L’Ukraine et la Roumanie au chevet de la dépendance énergétique moldave ? Décembre 2005

Note économie n°9.
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La Moldavie est extrêmement vulnérable aux pressions énergétiques, au vu de ses faibles capacités en la matière. En effet, ne possédant pas de sources propres d’énergie, que ce soit en gaz ou en pétrole, et la principale centrale énergétique se trouvant en Transnistrie (Cuciurgan), la Moldavie ne dispose d’aucune marge. En cas de tensions avec Moscou, la sécurité énergétique et la survie économique du pays sont donc en danger. Ceci est valable en cas de chantage (menace de blocus) ou en cas d’augmentation rapide des prix, puisque les prix européens sont plus élevés que ceux de la CEI.

La société russe Gazprom est le premier exploitant de gisements de gaz au monde avec 90 % de la production de gaz naturel russe et 23 % de la production mondiale (elle détient des réserves estimées à 17 800 km3). Ces réserves lui permettent de fournir en gaz l’Europe Centrale et les pays de l’ancienne URSS, dont la Moldavie. Cette entreprise représente 8% du PIB russe, et sa gestion est suivie de près par les pouvoirs publics, comme lors du rachat de Rosneft en 2004.

La question du prix du gaz ne concerne donc pas seulement les rapports économiques entre les ex-républiques et la Russie, mais elle s’avère également une question politique.

Ainsi, quand l’usine d’électricité Moldavskaya près de Tiraspol a décidé de ne plus fournir l’autre rive en novembre 2005, le gouvernement moldave a dû chercher de nouvelles sources. Le premier ministre Tarlev a donc eu besoin de négocier avec ses voisins Roumains et Ukrainiens, et ce à l’approche de l’hiver. Il faut savoir que l’électricité en Moldavie vient aux trois-quarts de la Transnistrie et l’Ukraine, et pour un quart environ des producteurs locaux. De son côté, la Roumanie s’est dit prête à coopérer afin « de ne laisser personne faire du chantage énergétique à la Moldavie », selon les mots du président Traian Basescu. Cependant, il reste la question des impayés, d’autant que le coût de l’énergie y est plus cher qu’en Moldavie et en Ukraine.

Les autorités paient là une décennie de projets énergétiques qui n’ont pas aboutis, alors que le Pacte de Stabilité fournissait un cadre idéal pour les développer ces 3-4 dernières années. Sans entrer dans les détails techniques du dossier, le désenclavement énergétique de la Moldavie passe notamment par le développement du terminal de Giurgiulesti, racheté par AzerPetrol.

Des solutions existent à court terme, reste à trouver de la volonté politique pour le long terme. La rénovation des capacités de production existantes, l’augmentation de la production domestique, la modernisation des capacités de transport autour de la Transnistrie restent autant de projet ambitieux à mener.

Florent Parmentier, analyste-politique pour Moldavie.fr