elles créaient leurs propres œuvres artisanales et concourraient avec leurs copines.

Les fouilles archéologiques ont fait découvrir des morceaux de tissus dans des pots d’argile datant de l’époque néolithique. A cette époque-là, on utilisait le métier à tisser vertical et ce ne fut qu’au dixième siècle qu’on commença à appliquer des techniques de tissages utilisées ailleurs, y compris le métier à tisser horizontal. Ce fait facilita le travail et favorisa la confection des tissus de meilleure qualité et de plus grandes dimensions.

On connaît peu concernant le mode de confection et l’aspect des tissus confectionnés avant le Moyen Age précoce, tandis qu’on sait qu’à partir de l’époque médiévale, à la cour princière, ainsi qu’auprès des manoirs des seigneurs et des monastères il y avait des ateliers de tissage où l’on tissait des étoffes, des draps, des nappes et des tapis. Au XV-ième siècle, dans certaines zones de la Moldavie, on a commencé à tisser des toiles pour la vente aux foires.

Un très important et précieux vestige tissu est la couverture tombale d’Hélène, fille d’Etienne le Grand. Cette couverture, fabriquée à la fin du XV-ième siècle et marquée par l’influence de l’art byzantin, est d’une rare beauté. Véritable chef-d’œuvre de l’art médiéval moldave, elle est brodée au fil d’or et d’argent évoquant par ses ornements les formes du tapis national.

Au fils du temps, cette occupation artisanale devint tellement répandue que chaque maison paysanne avait en fait l’air d’une petite fabrique de tissage. L’évolution des techniques de tissage, des compositions ornementales, de la chromatique, ainsi que des catégories de tissus dénotent une longue histoire et de vielles traditions de tissage, confirmant que le tissu artisanal est depuis très longtemps utilisé pour confectionner des costumes populaires moldaves, ainsi que des pièces de décoration de l’intérieur des maisons paysannes. Les fils utilisés dans le tissage peuvent avoir une origine animale (laine, poil de chèvre, soie grège) ou végétale (lin, chanvre, coton).

Le tissu et ses particularités

Il y a diverses catégories de tissus : tissus à destination ménagère (serviettes, draps, couvertures, nappes, tapis), tissus décoratifs ou fonctionnels et décoratifs (serviettes décoratives, nappes, rideaux, tapis), tissus rituels (serviettes utilisées pendant les cérémonies de mariage ou aux funérailles), tissus servant à confectionner des vêtements.

La forme du tissu et la présentation des ornements sont certainement déterminées par leur destination fonctionnelle ou position à l’intérieur de la maison. En général, ce sont les éléments géométriques qui prédominent dans la décoration des tissus. A part cela, on utilise aussi des ornements végétaux, zoomorphes et anthropomorphes habilement stylisés.

Un ornement omniprésent sur les tissus en laine et en coton est l’arbre de la vie. La gamme chromatique des tissus est composée de quelques couleurs de base et une multitude de nuances. Dans les tissus des XVIII-ième - XIX-ième siècles dominaient les couleurs végétales - brun, gris, ocre, bleuâtre-verdâtre. Bien qu’avec le temps cette gamme se soit enrichie de nouvelles couleurs et nuances grâce à l’utilisation des colorants chimiques, les ornements des tissus artisanaux restent discrets, harmonieux et sobres. Etant très bien équilibrés, les motifs forment un ensemble harmonieux de grande valeur artistique.

Les tapis en laine teinte étaient les éléments principaux de décoration de l’intérieur des maisons paysannes. Le plus répandu et le plus grand comme dimensions était le tapis-métier destiné à couvrir les murs. Son nom provenait de l’instrument servant à le confectionner - le métier à tisser vertical. Le tapis traditionnel moldave est constitué d’un fond noir avec une multitude d’ornements géométriques, végétaux, zoomorphes et anthropomorphes. Les ornements symboliques les plus fréquemment utilisés sont « l’arbre de la vie » (des motifs d’arbres, de pots de fleurs, de bouquets) et les éléments géométriques (le signe solaire, le losange, le carré, les ornements cruciformes).

Après la Seconde Guerre mondiale, suite au développement impétueux de l’industrie, il y a eu des changements importants dans les conceptions des gens concernant le confort et la décoration de l’intérieur. Graduellement, le tissage se vit rétrécir comme occupation traditionnelle et fut adapté à la fabrication industrielle. L’ampleur de ce genre d’art populaire pratiqué jadis dans chaque ménage paysan a sensiblement diminué. Rares sont aujourd’hui les villages moldaves où l’on continue toujours à le pratiquer.

A présent, les artisans produisent surtout des tapis, divers types de serviettes rituelles et des étoffes destinées à la fabrication du costume national moldave. Or, de nos jours encore, des cérémonies telles que le mariage, le baptême, de même que les funérailles sont inconcevables sans l’utilisation des serviettes rituelles (offertes aux proches et aux invitées d’honneur).

Quant au tapis traditionnel moldave tissu à main, il reste l’élément principal de décoration de casa mare dans de nombreuses maisons de paysans moldaves et c’est une pièce quasiment indispensable de la dot d’une fille à marier. Les tapis moldaves (confectionnés par des artisans et, surtout, artisanes, individuellement ou dans des ateliers fonctionnant près des monastères - Vărzăreşti,Tabăra, Răciula, etc.) font partie du patrimoine artistique mondial, étant très prisés aux expositions présentées dans divers pays du monde et faisant partie d’une multitude de collections privés.