Moldavie ? Mais, pourquoi pas ?!

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Carine ROUVIER
Carine ROUVIER

Interview avec Carine Rouvier, administratrice de l’agence « Voyages. Pourquoi pas »

Chère madame Rouvier, parlez-nous un peu de vous.

Je m’appelle Carine Rouvier. J’ai 47 ans. Je suis mariée et j’ai quatre enfants. J’ai plusieurs entreprises en France, qui ne sont pas dans le secteur du tourisme et qui marchent plutôt pas mal.

Quand et comment avez-vous connu la Moldavie ?

J’ai connu la Moldavie grâce à des Moldaves qui travaillent avec moi en France. Je suis venue pour la première fois en Moldavie il y a 7 ans déjà. Donc, j’ai vu le pays ce transformer, à grande vitesse d’ailleurs, pas petit à petit. Depuis 7 ans, les transformations se voient à vue d’œil.

Comment est née l’idée d’ouvrir une agence de voyage en Moldavie ?

Il y a 4 ans, j’ai eu un projet de monter une entreprise en Moldavie, mais j’avais du mal à trouver un créneau. Et puis, il y a 2 ans, je me suis dit qu’il serait intéressant de partager les belles choses que j’ai vues en Moldavie avec des Français.

J’ai commencé par faire un tour ici, avec des Moldaves que je connais et qui m’accompagnent chaque fois. Ils m’ont amenée voir des choses à droite et à gauche. Je me suis renseignée, sur votre site d’ailleurs – il faut le dire, sur les choses intéressantes à voir. J’ai longuement parcouru ce qui était écrit sur le site et puis je suis allée faire un tour.

Je connais un peu mieux le Nord de la Moldavie que le Sud, car les gens que je connais habitent le Nord du pays. J’ai donc eu l’occasion de rencontrer des paysans qui habitent là-bas, des entreprises, des entrepreneurs, des gens qui habitent à Balti, Lipcani - je suis allée jusqu’à la frontière, tout en haut. J’ai eu l’occasion de faire plusieurs tours en voiture : on est allé à Soroca, dans des conditions qui, à l’époque, étaient très compliquées pour le voyage en voiture, puisque les routes étaient vraiment catastrophiques. J’ai vu d’ailleurs la nouvelle route – c’est incroyable ! Pour une agence de voyage, c’est magnifique ! Avant, je parlais de l’exotisme des routes, maintenant je n’en parle plus.

Donc, après tous ces tours-là, j’ai trouvé que le pays était plutôt sympatique. La question qui se posait, c’était comment commercialiser un voyage en Moldavie, sachant qu’en France les Moldaves sont peu connus – les Français qui connaissent des Moldaves les connaissent uniquement dans le cadre du travail, mais ils ne connaissent pas leurs traditions, par exemple.

Quand je parle en France de la Moldavie, la plupart des gens font référence à Tintin ? Mais, en fait, la Syldavie n’est pas la Moldavie ! Au début, je le disais tout de suite – non, non, ce n’est pas ça, mais maintenant, je me sers de cet argument, de la Syldavie, pour amener les gens en Moldavie. Je leur explique que la Syldavie est un pays imaginaire qui n’existe pas, mais que, par contre, ils peuvent venir visiter une partie de ce pays imaginaire en Moldavie. Voilà donc comment m’est venu l’idée de faire les Français découvrir la Moldavie et faire partager les choses positives du pays.

J’ai beaucoup voyagé entre temps, j’aurais pu faire ce projet dans un autre pays, mais je reste convaincue qu’en dehors du tourisme la Moldavie a une vraie chance économique qui s’ouvre, parce qu’elle est vraiment à la frontière de l’Europe et des pays de l’Est et souvent, quand je discute avec des chefs d’entreprises en France (d’ailleurs, en France on croit que je suis Moldave et j’ai une copine que me dit que la Moldavie est mon pays d’adoption !), je leur explique que quand on est en Moldavie et qu’on parle aux chefs d’entreprises moldaves, on a la connaissance des pays de l’Est et, en même temps, on a le bénéfice de notre connaissance de l’UE et l’ouverture d’esprit des Moldaves qui on envie d’intégrer l’UE. Je mets donc en évidence les opportunités d’ordre économique qui se créent ici. C’est d’ailleurs un sujet à part, j’essaye toujours d’amener des chefs d’entreprises avec moi. Un d’entre eux a fait une affaire ici, tout de suite. Je parle donc de tout ça aux chefs d’entreprises, car il faut semer des grains dans l’esprit des gens pour qu’ils lancent ensuite des projets.

