Le festival du vin à Chisinau, entre tradition culturelle et marketing international

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Article de Marion Roussey

Le week-end du 8 et 9 octobre a eu lieu le traditionnel festival du vin à Chisinau. Étalé sur deux jours, il affichait un programme chargé, associant à la vente et la dégustation du vin moldave, l’intervention de groupes artistiques du pays. Au total, 54 compagnies viticoles, 30 entreprises alimentaires et une centaine d’artisans étaient attendus pour participer à l’événement.

Pour l’occasion, le ministère de l’agriculture avait accordé un budget de 1,1 million de lei, espérant par ce biais poursuivre deux objectifs : inciter les touristes à venir découvrir la culture viticole moldave (le visa d’entrée sur le territoire a été attribué gratuitement à tous les citoyens étrangers pour une durée allant du 30 septembre au 16 octobre) et faciliter les ententes entre producteurs locaux et investisseurs étrangers.

De nombreux ministres et hommes politiques ont assisté aux festivités, à l’image du premier ministre Vlad Filat, invité à prononcer le discours d’ouverture du festival, le samedi à 11 heures. Au cours des deux jours, les producteurs issus de toutes les régions ont participé au concours « Marque de l’année », lequel permettait d’attribuer le précieux label de qualité.

La célébration de cette « Journée Nationale du Vin » semble ancrée dans les traditions moldaves. Elle est célébrée chaque année depuis 2001 lors du premier week-end du mois d’octobre. Or, pour son dixième anniversaire, elle a subi quelques modifications. Au lieu d’avoir lieu sur la place Marii Adunari Nationale dans le centre ville, le festival s’est en effet déroulé au centre industriel et économique MOLDEXPO. Dans une déclaration datant du 5 octobre, le ministre de l’agriculture Vasile Bumacov s’exprimait sur la question. Selon lui, l’événement devait être mieux organisé, séparé du reste de la ville, portant ainsi les valeurs d’un nouveau concept, plus civilisé.

Face à cette explication officielle se profile toutefois une autre version, plus polémique : le patriarche russe Kiril était invité le même week-end. Reçu par le Président par intérim Marian Lupu, il a été décoré de « l’Ordre de la République », soit la plus haute distinction de l’Etat. Sa venue, poursuivant avant tout un but religieux, visait aussi à maintenir et renforcer les liens entre le peuple russe et moldave. Cette visite à connotation à la fois religieuse et politique a levé un vent de critiques parmi la population moldave. Elle révèle toute l’ambiguïté à laquelle est confronté le pays, tiraillé entre son passé soviétique et sa situation géopolitique actuelle.

A MOLDEXPO, la fête s’est poursuivie sans interruption pendant tout le week-end. Une assiette garnie de grillades dans une main et un verre de vin nouveau dans l’autre, les visiteurs défilaient de stand en stand, de longues files d’attente se dessinant ça et là. Sur la scène, les danseurs folkloriques accomplissaient les pas de la célèbre Hora (danse traditionnelle moldave). Puis, le dimanche soir à 20 heures, un grand feu d’artifices a été tiré, marquant la fin des festivités. Selon les visiteurs interrogés, le festival de cette année a connu un plus grand succès que celui de l’année précédente. Il traduit les efforts de la Moldavie à davantage exposer sa culture.