Comment avez-vous trouvé le milieu d’affaires de Moldavie ?

Je ne suis pas du tout du monde du tourisme. J’ai essayé en France de monter une agence de tourisme, mais en France cela s’est avérée très compliqué, surtout que je n’avais pas le savoir-faire et je me suis dit qu’il valait mieux monter l’agence directement en Moldavie – cela me paraissait plus pertinent d’être au cœur du pays. Voila donc qu’il y a un an et demi je suis partie en quête pour fonder une agence de voyages en Moldavie, avec tous les aléas que cela implique – j’ai eu beaucoup de problèmes administratifs, des problèmes de recrutement.

Le premier problème que j’ai eu est lié à la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Moldavie – j’envoyais des mais, je téléphonais, mais personne ne répondait, car il y avait des changements de personnel en cours. J’ai laissé tomber pour une période, puis en décembre dernier j’ai envoyé une lettre –« assassin » à la CCIFM et c’est justement à ce moment-là qu’Olga DARRAS a pris le relais et elle m’a répondu. Et voilà que grâce à elle j’ai réussi à mettre les pieds dans l’entreprenariat en Moldavie.

C’est ainsi que l’aventure a été lancée l’an dernier. On a donc commencé le recrutement, on a étudié les conditions d’octroi d’une licence pour le tourisme. On a connu Victoria, une jeune femme qui a peu d’expérience, mais qui est très motivée et c’est elle qui s’occupe maintenant de l’Agence.

Que pourriez-vous dire du milieu d’affaires francophone de Moldavie ?

Il est très différent de ce qu’on voit en France. J’y ai retrouvé une communauté française intéressante – il y a, au sein de cette communauté, une partie - mais je crois qu’ils ne sont pas nombreux - qui ont fait un choix ferme dès le départ : je m’installe en Moldavie et une autre partie qui sont venus en Moldavie par hasard. Et il y a aussi ceux qui s’attachent, qui restent et qui au final se sentent bien ici pour différentes raisons.

Moi, j’ai été étonnée de voir qu’il y a des Français ici qui ne parlent pas moldave et qui ne travaillent pas avec des Moldaves… Après, il y a des gens bien ici, en Moldavie, il y a des entrepreneurs français qui travaillent avec des Moldaves. Je connais des chefs d’entreprise moldaves qui sont des gens sérieux, ce qui encourage à envisager des partenariats sérieux avec des Moldaves. C’est vrai aussi que j’ai croisé des entrepreneurs moldaves moins sérieux qui veulent de l’argent immédiatement et qui sont prêts à dire n’importe quoi, mais c’est inévitable – il y a en a partout.

Il faut que je le dise aussi – en France, je suis chef d’entreprise, mais je ne me suis pas mise chef d’entreprise ici. J’ai de l’expérience, mais je sais ouvrir les yeux et j’essaye de faire attention. Après il y a la barrière de la langue - c’est compliqué pour moi.

Sinon, je pense qu’il y a un vrai vivier économique en Moldavie. Il faudrait que les Moldaves en prennent conscience, qu’ils arrêtent de s’en aller et qu’ils essayent d’en profiter.

Qu’appréciez-vous le plus en Moldavie et chez les Moldaves ?

Ce que j’apprécie en Moldavie, ce n’est pas Chisinau, car ce n’est pas ce que je préfère. J’ai eu la chance de connaître la Moldavie pas par Chisinau, mais par la campagne.

Ce que j’apprécie vraiment, c’est l’accueil des Moldaves. Quand on est à Chisinau, les gens sont un peu fermés. A la campagne, j’ai trouvé des gens très accueillants. Je me suis retrouvée, par exemple, une matinée à avoir trois repas, parce que j’ai visité trois familles différentes et les trois ont préparé à manger. La cuisine moldave est bonne et assez saine. Ayant la chance d’avoir en France des Moldaves à côté de moi, j’ai la chance de goûter de temps en temps.

Donc, j’apprécie l’hospitalité moldave, le pole économique, comme je vous l’ai déjà dit, mais c’est pour d’autres raisons.

Je vois qu’à Chisinau il y a cette même fébrilité que dans d’autres capitales, avec des jeunes qui sont prêts à faire la fête, qui sont globalement assez éveillés, il y a beaucoup de choses qui se passent la nuit, des animations. Bon, il y a aussi des gens qui ont trop bu, mais il y a aussi de bonnes choses.
Au fil du temps, j’ai vu que le gouvernement a fait des efforts pour donner un bel aspect à la capitale. Beaucoup de choses ont changé. Il y sept ans, je ne pouvais pas sortir le soir à cause des chiens, maintenant on ne les voit plus.

Et puis il y a une autre chose que j’apprécie vraiment - et c’est d’ailleurs un argument dont je me sers - c’est l’ambivalence de ce pays. J’ai lu quelque part : La Moldavie est capable du pire comme du meilleur. C’est vrai en termes d’économie, par exemple. Et puis, j’ai un argument qui fait rire tout le monde : à la campagne, vous avez une petite maison traditionnelle extrêmement jolie, mais les toilettes sont au fond du jardin, il y a aussi le poulailler qui vous donne le poulet frais du jour, des gens qui dorment encore dans des alcôves (en France, cela n’existe plus) et, en même temps, vous retrouvez dans le salon de cette petite jolie maison un ordinateur de toute dernière génération, avec des gadgets, wifi, ultra haut débit qu’on n’a même pas en France. Cette image reflète la vraie image de la Moldavie – le pays des contrastes.

Une autre chose que j’apprécie en Moldavie, c’est le respect des gens qui marchent dans la rue, une chose importante qui est en train de se perdre en Europe. Moi, je suis venue ici avec ma fille qui a 21 ans et avec ma cousine qui a 25 ans, toutes les deux- de très belles femmes. Elles sont venues en été, très bien habillées, avec des chaussures à talons. En France, elles se seraient fait siffler au moins tous les quarts d’heure et accoster dans la rue. Ici, en Moldavie, à la fin du premier jour, elles m’ont dit – c’est incroyable : on peut marcher dans la rue sans se faire agresser, siffler. Il n’y a pas de regards malveillants. Elles étaient étonnées de voir autant de jeunes femmes élégantes dans la rue, sans avoir des problèmes comme ça.

Quel est l’argument le plus fort pour convaincre un touriste de choisir la Moldavie pour destination ?

Quand j’ai commencé ce projet, j’avais beaucoup de programmes différents : séjour d’une semaine dans le nord, un circuit des monastères, un circuit du vin, etc. Quand j’ai présentée mon projet en France et quand je voyais la réaction des gens, j’ai compris qu’il valait mieux se concentrer au début sur un seul sujet pour accéder aux clients qui pourrait être intéressés et je me suis axée sur le vin.

Donc, pour le moment, mon argument c’est la route du vin en Moldavie – venez découvrir le vin moldave, les caves exceptionnelles : Milestii Mici, la plus grande cave du monde, Cricova avec toutes ses légendes. Je dis aux gens : « Je peux vous faire voir la plus grande cave au monde qui a plus de 200 kilomètres, ainsi qu’un endroit très prestigieux, la cave présidentielle qui a accueilli Poutine pour fêter ses 50 ans. » Et ça parle aux gens !

Après j’explique - c’est un argument aussi - que la Moldavie n’est pas un pays touristique. Cela plaît à certains Français qui ont déjà fait beaucoup de voyages. Je leur dit que beaucoup de monuments qu’on va voir, les monastères, par exemple, sont occupés, c’est à dire, il y a du monde à l’intérieur, ce qui est assez surprenant pour un Français, vu qu’en France les beaux endroits qu’on visite sont des musées.

Quelles sont les choses qui embarrassent les étrangers en Moldavie ?

La première chose c’est qu’ils confondent Moldavie et Sibérie ! J’ai amené ma tante la dernière fois avec moi, car, régulièrement, je fais venir des gens avec moi, puisque c’est important d’avoir leur avis pour ajuster mon discours. Dans sa valise (c’était le mois de novembre !), il y avait des chaussures de ski, un bonnet, une écharpe, des gants, des sous-pulls, de gros pulls … et finalement il faisait 20 degrés !

Donc, il ne faut pas faire cette confusion. Chaque fois, j’explique au gens que c’est la même latitude que Bordeaux, que la terre est noire comme à Bordeaux.
L’idée de la corruption est un souci pour pas mal de gens. Mais quand on évoque ce problème je rappelle que la corruption est plus que présente en France aussi.

Et pour conclure, pourquoi donc venir en Moldavie ?

Mais, pourquoi pas ?! C’est justement pour cela que mon agence s’appelle « Voyages. Pourquoi pas… ». On s’est dit – pourquoi pas la Moldavie ? Venez la découvrir !

Merci, madame Rouvier, et bonne chance pour votre projet !